Charles
Fontaine

[p. 1]

Fac-simile de la page

MIMES
DE PVBLIAN,


Ce sont certains Dicts graues & sen-
tencieux, mis de Latin en François
& accordés auec plusieurs bons
Auteurs:

Ensemble
Douze Paraboles, & Six Enigmes:
Par Charles Fontaine, Parisien
.

[Marque de l’imprimeur]

A LYON,
PAR IEAN CITOYS.
M.D.L.VII.
Auec Priuilege du Roy.

[p. 2]

Fac-simile de la page

2

Extrait du Priuliege du Roy.

PAr grace du Roy il est permis à mai-
stre Charles Fontaine faire imprimer,
& mettre en vente par tel Libraire, &
Imprimeur, que bon luy semblera, Les Mi-
mes de Publian
, par luy mis de Latin en Fran-
çois: auec defenses à tous autres de ne les im-
primer, ne vendre iusques à huict ans, du iour
& daté de la premiere impression. Comme à
plein est contenu es lettres de Priuilege sur ce
donnees à Villiers Coterets, le premier iour
d’Octobre 1555. Ainsi signé Deslauerie, &
scellé en cire Iaune.

[p. 3]

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3

A
TRESHAVT,
TRESILLVSTRE,
ET TRESFLORIS-
SANT PRINCE MON-
SEIGNEVR LE
DAVFIN,
Charles Fontaine S.

LISANT, & relisant
apart moy, ces iours pas-
sez les Mimes de Publian,
ancien auteur, tressage, &
sauant, ie les ay trouuez si graues, sen-
tencieux, & pleins de fruit, auec leur
briéueté, que ie ne me suis onques peu
tenir de les admirer, de philosopher
dessus, & de les mettre en frãçois pour
faire ce bien & profit à nôtre nation
(qui ne les a point encores veuz en sa
langue, que ie sache) outre les autres
miens labeurs precedens, dont ia partie
i’ay mis en lumiere, & partie me reste

a 2

[p. 4]

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4

à y mettre, non en vers seulemẽt , mais
encores beaucoup plus en prose: car
(grace au createur, dõneur de tous biẽs
& graces) ie ne me sens pas moins né,
ny moins adonné à la vaine prosaïque,
qu’à la poëtique: comme i’espere faire
quelque iour plus amplement voir. Et
puisque sur ce propos ie suis, de la Poë-
sie, vous offrant ce petit Traité, pour
l’honneur & vertu tresillustre, & pour
la trace d’icelle que la France voit am-
plement reluire & continuer depuis
voz ieunes ans, ie vous veux biẽ aduer-
tir, Monseigneur, que ia-soit que es Mi[-]
mes (sentences graues, pour bonne in-
struction de toutes personnes, en faits,
en dits, & en toutes bonne mœurs),
ayent esté écrits en vers Latins par Pu[-]
blian, ie n’ay toutesfois esté d’auis de les
traduire en vers François, encor que
les Muses me soyent assez fauorables,

& que

[p. 5]

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5

& que ie l’eusse assez bien peu faire. Les
raisons donc qui m’ont incité à les met[-]
tre en prose sont telles: Premierement
ie cõsiderois que les vers Latins en sont
de telle sorte & diuersité façonnez (car
il n’en y a pas seulement de Iambiques,
mais de Trochaïques) qu’ils resemblẽt
quasi autant à la prose, qu’aux vers.
Secondement, ie voyois que la premie[-]
re Comedie de Terence, bien qu’elle
soit aussi en vers Latins Iambiques, a
esté de nôtre temps, par vn mien ami,
& compagnon d’estude, bien traduite,
& bien recueillie en prose Frãçoise: au
cas pareil, la Comedie Florentine des
Intronati. Plus, ie considerois que ces
Mimes sous peu de mots, comprennẽt
vn si grand sens, qu’il seroit tresdifficile
(i’ose dire quasi impossible) de les bien
tourner en vers François, sans corrom[-]
pre leur grace & naïueté, & sans y me[-]

a 3

[p. 6]

Fac-simile de la page

6

tre quelques cheuilles mal à propos: en
cas semblable l[’]on peut iuger commẽt
y ont bien besoigné en vers, aucuns qui
puis peu de temps, ont voulu traduire
les sentences des sept Sages: & cõment
ils les ont rendues en maints endroits
flapes, mal gracieuses, mal dolees, & biẽ
cheuillées: ie say toutesfois qu’ils l’ont
fait à bonne intencion, & en ce ie les e-
stime: mais si faut il tousiours auec bõ
& meur iugement proceder, & auec
reuerence manier les bons auteurs an-
ciens, & non ainsi estendre leur bonne
paste à nôtre plaisir, y adioutans beau-
coup de la nôtre telle quelle. Et voila
l’vne des principales causes, pourquoy
ie n’ay mis ce Traité en vers François,
qui ne vont iamais seul à seul, comme
les Latins de Publian, mais pour le
moins deux à deux, pour cause de la
rencontre, & vnisonance de la ryme.

Ainsi

[p. 7]

Fac-simile de la page

7

Ainsi donc, Monseigneur, craignant ne
rendre pas si bien la grace & efficace
des Dicts sentencieux, en vers lesquels il
m’eust falu en maints endrois cõtrain-
dre, & cheuiller (comme il s’en peut
voir trop de tels, par ceux qui ont bõs
yeux) i’ay mieux aimé les vous presen-
ter en prose, & apres vous, possible à vn
milliõ d’autres, qui en la lecture du pre[-]
sent liuure pourront prendre quelque
fruit & plaisir hõneste, & vertueux. car
nonobstant que communemẽt l[’]on les
lise à de ieunes enfans (ce qui est tres-
biẽ fait pour les instituer par les choses
les plus simples, brieues & vtiles qu’il
est possible) toutesfois attendu que ce
sont sentences si graues, mots dorez si
agus, subtils, & fructueux qu’il n’est pos[-]
sible de plus, ie me fie biẽ, & m’ose qua[-]
si promettre & affleurer qu’apres que
noz François en aurõt vn petit gouté,

a 4

[p. 8]

Fac-simile de la page

8

ils y prendront plaisir non moindre
qu’ils ont fait à mon trãslat d’enigmes
de Symposius: & y trouuerõt sous l’e-
scorce des parolles, vne bõne & fructu[-]
euse moile: & vous en déuront sauoir
gré & grace, quãd sous vôtre florissant
nom & protection ie leur mets en lu-
miere: esperant que vôtre humaine &
florissante noblesse ne desdaignera ce
mien labeur en cette vôtre heureuse
ieunesse: que Dieu cõduira à tout bien
par la grâce. A quoy ne pouez faillir,
suyuant la trace de vos tresillustres &
tresuertueux maieurs: la hautesse des-
quels n’a pas desdaigné de mon esprit
& de ma Muse la petitesse: cõme tres-
grans Princes qu’ils sont, en tresgran-
des vertus tresgrandement par tout le
monde renommez. De Lyon ce
dixieme Decembre 1556.

LES

[p. 9]

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9

LES
MIMES DE PUBLIAN,
en Latin & Françoys, mis par ordre
de l’alphabet, & premiere-
ment de la lettre

A.

[1]Premiere Sentence

Alienum est omne, quicquid optãdo euenit.

Tout le bien qui nous aduient par desir, et sou-
hait, n’est point vrayement nôtre (comme
successions, & biens qui de don, & de fortu-
ne, ou de rencontre nous viennent) [.]

[2]2

Ab alio expectes, alteri quod feceris.

Attens d’autruy la pareille, que tu auras fait à
vn autre. A ce propos disoit le Sage Pittacus,
Quæ feceris parentibus, à liberis expecta.
Tes enfans te feront comme auras fait à
ton pere & ta mere.

[3]3

Animus vereri qui scit, tuto scit aggredi.

Le courage qui scet craindre, scet biẽ aussi seu-
rement assaillir. Cecy se peut entendre prin-
cipalement en cas de bataille, ou l’on ne se
doit trop hazarder: Nam non licet in bello bis
peccare
, disoit Lamachus: & sunt omnia ex-

a 5

[p. 10]

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10

perienda consilio prius quàm armis
.

[4]4

Auxilia humilia, firma consensus facit.

Concorde, ou alliance, rend forte vne force de-
bile. autrement, Petit ayde & secours, mais
bien accordant & vny, vaut beaucoup.

[5]5

Amor, animi arbitrio sumitur, non po-
nitur.

L[’]on commence bien à aymer quand l[’]on veut,
mais l’on ne le delaisse pas ainsi quand l’on
veult.

[6]6

Aut amat, aut odit mulier: nihil est tertiũ.

La femme ayme, ou hait: il n’y a rien de tiers.
Il veult dire, qu’elle est fort subiecte à ces
deux passions naturelles, amour & hayne:
mais aussi font bien plusieurs hommes:
tesmoing toute histoire.

[7]7

Ad tristem partem, strenua suspicio.

Ceux sont plus souspesonneux ausquelz la for
tune ne rit point: & le soupson tend tous-
iours plus facilement en la pire partie.
C’est quasi ce que l’on dit,

En trop grande póureté,

N’y a

[p. 11]

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11

N’y a point trop grand seureté.


[8]8

Ames parentem si æquus est: si alter, feras.

Ayme ton pere & ta mere, s’ilz te sont bons, &
gracieux: s’ilz te sont autres, il t’en faut en-
durer. A ce propos dit le Sage Cleobulus,
Parentes patientia vince: c’est a dire, gaigne
le cœur de ton pere & de ta mere à force de souffrir,
& endurer d’iceux.
Autant en dit Caton en ses preceptes.

[9]9

Aspicere oportet, quod poßis deperdere.

Il faut regarder à ce, que tu peux perdre (car
l’œil du maistre, est la bonne garde de toute
chose) ie croy qu’il veut dire, qu’il faut auoir
l’œil, à ce qu’il ne se gate, ou ne se perde: car
à vne maison ruineuse il faut plus prendre
garde, qu’à vne maison toute neuue.

[10]10

Amici vitia si feras, facis tua.

Si tu souffres les vices de ton amy, tu les fais
tiens. C’est a dire l’on t’en chargera, & blas-
mera, si tu ne luy remontre. Voyez cy apres
au nombre 43. & Caton, li.3, ou il dit:

Quod nosti haud recte factum, nolito sileres

Ne videare malos imitari velle tacendo.


Que

[p. 12]

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12

Que i’ay traduit ainsi:

Ce que tu vois mal faire apertement,

Tu ne le dois tenir secretement,

Que l[’]on ne die, àlors que te tairois,

Que volontiers pareil mal tu ferois.


[11]11

Aliena homini ingenuo acerba est seruitus.

Seruir, ou estre fort subiect, est bien chose dure,
& contraire à celuy, qui est noble, ou bien
né, & d’vn haut courage, ou d’vn esprit
libre.

[12]12

Absentem lædit, cum ebrio qui litigat.

Qui prend querelle auec yurongne, il bles-
se vn absent. Car l’esprit, le sens, & la raison,
de l’yurongne sont absens & hors de luy,
A ce propos quelcun faisoit telle response
ague à vn iuge transporté d’affection,
I’en appelle de vous, à vous mesme.

[13]13

Amans iratus multa mentitur sibi.

L’amoureux courroucé, ment beaucoup à soy
(car il propose beaucoup de choses en son
esprit, qu’il ne fera pas: & ne faut qu’vne
douce œillade, et petit souz-ris de son amie,
pour renuerser tous ses desseins) Vous pouez
voir semblable propos biẽ deduit aux deux

liures

[p. 13]

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13

liures, ou traitez, Du remede d’amour d’Ouide.

[14]14

Auarus ipse miseriæ causa est suæ.

L’auaricieux est luy mesme cause de sa misere:
c’est a dire, il se fait miserable de luy mesme,
pource que volontairement il se fait póure,
bien qu’il soit riche: car il ne veut & n’ose
vser de ses biens, se rendant serf & subiect
à iceux, de son bon gré, sans que nul l’y contraigne,
sinon sa seule couuoitise, & ar-
dente ambicion, & affection de biens.
Cy apres voyez au nombre 78.
In nullum auarus bonus est, in se peßimus.
Et au nombre 23.

[15]15

Amans quid cupiat, scit: quid sapiat, non
videt.

L’amoureux voit bien ce qu’il desire, mais il ne
voit point qu’il soit sage (c’est a dire qu’il
souhaite par vne affection transportee, sans
bien aduiser, ny poiser, si cela luy est bon ou
mauuais)[.]

[16]16

Amans, quod suspicatur, vigilans somniat.

L’amoureux songe, & resue, à ce qu’il pense,

encores

[p. 15]

Fac-simile de la page

15

encores en veillant (car il se faint en soy-
mesme des songes, & se repaist de vaine
esperance)[.]

[17]17

Ad calamitatem quilibet rumor valet.

En cas de mal, quelque bruit que ce soit, il se
fait bien tost grand. Facti fama volat.
Voyez comment en écrit Vergile, du fait
de Dido, & de Eneas, parlant de la re-
nommee.

Parua metu, primò: mox sese attollit in au-
ras: &c.

[18]18

Amor extorqueri non potest: elabi potest.

L’amour ne peut estre arraché, mais il peut
bien tout doucement, & auec le temps s’en
aller. Ce propos esst bien traité au premier
liure du remede d’amour, que i’ay traduit.
voyez mon translat.

[19]19

Ab amante lachrymis redimas iracun-
diam.

Par pleurs tu racheteras le courroux d’vn a-
moureux. (C’est a dire vn amoureux cour-
roucé, est facilement appaisé par larmes.)
De cecy se vante bien aussi Briseis en son

epitre

[p. 16]

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16

epitre qu’elle adresse à Achilles courroucé.
Voyez mon translat des epitres d’Ouide.

[20]20

Apertè mala cùm est mulier, cum demum
est bona.

Quand la femme est apertement mauuaise, a-
donc elle est bonne. Publian ne les vouloit
pas vendre, ie ne sçay qu’elles luy auoyent
fait.

[21]21

Auarum facilè capias, vbi non sis idem.

Tu gaigneras, ou surprendras facilement vn
auaricieux, si tu ne luy resembles: car si tu es
comme luy chiche, maleureux & mal-gra-
cieux, comment le gaignerois tu auec vne
largesse honneste, & auec vne bonne grace
naturelle.

[22]22

Amare & sapere, vix Deo (id est cuiuis,
vel sapientißimo) conceditur.

Auoir amour & sagesse tout ensemble, à peine
est il permis à Dieu (c’est a dire au plus sage,
& plus parfait qui se puisse trouuer.) à ce
propos, Ouide escrit ainsi des amours de
Iuppiter en sa Metamorphose:

Non bene conueniunt nec in vna sede morantur

Maiestas, & amor.


Et aillieurs.

[p. 17]

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17

Et aillieurs:
Quid faciat, non videt vllus amans.

[23]23

Auarus nisi cùm moritur, nihil rectè facit.

L’auaricieux ne fait rien bien, sinon quand il
meurt. (la raison est, pource que quand il
meurt, il laisse iouyr de ses biens aux autres,
dont ny luy, ny autruy n’auoit iouyssance
durant sa vie) Voyez au nombre 178.
Horatius

Non domus & fundus, non æris copia, & auri

Aegroto domini deduxit corpore febreis,

Non animo curas.


Item:
Semper auarus eget: certum voto pete finem.
Vous trouuerez à ce propos force belles senten-
ces contre l’auarice en Caton, en Horace,
en Iuuenal, en Senecque, & Boëce.

[24]24

Astutè dum celatur, se ætas indicat.

La vieillesse qu’on cuide finement cacher, se
demontre. Ou bien ainsi:
Astu crimen celatur: ætas indicat. Par ruse, & par finesse, vn crime se peut cou-
urir & celer, mais le temps, en fin, le descou-
re, le descele, & reuele.

Auarus

[p. 17]

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DE PVBLIAN

17

[25]25

Auarus damno potius, quàm sapiens dolet.

Pour exemple de cecy, Crates, Bias, Stilpo.
Plus tost se deult de quelque perte l’homme
auare, que l’homme sage. Car l’homme sage
prend mieux en patience: mais l’homme a-
vare pense qu’on luy arrache vne dẽt, qãd
on luy fait perdre vn denier.

[26]26

Auaro quid mali optes ni vt viuat diu?

Quel mal souhaiterois tu à l’auaricieux, sinon
qu’il viue long temps? (la raison est, pource
qu’il vit si miserablement, & qu’il ne veut,
ny ne peut laisser son ardente affection aux
biens; & quãd on luy arrache vn escu, il luy
semble qu’on luy arrache vn œil) Semper auarus eget.

[27]27

Animo dolenti nil oportet credere.

A cœur dolent ne se faut en rien arrester (c’est-
adire il ne se faut fier, ny prendre egard aux
choses que l[’]on delibere estant en vne gran-
de tristesse: mais faut attendre, que la dou-
leur passee, l’esprit ait recouuré sa tranquil-
lité, pour mieux aduiser à ce que l[’]on doit
faire ou dire.)

b

[p. 18]

Fac-simile de la page

18

LES MIMES

[28]28

Alienum nobis, nostrum plus alijs placet.

Les choses d’autruy nous plaisent mieux, & les
nôtres à autruy (car vn chacun quasi se mé-
contente de son état, & qualité).
Voyez la premiere Satyre d’Horace,
optat ephipia bos piger, optat arare caballus.

[29]29

Amare, iuueni fructus est, crimen seni.

Aimer, c’est plaisir à vn jeune homme; & cri-
me, ou deshonneur, à vn homme vieillard.
Pource l[’]on dit que c’est chose vile que voir
vn vieillard amoureus, & vn homme ieune
auaricieux.

[30]30

Anus, cùm ludit, morti delicias facit.

La vieille femme qui fait de la plaisante, semble
vouloir dõner passe-temps à la mort, pour-
tãt que la mort la suit, pour raison naturel-
le, de plus pres qu’elle ne fait pas vne ieune
personne, & on dit aussi que les vieilles gens
ont ia vn pied d’dans la fosse
.

[31]31

Amoris vulnus idem, qui sanat, facit.

Qui guerit la playe d’amour, la fait: ou, qui fait
la playe d’amour, la guerit. Ce propos re-

-uient

[p. 19]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

19

uient à ce que l[’]on dit que la lance d’Achiles
qui auoit nauré Telephus, le guerit aussi: &
qu’autrement il ne pouoit auoir guerison.

[32]32

Ad pœnitendum properat, citò qui indicat.

Qui iuge subitement, s’auance pour se repentir
(car il faut soigneusement poiser les matie-
res, auant que d’en juger) & pourtant, à
ce propos on dit vn bon mot: De faux Iu-
ges briéue sentence.

[33]33

Amicos res optimæ parant: aduersæ probãt.

Vel sic, vt sibi constet ratio carminis,

Amicum opimæ parant: tristes probant.

La prosperité acquiert des amis: l’aduersité les
éprouue. Ouidius:

Cum fueris felix, multos numerabis amicos

Tempora si fuerint nubila, solus eris.


Item,
Vulgus amicitias vtilitate probat. Item Cato,
Nec quisquã melior medicus, quàm fidus amicus.

[34]34

Aleator quantò in arte est melior, tantò est
nequior.

Le ioueur de dez, d’autant qu’il entend mieux
l’art, & habilité d’en jouer, d’autant qu’il est

b 2

[p. 20]

Fac-simile de la page

20

LES MIMES

plus méchant. Car c’est vn ieu mal renom-
mé, de sort & de hazart ioint à piperie. aussi
l[’]on dit, pipeur de dez.

[35]35

Arcum intentio frangit, animum remißio.

Trop bander l’arc, le rompt; trop relascher l’e-
sprit, l’abatardit, & corrompt. Phedra écri-
uoit à Hippolyt.

Arcus, & arma tuæ tibi sunt imitanda Diana:

Si nunquam cesses tendere, mollis erit


Que i’ay ainsi traduit,

Sur ta Diane exemple tu dois prendre

5

Donc l’arc est mol, si tousiours le veux tẽdre.


B

[36]36

Bis est gratum, quod opus est, vltro si offeras.

Martialis,
Extra fortunam est, quicquid donatur amicis.
Ce que tu offres de bon cœur á l’ami qui en a
besoing, luy est doublement agreable (vn
plaisir acquis par grandes prieres, perd vne
bonne partie de sa grace, car il est trop cher
acheté) à ce propos disoit Caton, en son qua[-]
triéme liure,
Quod donare potes, gratis concede roganti:

Ce que tu peux, dois donner franchement

Et de

[p. 21]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN

21

Et de bon cœur, & non laschement.


Et au premier liure, Quod præstare potes, ne bis promiseris vlli:

Ne promets point par deux fois à personne

Certain plaisir, mais subit fay le, & donne.


Aussi l[’]on dit communement, Bis dat, qui cito
dat
: deux fois donne, qui tost donne: & c’est
notre Publian mesme qui le dit enfin de ce
liure au nombre 179.
à ce propos i’ay leu autresfois ce vers latin,
Obsequiis instes, ea pro te præmia poscant.

[37]37

Beneficium dare qui nescit, iniustè petit.

Qui ne scet faire plaisir, iniustement le deman-
de (c’estadire qui n’a ny moyen ny vouloir
de faire plaisir à personne, c’est à tort qu’il
requiert que l[’]on luy en face: puis qu’il ne
peut, ny ne veut le rendre, ou à ceux qu’il
requiert, ou à autres.

[38]38

Bonũ est, fugienda aspicere, alieno in malo:

Voyez cy apres numero 105.
C’est bien aduisé, de fuir ce, dont il en est mal
prins à autruy. (vnde illud
Felix quem faciunt aliena pericula cautum.
Et Caton disoit.

b 3

[p. 22]

Fac-simile de la page

22

LES MIMES

Multorum disce exemplo, quæ facta sequaris,

Quæ fugias : vita est nobis aliena magistra.


De plusieurs gens pren ton exemple

De ce que dois fuir, ou ensuyure:

Car la vie d’autruy est ample

Maistresse à nous monstrer à viure.


[39]39

Beneficium accipere, libertatem vẽdere est.

Qui reçoit plaisir d’autruy, vend sa liberté. à ce
propos disoit Aristote, Beatius est dare quàm
accipere.
C’est beaucoup plus vertueusemẽt
fait de donner, que de receuoir quelque plai[-]
sir ou bienfait. Et l[’]on dit communenemdnt [sic pour communement],

Fille qui prend, Elle se vend:

Fille qui donne, Elle s’abandonne.


[40]40

Bona nemini hora est, vt nõ alicui fit mala.

Nulle heure n’est bonne à vne personne, qu’el-
le ne soit mauuaise à vn’autre. C’est quasi ce
que l[’]on dit communement, Nul ne perd,
que l’autre ne gaigne
. Voyez cy bas, au
mombre [sic pour nombre] 211.

Lucrum sine damno alterius fieri non potest.

[41]41

Bis enim mori, vel bis emori, est alterius
arbitrio mori.

C’est

[p. 23]

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23

DE PVBLIAN.

C’est double mort, que la mort qui vient par le
plaisir, vouloir ou cõmandemẽt d’autruy:
(car qãd à la mort naturelle, cõme cõmu-
ne, & necessaire, elle est plus supportable.)

[42]42

Beneficia plura recipit, qui scit reddere.

Plusieurs plaisirs reçoit, qui scet bien rendre, &
recongnoitre le bien fait. C’est ce qu’on dit
communement en France,
Les bons rendeurs font les bons presteurs.

[43]43

Bis peccas, cùm peccãti obsequiũ accõmodas.

Tu offences doublement, quand tu donnes fa-
ueur, & aide à celuy qui offence: la raison
est, pource que tu luy donnes la main à mal
faire, & que tu te rends coupable dudit
mal. il se rapporte assez bien au 10. Mime,
cy-dessus, Animi vitia si feras, facis tua:
Et cy-apres au nombre 48.

[44]44

Bonus animus læsus, grauis multò irascitur.

l’Homme de bon vouloir, quand il est offensé,
se courrouse plus asprement. L[’]on dit aussi,
ce que trouuerez cy apres, au nõbre 129.
Furor sit, læsa sæpius patiẽtia: patience souuẽt
offensee se conuertit en fureur. voyez cy bas

b 4

[p. 24]

Fac-simile de la page

24

LES MIMES

au nombre 240.
Mutat sebonitas, cum irrites iniuria.

[45]45

Bona mors est homini, vitæ quæ extinguit
mala.

La mort viẽt biẽn apoint à l’hõme, qãd elle e-
staint les miseres de la vie. Virg. à ce propos,
Eripite hanc animam, meque his exoluire curis. Caton, aussi assez à ce propos, disoit,

Fac tibi proponus mortem non esse timendam:

Quæ bona si non est finus tamen illa malorum est.


En ton esprit faut arrester ce point,

Que la mort n’est si grandemẽt à craindre:

5

Pource qu’encor que bõne el’ne soit point

C’est fin de maux, que seule el’ viẽt étaindre.


Et Martial disoit, Mortem nec timeas, ne optes, ne
crains ny desire la mort. Les Thraces se ré-
iouissoyẽt en la mort de leurs enfans: & plo-
royent quand ils venoyent au monde: pour
la mesme raison que dit Publian.

[46]46

Beneficum dando accepit, qui digno dedit.

Celuy a receu bienfait, & plaisir, qu’il a fait, &
donné à hõme qui le vaut, à ce propos disoit
Caton en son quatriéme liure,
Nam recte fecisse bonus, in parte lucrosum est.

Faire

[p. 25]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

25

Faire plaisir à gens de bon affaire,

Certainement c’est quelque profit faire.


[47]47

Blanditia, non imperio, fit dulcis Venus.

Venus est faite douce, par blandices, humanité,
& caresse: & non par audace, maitrise &
commandement. Ie me suis ebahi cent foys
quel plaisir ont ceux qui prennent les fem-
mes ou filles par force.

[48]48

Bonus animus nunquam erranti obsequium
accomodat.

L’Homme de bien ne donne iamais ayde & fa-
ueur à vn malfaiteur.
Voyez cy dessus le nombre 10, & 43.

[49]49

Beneficium se dedisse qui dicit, petit.

Qui rameine en memoire le plaisir qu’il a fait,
il en demande vn’autre pour la pareille.
C’est ce que disoit Terence, Namisthac com-
memoratio, beneficy exprobratio est.

[50]50

Coniunctio animi, maxima est cognatio.

Alliance d’esprit, & de courage, est vn estroit
lien, qui vaut bien parentage.
Possible l[’]on deuoit lire ainsi,

b 5

[p. 26]

Fac-simile de la page

26

LES MIMES

Beneuolus animus, maxima est cognatio. Car cette sentence à esté trouuee au rand de B,
& d’aillieurs, le vers en sera mieux sus ses
pieds. Quant à l’alliance d’esprit, qui est
vne liaison des cœurs. Vous pouez voir ce
que les Auteurs ont écrit des Pairs d’amitié:
Damon, Pithias, Pylades, Orestes, Theseus,
Pyrithous, Nisus, Euralius, Archiles, &
Patroclus.

[51]51

Beneficium sæpe dare, docere est reddere.

Faire souuent presens & plaisirs, c’est montrer
le chemin de rendre la pareille.

[52]52

Bonitatis verba imitari, maior malitia est.

Imiter la parole de bonté, C’est plus grand’ma-
lice. C’est à dire, qui est méchant aperte-
ment, & ne déguise point sa parole de mé-
chanceté, est moins méchant, d’autant qu’il
n’est point faint & dissimulé, comme sont
les loups, couuertz de peaux de brebis: &
celuy qui est peruers, & parle bien, il est plus
que mauuais.
Voyez cy apres, au nombre, 223.

Malus vbi bonum se simulat, tunc est peßimus.

[53]53

Bona opinio, homini tutior pecunia est.

Bon

[p. 27]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

27

Bon renom est la plus seure richesse à l’hõme.
A ce propos me souuyent que iamais ie ne
fus si ieune que ie ne ouisse dire ce commun
prouerbe Françoys,
Bõne renõmee vaut mieux que ceinture doree. Voyez cy apres au nombre 60. Bona fama in tenebris propriũ splendorem obtinet.

[54]54

Bonũ tametsi supprimitur, nõ extinguitur.

Ce qui est bon, c’est à dire vertueux, & verita-
ble, combien qu’il soit supprimé, ou oppres-
sé, il n’est point estaint.
Aucuns lisent
Bonum quod est, supprimitur: nequamquam ex-
tinguitur.
Le conseil de Gamaliel reuient
bien à ce propos. Et Martial qui dit,
Incipient omne pro Cicerone loqui.

[55]55

Bis vincit, qui se vincit in victoria.

Deux foys, ou doublement vainq, celuy qui se
vainq, en la victoire. C’est à dire que pre-
mierement il est victorieux de son ennemi,
& secondement de son propre courage,
quand il vse modestement de la victoire.
A ce propos Cicero a fait vne pe-
tite, mais tresvehemente oraison, In genere

demon-

[p. 28]

Fac-simile de la page

28

LES MIMES

demonstratiuo, c’est celle qu’il feit pour Marc
Marcel, en laquelle il extolle par tresgran-
des louenges Iules Cesar, de ce qu’apres
auoir vaincu Pompee, il s’estoit aussi vain-
cu soymesme, c’est a dire son courage, en
pardonnant tresdebonnairement aux Sena-
teurs, & autres qui auoyent suyui le parti
dudit Pompee.

[56]56

Benignus etiam dandi causam excogitat.

L’Homme de bonne nature franche, cherche
mesmement les moyens de faire plaisir aux
autres, sans attendre qu’il en soit requis: ie ne
sçay pas ou ilz sont telles gens: ie croy que ce
sont gens de l’autre monde. Si potes, ignotis
etiam prodesse memento:
inquit Cato.

[57]57

Bis interimitur, qui suis armis perit.

Doublement meurt, qui meurt par ses propres
armes. Il y a vn prouerbe Latin qui dit,
Suo sibi hunc iugulo gladio: Quand l[’]on bat, ou
tue son ennemi de son propre baton: ou que
l[’]on retourne vn argument contre son auer-
saire.

[58]58

Bene dormit, qui non sentit quàm malè
dormiat.

Bien

[p. 29]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

29

Bien dort qui ne sent point cõmẽt il dort mal.
Martialis,

Somnus qui faciat breues tenebras.

Ouidius,

Tenui cibus est in corpore somnus.

[59]59

Bonorum crimen est, officiosus miser.

Quand l’homme de bien est póure, & necessi-
teux, c’est la faute, & deshonneur des gens
de bien. (pource qu’ilz ne luy ont fait se-
cours) ou bien on attribue la póureté à sa
bonté & vertu, à laquelle on dit la bonne
fortune mondaine cõmunement estre con-
traire. Car d’vn póure homme de bien qui
fait son deuoir de loyauté, & d’amitié, & ce
pendant ne prospere pas en biens mondains, on
dit, il est trop bon, comme faisant, & esti-
mant sa vertu vice, pour cause qu’il ne par-
uient en biens & honneurs temporelz. Les
legistes dient, famelicum qui non pascit, occîdit.
Assez à ce propos de Publian, le Poëte Au-
sonius dit,

Fortunæ inuidia est, immeritus miser.

[60]60

Bona fama in tenebris proprium splendo-
rem obtinet.

Bon renom, encor en tenebres, & de nuit, re-

tient

[p. 30]

Fac-simile de la page

30

LES MIMES

tient sa propre splendeur. C’est à dire l’hon-
neur, en la reputation de quelque vertu, ne
peut estre obscurcie: bien que la renommee
en soit petite, [&] trop moindre que le fait.
Le 54.mime conuient aucunement à cetuy-
cy: Bonum tametsi supprimitur, non opprimitur.
C’est quasi ce que dit Martial contre M. An[-]
toine, touchant le meurtre de Cicero:

Incipient omnes pro Cicerone loqui.

Voyez cy dessus au nombre 52.

[61]61

Bene cogitata, se excidunt non óccidunt.

Les bons desseings, s’ilz sont oubliez, ilz ne sont
pas perdus. C’est à dire, bien que pour quel-
que temps l[’]on ne[ ]s’en souuienne pas, ce sera
pour vne autre foys.

[62]62

Bone perdit nummos iudici cùm dat nocẽs.

Quand le coulpable donne de l’argent au iu-
ge, il le perd bien. (Car il donne pour se
sauuer de peine.)

[63]63

Bonis nocet quisquis pepercerit malis.

Quiconque pardonne aux méchans, il nuit
aux bons. (Car moins de gens de bien y au-
ra, si les méchans ne sont point punis: com-

me s’il

[p. 31]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

31

me s’il estoit loysible & permis d’estre mé-
chant, quand le mal est impuni.) Assez à
propos dit Ausonius, Parci quisque bonis,
perdere vult malos.

[64]64

Bono iustitiæ proxima est seueritas.

Seuerité est tresprochaine à la vertu de Iustice.
(Il y a cette seule difference qu’elle tend plus
à rigueur.) À ce propos dit Terence,
Summum ius, summa iniuria.

[65]65

Bonum apud virũ citò moritur iracundia.

En vne bonne personne, le courroux prend
bien tost fin. (C’est le contraire, aux gens de
mauuaise nature.) Cela sentant Athenodo-
rus Philosophe, il conseilloit à Auguste de
ne faire, ou dire aucune chose estant en cole-
re, que premierement il n’eust nommé tou-
tes les lettres de l’alphabet Grec.
I’ay memoire d’auoir leu, que l’Empereur
Theodose faisoit le semblable.

[66]66

Bona turpitudo est, quæ periculum indicat. (aut, vindicat.)

La honte est bonne, qui desmonstre, (ou qui fait craindre & euiter le danger.)

Bona

[p. 32]

Fac-simile de la page

32

LES MIMES

[67]67

Bona comparat præsidia, misericordia.

Misericorde acquiert bon support. C’est à dire
qui a pitié d’autruy, vault aussi qu’on ait pi-
tié de luy, s’il tombe en necessité.
Dido apud Vergilium,

Non ignara mali, miseris succurrere disco.


Voyez cy apres,
Beneficium dignis vbi das, omnes obligas.

[68]68

Bonarum rerum consuetudo peßima est.

Bonnes choses trop communes, sont mauuaise
chose. (Car les choses rares, & precieuses
doyuent aussi estre rarement produites, &
montrees; & adonc elles en seront plus esti-
mees, ou au contraire, seroyent quasi auilies,
& mesprisees. Pource disoit Martial,

Nocet sua turba libellis

Lectorémque suum lassat, & implet opus

Rara iuuant: primis sic maior gratia pomis,

Hybernæ pretium sic meruêre rosæ.


[69]69

Beneficum dignis vbi das, omnes obligas.

Quand tu fais plaisir à quelques gens de bien,
tu obliges tous les autres. (car tu le fais pour
sa bonté & pour sa vertu, & non pas pour

sa per-

[p. 33]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

33

sa personne: & par le moyen de toy qui luy
auras fait quelque auancement, il en pour-
ra secourir plusieurs autres gens de bien
qu’il rencõtrera auoir faute de son support:
car il y a vne communauté, & grand con-
sentement entre toutes gens de bien.

C

[70]70

Crudelis in re aduersa, est obiurgatio.

Reprehension est cruelle, en aduersité. (quand ton ami
est en peine & affaire, il ne le faut
troubler d’auantage de remontrance, & re-
prinse trop aigre: car il est assez faché d’ail-
lieurs.)

[71]71

Cauendi nulla est dimittenda occasio.

Iamais ne faut laisser passer l’occasion de se
donner garde. Caton dit à ce propos, au
quatriéme liure,

Quàm primùm rapienda tibi est occasio prima,

Ne rursus quæras quæ iam neglexeris anté.


Et encore au mesme liure,

Quod tibi suspectum est confestim discute quid sit:

Nanque solent, primò quæ sunt neglecta, nocere.


Lesquels vers latins i’ay traduits en vers fran-
çois comme s’ensuit, qui sont deux tresbel-

c

[p. 34]

Fac-simile de la page

34

LES MIMES

les sentences:
5

Happe soudain l’occasion premiere,

A celle fin que tu ne cherche apres

Auecques peine, à rencontrer de pres,

Ce qu’en mespris laissas passer arriere.


Subitement dois rendre ton cœur cler

10

De ce qui t’est en soupson, & en doute:

car mal en prend souuent, au long aller,

Ne faisant cas de ce dont le cœur doute


[72]72

Cui semper dederis, vbi negas, rapere im-
peras.

Si tu refuses à celuy à qui tu as acoutumé de
donner, tu luy commandes de prendre par
force. A ce propos l[’]on dit qu’ il ne fait pas
bon acoutumer vn coquin à sa porte
.

[73]73

Crudelem Medicũ intemperans æger facit.

Le malade intempéré, & qui ne veut re-
gime, fait le medecin cruel: c’estadire qu’il
le contraint vser de remedes plus puissans,
& plus facheux à prendre.

[74]74

Cuius mortem amici expectant, vitã odêrũt.

Les amis hayent la vie de celuy dont ils souhai-
tent la mort.

Cato

[p. 35]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

35

Cato: In morte alterius spem tu tibi ponere noli.

[75]75

Cum inimico nemo in gratiam citò redit.

Nul ne rentre bien tost en grace auec son en-
nemi: il s’entend communement. Car il y
en a qui sont autrement assez fols & assez le
gers pour fer’allier de prim saut. vn des Sa-
ges dit le semblable:
Ab amico reconciliato, caue. Item,
Amicum ne putes, inimicum: velcontrá.

[76]76

Citius venit periculum, cum contemnitur.

Vn danger aduient plus tost à ceux qui n’y
pouruoyent.
Ouidius:

Principijs obsta, serò medicina paratur,

Cum mala per longas inualuêre moras.


Cato, libro secundo:
Nam leuius lædit quicquid præuideris antê.

[77]77

Casta ad virum matrona, parendo imperat.

La femme de bien, obeissant à son mari, com-
mande. C’estadire que pour sa prudence &
vertu, le mari luy permet ce qu’elle veut:
ainsi elle le gaigne mieux par douceur &

c 2

[p. 36]

Fac-simile de la page

36

LES MIMES

obeïssance, que par rudesse & importunité.

[78]78

Citò ignominia fit, superbi gloria.

L’orgueil & audace de l’homme superbe, tom-
be bien tost en honte & reproche. C’est ce
que l[’]on dit, orgueil deçoit tousiours son
homme
. aussi disoit vn Roy de Frãce, Quãd
orgueil marche deuant, honte & douleur le
suyuent de pres.

[79]79

Consilio melius vincas, quàm iracundia.

Tu vaincras mieux par conseil, que par colere
(car ire est subite, prudence est posee & ras-
sise: par laquelle on viẽt plus tost, ou mieux
a bout de ce que l[’]on pretend, que par force
& fureur.)

Consilio maxime nocet furor, & iracundia.

[80]80

Cuiuis dolori remedium est patientia.

Le remede a toute douleur, c’est patience. cha-
cune douleur, ou maladie a son remede
particulier: mais patience est le commun, &
general remede à toute chose.
Cato, ad calcem libri primi,
Maxima enim morum semper patientia virtus.
C’est la vertu des vertus, que patience.

Cùm

[p. 37]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

37

[81]81

Cùm vitia prosunt, peccat qui rectè facit.

Quand le mal fait profite, celuy fait mal qui
fait bien. C’estadire quand il est besoing de
se montrer rude & mauuais, il nuit de se
montrer doux & bening: & quand il y a
pris, & salaire au malfait, il y a peine impo-
see au bienfait: comme en guerre ne tuer,
ou ne prẽdre, & ne piller, ou relascher l’en-
nemi, cela merite punition, & sont loix sur
ce establies a ceux qui sont trop bons, quãd
ne le faut estre. Voila, ce me semble, le sens
de cette sentence, assez difficile selon la ri-
gueur de la lettre.

[82]82

Contemni est leuius, quàm stultitia percuti.

Il vaut mieux estre mesprisé, que frappé de fo-
lie. C’estadire, il vaut mieux auoir vertu peu
prisee, que vice deshonneste: ou estre mé-
prisé en bien faisant, que faire quelque cas
qui redonde à folie. C’est tresbon conseil.

[83]83

Comes facundus in via, pro vehiculo est.

Compagnie ioyeuse sur les chemins, sert de cha[-]
riot. C’estadire, qu’elle fait que le chemin
n’ennuye pas tant.

c 3

[p. 38]

Fac-simile de la page

38

LES MIMES

[84]84

Citò improborum læta in perniciem cadunt.

La prosperité des méchans va bien tost en de-
cadence.
Cato libro secundo:
Nolo putes prauos homines peccata lucrari:

Ie ne veux pas que tu penses ainsi.

Que les méchans regnent tousiours aussi.


Cato item:
Indulget fortuna malus, vt lædere poßit.

[85]85

Crimen relinquit vitæ, qui mortem appetit.

Qui souhaite la mort, fait deshonneur à la vie.
A ce propos disoit Martial, entre ses pre-
ceptes & conditions de la vie tranquille,
Mortem nec timeas, nec optes:
Ne crains, ny desire la mort.

[86]86

Cui plus licet quàm par est, plus vult quàm
licet.

Celuy à qui l[’]on permet plus que de raison, il
se attribue aussi plus que la raison. Cette sen-
tence a esté prinse d’Aulugelle, & mise en
ce reng: & veut dire, Donnez vn doigt de
licence, l[’]on en prend deux.
Erasme dit que
c’est le fait des tyrans, & des femmes, & que

cela

[p. 39]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

39

cela leur est propre, & naturel: ie m’en rap-
porte à luy, ou plus tost à la verité.

D

[87]87

Discipulus est prioris, posterior dies.

Le iour suyuant est disciple du precedent. C’est
adire le temps, & l’experience nous aprent
tousiours quelque chose de nouueau. A ce
propos disoit vn homme sage, & me semble
que c’est Cato porcius, qu’il se resiouissoit d’a[-]
prendre tous les iours quelque chose en vieil
lissant: & Ouide écrit en sa Metamorphose,
– Seris venit vsus ab annis.

[88]88

Damnare est, obiurgare cũm auxilio est opus.

Quand l’ami a besoing de secours, le reprendre
& le rabrouër, c’est le reprouuer. C’est ce qui
a esté dit cy dessus, au nombre 70.
Crudelis in re aduersa, est obiurgatio.

[89]89

Diu apparendũ est bellũ, vt vincas celerius.

La guerre se doit preparer de longue main, a-
fin que tu vainques plus tost. (Car le long
temps que l[’]on employe à deliberer, n’est pas
dommage, ny despence, mais gaing, pour

c 4

[p. 40]

Fac-simile de la page

40

LES MIMES

auoir plustost expédié.)

[90]90

Dixeris maledicta cuncta, cùm ingratum
hominem dixeris.

Quand tu appelleras vn homme ingrat, tu luy
diras toutes les iniures du monde. Ingratitu[-]
de est vn vice detestable deuant Dieu, &
deuant les hommes.

[91]91

De inimico ne loquare malum, si cogites.

Ne reuele ce que tu machines contre ton enne- mi. Car tu n’y aurois ny honneur, ny profit.

[92]92

Deliberare vtilia, mora tutißima est.

Deliberer choses vtiles, est bon retardement. à
ce propos voyez vn bel embleme d’Alciat,
Festina lente, & Periander dit, Periculosa
temeritas.

[93]93

Dolor descrit, vbi, quò crescat, non habet.

Le mal décroist, quand il n’a plus le moyen de
croistre. Vbi res peruenere ad summum, laba-
scant necesse est:
Quand les choses sont mon-
tees & parcreuës à l’extremité, il est neces-
saire qu’elles tombent. C’estadire que le tẽps

est

[p. 41]

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DE PVBLIAN.

41

est le remede a toute peine & douleur, qui
s’appaise à la longue.

[94]94

Dediscere floré fæminam, est mendacium.

Desaprendre à vne femme de pleurer, c’est mẽ-
songe. C’estadire que celuy qui se vanteroit
l’auoir fait, seroit menteur, pource que les
larmes sont communes, & naturelles aux
femmes: pourtant dit le Poëte,
Vt flerent oculos erudiêre suos.

[95]95

Discordia, fit charior concordia.

Apres quelque discord, la cõcorde est plus che[-]
re tenue. l’Amitié renouuelee, apres quelque
petite inimité, est plus estimee, c’est à dire,
l[’]on se r’entr’ayme mieux apres quelque pe-
tite facherie. A ce propos dit Sangelais, que
le fer à l’endroit de la soudure est plus fort.
Et Terence dit,
Amantium iræ, amoris redintegratio est.
Courroux d’amoureux, c’est renouuelle-
ment d’amour.

[96]96

Deliberandum est diu, quod statuendum est
semel.

il faut bien long temps deliberer ce qui ne se

c 5

[p. 42]

Fac-simile de la page

42

LES MIMES

peut faire que vne foys (comme de l’estat de
viure, office, marchandise ou mestier: de
prendre femme, ou d’estre prestre: car c’est à
la mort, & à la vie
, comme l[’]on dit)

[97]97

Difficilem oportet aurẽ habere ad crimina.

Il faut auoir l’oreille difficile en cas de crime.
(C’est à dire il ne faut croire de leger celuy
qui accuse vn autre, de crime.) Car ce n’est
pas chose de petite consequence, & par faux
raports se sont ensuyuis beaucoup de maux.

[98]98

Dum vita grata est, mortis conditio opti-
ma est.

Quand la vie est agreable, la mort est tres bon-
ne. Le sens de cecy, se montre vn peu diffici-
le, & semble plustost le contraire estre veri-
té: toutesfoys ie vous voys dire comme ie le
puis comprendre: la mort aduient mieux à
celuy qui vit encor en la bõne fortune pro-
spere, qu’a celuy à qui ia la bonne chance est
tournee, & qui est en peine & misere: par-
ce que cetuy la n’a pas souffert ce que cetuy
ci, & est prins & raui hors de ce monde en
bonne maison: nonobstant que ce pendant il
ne laisse pas de luy faire grand mal de laisser

ses biens-

[p. 43]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

43

ses biens (comme dit le Sage) ô mors, quàm a-
mara est memoria tua homini pacem habenti in
diuitis suis.
mais, au-moins, il n’a point mã-
gé icy des poires d’angoisse comme l’autre,
qui en tel estat souhaite plus la mort, & luy
vient aussi bien à point, pour le ietter hors
de misere: comme Publian mesme dit cy
dessus au nombre 45. Bona mors est homini,
vitæ quæ extinguit mala.
Et au nombre 219. Mori, est felicus ante quam mortel iuocet.

[99]99

Damnum appellandum est, cum mala fama
lucrum.

il faut appeler dommage, le gain qui se fait
auec deshonneur. A ce propos dit le Sage
Periander, Lucrum turpe , res peßima.

[100]100

Ducis in consilio, posita est virtus militum.

La force des gens de guerre, consiste en la pru-
dence du Capitaine. Bon conseil sur tout est
requis en guerre: Parua sunt foris arma, nisi fit
consilium domi: Periculosa temeritas, maxi-
mè in bello.

[101]101

Dies quod donat, timeas (vel teneas) citò
raptum venit.

Crains (ou tiens) ce que l’occasion du temps te

donne

[p. 44]

Fac-simile de la page

44

LES MIMES

donne, il le vient bien tost rauir. Aucuns li-
sent, Diues, au lieu de, Dies, c’est à dire crains
ce que le riche te donne, car il le fait pour son
profit et auãtage: pour t’assubietir, & pour
en tirer trois foys autant s’il peut.

[102]102

Dimissum quod nescitur, non amittitur.

Ce que nous laissons, sans le sauoir, n’est pas
perdu. Il veut dire que ce n’est point pro-
prement faire perte, s’on ne s’en aperçoit.

E.

[103]103

Etiam innocentes cogit mentiri dolor.

Douleur contraint de mentir, mesme les non
coupables. Auisent icy les tyrans, & cruelz
Iuges, à ce que legerement ilz ne condam-
nent les gens à la torture: ou qu’ils n’aioutẽt
trop grande foy à ce que le tourment con-
traint dire.

[103 bis]103

Etiam peccato rectè præstatur fides.

La foy promise, mesme en mal, ou vice, se peut
bien acomplir. Cette sentence est vn peu
bien dure, & contre notre Loy. A ce pro-
pos me souuient auoir leu que Saint Ieros-
me dit de Herodes, qui promit, & iura de
bailler à la sauterelle, ou danceuse, tout ce

qu’elle

[p. 45]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN

45

qu’elle luy demanderoit, puis il fut fáche
quand elle luy demanda la teste de saint
Iean, mais toutesfoys d’honte qu’il eut, pour
cause des assistẽs, il la luy deliura. Cette pro-
messe, ou iurement fut méchant, mais l’ac-
complissement fut encores plus méchant, ce
dit Saint Ierome. Periander dit, Quicquid pro-
miseris, facito.
Mais il s’entend tousiours en
chose honneste & licite: comme i’ay decla-
ré ailleurs.

[104]104

Etiam celeritas in desiderio, mora est.

Hátiueté en cas de desir, est mesmement tardi-
ueté. Le grand desir nous transporte quel-
que-foys si fort, qu’il nous semble que nous
n’y serons iamais a temps, encores que nous
y courussions en poste, prestz a nous rompre le col.

[105]105

Ex vitio alterius, sapiens emendat suum.

Par la faute d’autruy, l’homme Sage amande la
sienne. Ce que nótre auteur a dit, cy dessus
au nombre 39. ne vient point icy trop mal a
propos, Bonum est, fugienda aspicere alieno in
malo.
Cato, Multonum disce exemplo quæ fa-
cta sequaris, Quæ fugias: vita est nobis aliena
magistra.

[106]106

Et deest, & superat miseris cogitatio.

Pense-

[p. 46]

Fac-simile de la page

46

LES MIMES

Pensement, ou auisement defaut, & demeure
aux gens miserables. Il leur defaut, parce
qu’ilz ne peuuent voir aucun moyen d’é-
chaper de leur misere: & si leur demeure, car
ils considerent & auisent bien quelque-foys
ce qu’ilz deuoyent faire, mais c’est trop
tard, communément: car la peine & póure-
té les charge & trouble trop.

[107]107

Etiam obliuisci quod scis (vel fis) inter-
dum expedit.

Quelque foys est bon oublier, & quasi ne sça-
uoir ce que tu scez.
Autrement,

Quelque-foys est bon oublier ce que tu es:

C’est à dire ne tenir ta grauité, & autorité,

selon les lieux, temps & affaires differents.


Comme dit Caton,

Constans, & lenis, sicut res postulat, esto:

Temporibus sapiens mores, sine crimine, mutat.


Que i’ay ainsi traduit,

Comme requiert, ou le temps, ou l’affaire

Tu sois constant, ou bien tu sois muable:

Le sage change en maniere de faire,

Sans que cela luy soit cas reprochable.


I’ay leu aussi,

Non

[p. 47]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN

47

Non est turpe cum re mutare consilium.

[108]108

Ex hominum quæstu facta fortuna est dea.

Par le gaing des gens, fortune a esté faite deesse.
C’est à dire pource qu’ilz ont eu cette sotte
opiniõ qu’elle leur a fauorisé en cas d’acque[-]
rir des biens, dont le Satyrique se moque,
disant ainsi,

Nullum numen abest vbi sit sapientia: sed nos

Te facimus fortuna Deam, cælóque locamus.


Ce que i’ay ainsi traduit,

Dieu est tousiours auecques la sagesse,

Mais follement nous te faisons deesse,

Et t’estimons & reuerons comme vne

Dame du ciel (ô muable fortune.)


Si vous prenez, quæstu, pour, querimonia, le
sens sera tel,
Par la plainte des gens, fortune a esté faite
deesse: car les gens mal fortunez se plain-
gnent d’elle, & adressent leurs complaintes
& regretz à elle, comme si s’estoit vne gran-
de deesse qui les entendit, & qui eut puissan-
ce de les faire riche, en leur montrant son
bon visage.
Caton:
Noli fortunam, quæ non est, dicere cæcam,
Aucuns interpretent, quæ non est, quæ nulla

est,

[p. 48]

Fac-simile de la page

48

LES MIMES

est
, Bien qu’il die ailleurs:
Indulget fortuna malis, vt lædere poßit.

[109]109

Effugere cupiditatem, regnum est vincere.

Fuyr la cupidité, C’est vaincre vn Royaume.
O^ tresphilosophique sentence! Il y a deux
grans points, sur tout requis,
Mens sana in corpore sano.

[110]110

Exuli cui nusquam domus est, sine sepul-
chro est mortuus.

Aucuns lisent

Cui nusquam domus est, &c.

Exilium mors est ciuilis: aiunt Iurisperiti.


Le banni, qui en nulle part n’a lieu, ny mai-
son pour se retirer, est cõme l’homme mort
sans sepulcre, ou tombeau. Voyla la belle simi-
litude, qui nous doit exciter a estre hospita-
liers comme ont esté les bons Patriarches
anciens. Voyez le liure de Genese.

[111]111

Etiam qui faciunt, odio habent iniuriam.

Ceux qui font a autruy tort, & iniure, encores
hayẽt le tort, & iniure. C’est à dire qu’ilz ne
voudroyent point qu’on leur en feit: & sen-
tent le remord de conscience qui les iuge

qu’ilz

[p. 49]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN

49

qu’ils ne font pas bien. ô malheureux, qui
font dutout contre leur conscience!

[112]112

Eripere relum, non dare irato, decet.

A celuy qui entre en colere, faut oter le baton,
non luy bailler. Pour l’ordre de l’alphabet,
voyez cy apres en la lettre H. Est honesta
turpitudo, pro bona causa mori.

[113]113

Se denegare patriæ, exilium est pati.

Ne vouloir rien faire pour la patrie, c’est au-
tant comme d’estre banni de son paîs. C’est-
adire quiconque se retient, & ne veut tra-
uailler pour ses parens, ou amis, & pour la
Republique, certes cetuyla se bannit de son
paîs.

[114]114

Etiam capillus vnus habet vmbram suam.

vide etiam infrà, numero 197.
Mesme vn petit cheueu, ou poil de teste, a son
ombre. C’estadire qu’il n’y a si petite pers-
sonne qui ne tienne sa place, & qui n’ait
cœur & corps (car tout corps rend ombre,
tant soit peu) & pourtant, que l[’]on ne le
doit desestimer, ny molester, car il n’est si
petit qui ne puisse en quelque chose nuire,

d

[p. 50]

Fac-simile de la page

50

LES MIMES

ou aider. Tesmoing la fable du rat & du
lion en Esope: & puis aussi de l’aigle, & du
petit animal, qui luy feit tout plein de mal.

[115]115

Eheu, quàm miserum est, fieri metuendo
senem!

Helas, que c’est vne chose miserable que de vi-
eillir en craignant! C’estadire grisonner &
deuenir vieil, auant que d’estre vieil, pour
cause de crainte des maux qui ne sont pas
encores aduenus, & possible n’aduiendront
pas, bien que l[’]on en ait grand doute en sa
fantasie. Quare eleganti dilemmate huiusmodi
curas diluit Ausonius:

Certa si decreta fors est, cauere quid proderit?

Siue sunt incertacuncta, quid timere conuenit?


[116]116

Etiam hosti est æquus, qui habet in consi-
lio fidem.

Mesme à son ennemi celuy est bon, qui resoult
en soy de luy tenir foy. C’est contre ce que
dit Virgile
Dolus, an virtus, qui in hoste requirat?
Mais il entend des plus méchans. aussi est-ce
contre le dire de Cesar.

Excels

[p. 51]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN

51

[117]117

Excelsis multò facilius casus nocet.

Ruine nuit plus facilemẽt à ceux qui sont haut
montez.
Ouidius libro primo, de remedio amoris.

Perflant altißima venti:

Summa petunt dextra fulmina missa Iouis.


Le vent puissant les grans arbres agite

Plus qu’il ne fait vne plante petite:

La foudre aussi, lors que Iuppiter tonne,

Les hautes tours, & grans palais étonne.



Cato,
Tuta mage est puppis modico quæ flumine fertur.
Ouidius:
Viue tibi, & longè nouimagna fuge.

F

[118]118

Fidem qui perdit, quò se seruet in reliquũ!

Qui perd la foy, à quoy est-ce qu’il se reserue-
ra au reste? cy apres au nombre 131, il dit, Fidem qui perdit, nil potest vltraperdere.

[119]119

Fortuna cùm blanditur, captatum venit.

Quand la fortune rit, elle nous seduit.
Cato libro primo.

Cùm fueris felix, quæ sunt aduersa, caueto:

d 2

[p. 52]

Fac-simile de la page

52

LES MIMES

Non eodem cursu respondent vltima primis.


Que i’ay ainsi traduit,

Quand tu verras la fortune te rire,

Preuoy, & crains quelque fortune aduerse:

Car le bon-heur en fin souuent attire

Quelque mal-heur qui nôtre cas reuerse.



Idem libro secundo:
Indulget fortuna malis, vt lædere poßit.
Que ie traduis ainsi,

Aux méchans gens fortune fauorise,

A fin qu’apres les renuerse, & detruise.


[120]120

Fortunam citius reperias, quàm retineas.

Plus facilement bonne fortune trouueras, que
ne la retiendras. & pourtant l’autre dit
Non minore est virtus, quàm quærere, parta tueri.
ce que ie traduits ainsi,

Bien garder ton or, ou ta terre

N’est moindre honneur que de l’acquerre.


Voyez cy apres au nombre 142.
Fortuna vitrea est, quæ magis splendet, eò fa-
cilius frangitur.

La fortune est toute de verre: car plus elle re-
luit, plustost se rompt, & perit.

[121]121

Formosa facies, muta commendatio est.

Beau

[p. 53]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

53

Beau visage, est louange taisible. Car, certes,
c’est vne chose que tout œil admire que la
beauté, à laquelle quasi tous portent natu-
rellement faueur. à ce propos me souuient
auoir leu, comment la grande beauté de la
Dame Phryné, qui se presenta deuãt ses iu-
ges, les gaigna, & attira à sa faueur, & mi- sericorde, qui sans cela estoit en grand dan-
ger de sa vie, & d’estre sentenciee à la mort.

[122]122

Frusta rogatur, qui misereri non potest.

C’est en vain que l[’]on prie celuy qui ne peut a-
uoir pitié. O cœur plus dur que pierre, qui
ne te peux adoucir en compassion des sou-
freteux!

[123]123

Fraus est accipere, quod non poßis reddere.

C’est abuser, de prendre ce que tu ne peux ren-
dre. Chacun doit regarder sa puissance &
sa portee.

[124]124

Fortuna animũ quem fouet, stultum facit.

Celui que la fortune amignote, elle l’asottit.

Souuent la fortune rend sotte

La personne qu’elle amignote.


Communement vaine gloire, & sotte arro-

d 3

[p. 54]

Fac-simile de la page

54

LES MIMES

gance, va de compagnie auec la cheuance:
& au contraire est de póureté: pourtant di-
soit Polyida, Inest diuitijs aliquid vitij: pauper-
tas autem fortita est sapientiam propter infortunia.

Il y a quelque imperfection & vice en richesse,
mais la póreté, par le moyen de ses aduer-
sitez, a acquis la sagesse. Et Menander di-
soit que les richesses sont aueugles, & aueu-
glissent ceux qui les fuyuent, & cherissent.

[125]125

Fatetur facinus is, qui iudicium fugit.

Qui suit le iugement, il confesse le crime.

[126]126

Felix improbitas, optimorum est calamitas.

Heureuse mechanceté est des bons la calamité.
C’estadire, quand les mechans prosperent,
les bons ont à souffrir.

Quicquid delirant Reges, plectuntur Achiui.
– Vexat censura columbias.

[127]127

Feras, non culpes, quod vitari non potest.

Porte patiemment, & ne blame point ce que
l[’]on ne peut euiter.

[128]128

Futura pugnant, vt se superari sinant.

Les choses à aduenir combatẽt de sorte, qu’elles

se

[p. 55]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

55

se permettent surmonter: c’estadire que par
prudence on les peut moderer, changer, &
faire tourner autrement que l[’]on ne pensoit,
& prendre meilleure issue. Cecy est contre
les Astrologues trop obstinez en leur peu
certaine science & cõgnoissance des maux
& biens à venir:
Nam vir sapiens dominabitur astris.

[129]129

Furor fit, læsa sæpius patientia.

Patience souuẽt offensee, se cõuertit en fureur.
Cecy est conforme à ce qu’il a dit cy dessus
au nombre 44.
Bonus animus læsus, grauiùs multò irascitur.
l’Homme de bon vouloir, quand il est offensé,
se courrouce plus asprement.

[130]130

Facta [sic pour Ficta] citò ad naturam redierint (aut reci-
derint) suam:
Vel, cito ad naturam
ficta redierint suam.

Choses faintes retournent soudain à leur natu-
rel. à ce propos dit Horace en son art poëti-
que,
Naturam expellas furca, tamen vsque recurret.

[131]131

Fidem qui perdit nil potest vltra perdere.

d 4

[p. 56]

Fac-simile de la page

56

LES MIMES

Qui perd sa foy, ne peut plus rien perdre. il
a dit le semblable cy dessus au nombre 118.
Fidem qui perdit, quò se seruet in reliquum?

[132]132

Facilitas animi ad partem stultitiæ rapit.

Facilité de cœur, tire ou tend a la part de folie.
à ce propos Erasme allegue le fait de Mitio,
qui en l’aage de soixante ans se maria pour
la premiere fois. mais l[’]on pourroit dire,
qu’il n’auoit pas le cœur trop prompt, ny
facile, puisqu’il auoit tant attendu. Facile
ad vitia adducitur, qui facilis est:
Erasmus Cat. Dist. Grphye 1538 f. 3 r Estre facile,
c’est bon commencement d’estre tourné à
mal, & certes quiconque est priué & facile
à chacũ, est facile aussi d’estre attrait à mal,
& à suyure mauuaise compaignie.

[133]133

Fides, vt anima, vnde abijt, nunquã eò redit.

La foy, non plus que la vie, ne retorne iamais
d’ou elle est departie. Publian n’auoit pas
entẽdu le principal article de nôtre foy, qui
est la resurrection, par laquelle l’ame rentre
au propre corps au iour du grand Iugemẽt.

[134]134

Fidẽ nemo vnquam perdit, nisi qui nõ habet.

Nul n’a onques perdu la foy, sinon celuy qui

ne

[p. 57]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

57

ne l’a pas. Nul ne perd argent qui ne l’a eu.
Mais on dit, Celuy perd foy & loyauté qui
ne l’à point euë:
Car s’il se disoit l’auoir, ce
n’estoit que parole fainte, comme l’yssue de-
montre.

[135]135

Fortuna obesse contenta est semel.

Iamais fortune ne se contente de nuire vne
foys, à qui que ce soit. C’est ce qu’on dit en
commun prouerbe Françoys, Iamais vne
fortune ne vient seule
. Dont Marot s’est
tresbien sceu seruir en vne epitre qu’il adres-
soit au Roy, se complaignant d’vn sien ser-
uiteur, qui l’auoit desrobé.

[136]136

Fulmen est, vbi cum potestate habitat ira-
cundia.

Ouidius,
An nescis longas regibus esse manus? C’est foudre, quand la puissance de nuire est
iointe auec l’ire: ou auec le cœur subiet à
courroux. Clytus & Callisthenes, autre-
ment grans amis d’Alexandre, tesmoigne-
royent bien de ce.

[137]137

Frustra cùm ad senectam ventum est, re-

d 5

[p. 58]

Fac-simile de la page

58

LES MIMES

petes adolescentiam.

C’est en vain que tu regreterois la ieunesse,
quand tu es en vieillesse.
Pource disoit vn Sage,
Disce iuuenis quæ viro vsui sunt futura.
Ouidius:

Tempora laduntur, tacitisque senescimus annis:

Et pereunt freno non remorante dies.


[138]138

Falsum maledictum, maleuolum menda-
cium est.

Iniure fausse, est malicieuse mensonge, ou men-
terie par mal-ueillance.

[139]139

Fœminæ naturam regere, desperare est
omnium.

Gouuerner l’esprit d’vne femme, c’est ce que
tout le monde dit qu’il ne peut pas faire.
Publian n’estoit pas trop grand ami des da-
mes: Il faut qu’elles luy eussent fait quelque
mauuais tour. Mais au contraire il y en a des
bons Auteurs qui ont bien écrit a leur hon-
neur: Dont i’en fay mention en certaine
ode que i’adressoys à nótre Tres-illustre, &
Tres-uertueuse Princesse vótre mere.

140 Fer

[p. 59]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

59

[140]140

Fer difficilia, vt facilia leuius feras.

Acoutume toy aux choses difficiles, à fin que
plus facilement tu portes les faciles.
Voyez cy apres au nombre 143. Voyez que
faisoit Cato Minor, assez à ce propos.

[141]141

Fortuna nulli plus quàm consilium valet.

Fortune enuers qui que ce soit, ne peut plus que
le conseil. Bon conseil est le commencement
& racine de tout bien. Sall. Postquàm con-
sulueris, maturè facto opus est.

[142]142

Fortuna vitrea est, quæ, cùm splendet, fran-
gitur.

La fortune est de verre, car quand elle luit, tost
est rompue. Ie m’en raporte à Seianus, &
à plusieurs autres.
Voyez la dixiéme Satyre de Iuuenal.
Voyez cy dessus, au nombre 120, Fortunam citius reperias, quàm retineas.

[143]143

Feras quod lædit, vt quod prodest perferas.

Porte patiemment ce qui te nuit, pour iouyr de
quelque bien, & profit.

Ouid.li.

[p. 60]

Fac-simile de la page

60

LES MIMES

Ouid. lib. I. de Remed. amo.
Vt corpus redimas, ferrum patieris, & ignes. Cato item, Lædere qui potuit, prodesse aliquando valebit.

[144]144

facit gratum fortuna, quam nemo videt.

Fortune prospere & secrete, rend l’homme
aymé. (pource que communément on a en-
uie sur ceux qui prosperent grandement,
& facilement.)

[145]145

Frugalitas miseria est rumoris boni.

Estre bon mesnager, c’est bon bruit peu estimé:
pource qu’on dit que cela tend à chicheté: &
que plusieurs qui voudroyent se sentir du
bien, & ne s’en sentent pas, n’en peuuent
bien dire.
Autrement:
Frugalité est disette de bon bruit: comme s’il
vouloit dire en cette sorte, qui est estimé hõ-
me d’espargne, n’est rien estimé.
Ou bien ainsi :
Frugalité, est comme vice de chicheté, mais
couuerte d’vn beau nom.

G.

[146]146

Graue præiudiciũ est, quod iudiciũ nõ habet.

L’auant

[p. 61]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

61

L’auant-iugement est grief, qui n’est suyui de
difinitif iugement. C’est à dire que ce qu’on
peut auoir opiné, & conçeu de mauuais,
doit estre puis apres par meur iugement
examiné & décidé.

[147]147

Grauißima est probi hominis iracundia.

Grieue est l’ire de l’homme de bien.
Il a dit le semblable cy dessus aux nombres
44, & 129.
Bonus animus læsus, grauis multò irascitur.
Item,
Furor fit, læsa sæpius patientia.

[148]148

Crauis animi pœna est, quem post factum
pænitet.

Voyez au nombre 151.
Celuy porte grande punicion, qui se repent a-
pres le fait.

Grauis animus dubiam non habet sententiam:

l’Homme graue, ou constant, n’est point à
deux propos.

[149]149

Craue est malum omne, quod sub aspectu
latet.

Tout

[p. 62]

Fac-simile de la page

62

LES MIMES

Tout mal est grief, qui est couuert d’apparence
de bien. La faintise & dissimulation sont icy
blasmees. A ce propos vn Philosophe se
plaignoit de nature qu’elle n’auoit fait ou-
uerture a l’endroit du cœur des hommes.

[150]150

Crauius nocet quodcunque inexpertum ac-
cidit.

Plus griefuement nuit ce qui aduient de mal
non iamais experimenté. Phedra écriuant
a Hippolyt dit pareille sentence:
Scilicet vt teneros lædunt iuga prima iuuencos &c.
Item:
Quæ venit exacto tempore, peius amat.

[151]151

Crauior inimicus qui latet sub pectore.

Le plus grand ennemi, c’est celuy qui est caché
dedans le cœur. Il veut dire noz affections
& concupiscences particulieres: & que le
mauuais vouloir porte nuisance sur tout,
tant il est difficile à desraciner du cœur.

[152]152

Crauißimum est imperium consuetudinis.

L’empire de la coutume est tres-grief.
Il veut dire que depuis qu’on est acoutumé
à mal, on ne s’en peut defaire; car la longue

vsance

[p. 63]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

63

vsance a gaigné la maitrise, & dominiacion
sur nous.
L[’]on dit vn prouerbe Latin,
consuetudo altera est natura.
Acoutumance est vne seconde nature.

[153]153

Craue crimen, etiam cum dictum est leui-
ter nocet.

Iniure atroce nuit, encores qu’elle soit ditte le-
gerement, ou par maniere de ieu, & de risee.
A ce propos Erasme allegue qu’en Angle-
terre quiconque appelle vn autre traitre,
encor que ce soit en se gaudissant, il n’est pas
sans danger de punicion, pource que ce cri-
me là est si haï, & si suspect: comme aussi en
temps de guerre, appeller son amy espion,
mesme en se iouant, cela seroit dangereux:
& faut bien aduiser en telz ca, quand, com-
ment, à qui, & deuant qui on parle, car il en
est aduenu, & pourroit encores aduenir, de
grans inconueniens: nonobstant qu’on ne
le die qu’en ioyeuseté: mais aussi il ne faut
pas estre si leger.

H.

[154]154

Heu, quàm est difficilis gloriæ custodia!

O que la garde d’honneur est difficile!

C’est

[p. 64]

Fac-simile de la page

64

LES MIMES

C’est à dire qu’apres auoir vn beau,
& grand renom, il est bien difficile de le gar[-]
der, & maintenir, car il ne faut comme rien
pour le rabatre, & fouiller: & est vn terrible
aiguillon aux gens qui ont grand nom en
proësse, en lettres, ou vertus, de perseuerer, à
ce que ces beaux faitz, & beaux tiltres ne
soyent auillis & mesprisez, qui leur ont cou-
té tant cher. Parquoy tres-bien reprochoit
ainsi Deianyre à son mari Hercules:

Respice vindicibus pacatum viribus orbem,

Quà latam Nereus cærulus ambit humum:

Se tibi pars terræ, tibi se tota æquora debent:

Implesti meritis Solis vtramque domum.

5

Quod te laturum est, cælum prius ipse tulisti:

Hercule supposito sydera fulsit Atlas.

Quid nisi notitia est misero quæsita pudori,

Si cumulas sturpi facta priora nota?

Cœpisti melius quàm desinis! vltima primis

10

Cedunt: &c.


Lesquelz vers Latins i’ay autre-
foys ainsi traduit,

Aduise moy de toutes pars la terre

Que la mer bleuë enuironne, & enferre

Paix vient de toy, qui en terre est logee,

Toute la mer est à toy obligee:

5

De tes bienfaitz, & vertus acomplies,

Les deux

[p. 65]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

65

Les deux maisons du Soleil as remplies.

Le ciel lequel apres ce monde cy

Te portera, tu as porté aussi.

Hercules fort d’espaules, & de bras

10

Astres, & du ciel soutint apres Atlas

Qu’as tu gaingné sinon faire cognoitre

Ton deshonneur, & par tout apparoitre?

Si tu conioints ta paillardise infame

Aux premiers faits pleins de los, & de fame?


Voyez le discours de Macchiauel sur Tite-
liue, comment se doit tresbien donner garde
celuy qui a fait de grans actes vertueux,
mesmemẽt en guerre. La mauuaise fin d’An[-]
nibal, de Pompee, de Cesar, & d’infinis au-
tres, doit bien donner crainte. Pource disoit
vn Sage, que l’homme ne peut auoir meil-
leur bien en ce monde que l’heureuse issue
de cette vie. Car vltima dies de omnibus iudi-
cium affert.
Voyez ce que disoit Solon au
grand riche Roy Cresus: & comment il ex-
perimenta son dire vray. Herodote le recite
bien au long de la victoire de Cyrus, & du
grand malheur de Cresus.

[155]155

Homo extra corpus est suum cùm irascitur.

L’Homme qui se courrouce, n’est pas en sa
peau. Cette sentẽnce reuient quasi au propos

e

[p. 66]

Fac-simile de la page

66

LES MIMES

de celle qu’il a dit cy dessus au nombre 12.
Absentem lædit, cum ebrio qui litigat. Qui prend noise à vn homme yure, il s’at-
tache à vn absent.
Cato
Impedit ira animum, ne poßit cernere verum.
Voyez vn beau liure de Plutarque, pour le
remede de courroux.

[156]156

Heu quàm est timendus, qui mori tutum
putat!

O que celuy est bien a craindre qui ne se soucie
de la mort!
Cecy se pourroit principalement adresser
au Capitaine de guerre, qui met, sans pro-
pos, la vie de plusieurs autres en grand ha-
zart, s’il est fol hardi, & sans considerations:
& se fait Seigneur & maistre de la vie d’au-
truy.

[157]157

Homo, qui in homine calamitoso est miseri-
cors, meminit sui.

Celuy a souuenance de soy, qui est pitoyable
enuers vn homme souffreteux: c’est à dire,
qu’en ce faisant il pense qu’il est homme
comme l’autre, & qu’il pourroit tomber en
telle souffretté, & misere, & auoir ainsi affai[-] re de secours.

Voyez

[p. 67]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

67

Voyez à ce propos, le suyuant, au nõbre 159.
Dido apud Vergilium,
Non ignara mali, miseris succurrere disco.

[158]158

Est honesta turpitudo, pro bona causa mori.

C’est vne honte honneste, de mourir pour bõ-
ne cause. l’Italien dit, Vn bel morir, tutta la vita honora.

[159]159

Habet in aduersis auxilia, qui in secundis
commodat.

Qui donne secours en prosperité, le retrouue
en aduersité. C’est ce qu’on dit commune-
ment, comme tu auras fait à autruy, l[’]on te
fera
.
Pittacus,
Quæ feceris parentibus, eadem à liberis expecta.

[160]160

Heu quàm miserum est lædi ab illo, de quo
non poßis queri!

O que c’est vne chose miserable d’estre oppres-
sé par celuy de qui tu ne te peux plaindre!
(cõme seroit d’vn grand Seigneur, ou d’vn
grand amy: car il ne seroit pas trop seur, ou
trop honneste de ce faire: i’entend de se plain-
dre de luy outrageusement.

c 2

[p. 68]

Fac-simile de la page

68

LES MIMES

[161]161

Hominem experiri multa, paupertas iubet.

Póureté commande à l’homme d’experime-
ter plusieurs choses.
A ce propos, y a vn prouerbe Grec qui dit,
que necessité est inuentrice des arts.
Et Ouide dit,
Ingenium mala sæpe mouent.
Que i’ay traduis ainsi,

Souuent necessité

L’esprit a excité.


[162]162

Heu dolor quàm miser est, qui in tormentis
vocem non habet!

O que la douleur est miserable qui n’a point de
parolles es tourmens! Les tourmens, gehẽnes,
& tortures sont ordonnees pour tirer la ve-
rité: Celuy dont souffre douleur miserable,
qu’estant ainsi tourmenté n’ose dire la veri-
té de ce qu[’]il scet, sachant que celuy qui le
tourmente, ne le veut pas.
Ce qui auient quelque-foys.

[163]163

Heu quàm pœnitenda incurrunt homines
viuendo diu!

O que

[p. 69]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

69

O que les gens de longue vie experimentent
de choses griéues!
Voyez la dixiéme Satyre de Iuuenal.

Sed quam continuis, & quantis longa senectus

Plena malis! deformem ante omnia vultum,

Dißimilemque sui, deformem pro cute pellem.

Vna senum facies, cum voce trementia labra,

5

Et iam læue caput, madidíque infantia nasi:

Frangendus misero gingiua panis inermi,

Vsque adeo grauis vxori, natisque, sibique

Vt captatori moueat fastidia Cosso.


[164]164

Habet suum venenum blanda oratio.

Douce parole porte son venin. Voyez Caton, qui dit tres-bien à ce
propos en son premier liure,

Noli homines blandos nimiùm sermone probare:

Fistula dulcè vanit, volucrem dum decipit auceps.


Que i’ay ainsi traduit,

N’estime pas plus grandement

Les gens doux qui parlent tant beau:

L’oyseleur chante doucement

Quand il deçoit, & prend l’oyseau.


Et puis encor en son troisiéme liure il dit:
5

Sermones blandos, blaæsósque cauere memento:

Simplicitas veri, sana est: fraus ficta loquendi.


c 3

[p. 70]

Fac-simile de la page

70

LES MIMES

Que i’ay traduit comme s’ensuit,

Fuy langue douce, ou begueyante,

Car verité ronde, & ouuerte,

Va rondement: Fraude est couuerte,

Dissimulee, & deceuante.


Il y en a plusieurs par le monde qui sont
ainsi faits, comme i’en ay fait experience à
mon dommage: & pourtant, lecteur, garde
t’en si tu veux, i’enten de telles gens qui ont
le dessus de la langue emmiellé, mais le des-
souz empoisonné.

[165]165

Homo toties moritur, quoties amittis suos.

Autant de foys meurt l’homme, cõme il perd
de ses bons parens, ou amis. Certes c’est
grãd douleur perdre vn bon parẽt ou amy.

[166]166

Homo semper in sese aliud fert: in alterum
aliud cogitat.

Tout homme a tousiours en soy quelque chose
particuliere, & enuers autruy vn’autre: car
il songe tousiours autrement pour soy, &
plus à son profit, que pour autruy, encor
qu’il ne le die.

[167]167

Honestus rumor, alterum est patrimonium.

honestè

[p. 71]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

71

Honestè seruit, qui succumbit tempori.


Bonne renomée vaut vn second patrimoine.
A ce propos il y a vn ancien prouerbe
Françoys qui dit
Bonne renommee vaut mieut mieux
que ceinture doree.

L’autre sentence dit,
Que bien fait celuy qui sert au temps.

[168]168

Homo nescit, si dolore fortunam inuenit.

L’homme ne sent point la peine, par laquelle
il a eu quelque bien.
C’est quasi au propos de Martial, Pingue solum lassat, sed inuat ipse labor.

[169]169

Homo vitæ commodatus, non donatus est.

L’homme a la vie par prest, non par don:
pourtant les Latins l’appellent,
Vsuram lucis huius. Quid habes, quod non
accepisti?
inquit Do.Paulus.
Item,
Non habemus hîc ciuitatem permanentem.

[170]170

Hæredem scire, vel ferre, vtilius est quàm
quærere.

c 4

[p. 72]

Fac-simile de la page

72

LES MIMES

Il vaut mieux sauoir ses heritiers, que les cher-
cher: Ou, il vaut mieux souffrir les heritiers
qu’on a, que d’estre en peine d’en trouuer
d’autres. Car nôtre bien, doit par raison
plustost auenir à nos parens, ausquelz na-
ture nous adresse, qu’à autres.

[171]171

Hæredis fletus sub persona risus est.

Les pleurs de l’heritier, ce sont ris couuers.
C’est à dire pleins de faintise & dissimula-
tion communement: Car il est ioyeux en son
cœur, du bien qui luy aduient.

[172]172

Habent locum maledicti crebræ nuptia.

Se remarier souuent, vaut autant comme faire
mal parler de soy.
Voyez cy apres au nombre 240, ou il dit,
Mulier quæ nubit multis, multis non placet.
Saint Ierôme recite d’vne femme qui eut
plus de vingt maris: dont l’vn gaigna enfin
la victoire.

I.

[173]173

Inferior horret quicquid peccat superior.

Le subiect redoute tout ce que fait de mal son
superieur (car cela luy peut retõber dessus:

& les

[p. 73]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

73

& les petis boyuent souuẽt la faute des
plus grans, selon que dit le Poëte,
Quicquid delirant Reges, plectuntur Achiui.

[174]174

Inimicũ vlcisci, vitam est accipere alteram.

Se venger de son ennemi, c’est prendre vne se-
conde vie. Cette sentence ne conuient pas à
nôtre loy, qui nous deffend la vengeance:
mais Publian parle icy selon l’affection na-
turelle de plusieurs gens, aux quelz il semble
qu’ils ont fait vn tresbeau fait, & qu’ils sont
du tout allegez en leur cœur, quand ils se
sont vengez: ioint qu’ayans occis leur en-
nemi, ils ne le craignent plus, mais il en faut
craindre d’autres, & Dieu principalement.
ou bien, Publian entẽd prendre vne secõde
vie, que c’est, sauuer & échaper sa vie qui
estoit aguetee & epiee par l’ennemi. & en
ce point le sens est bon.

[175]175

Id agas, ne quis tuo te merito oderit.

Dõne toy garde que tu ne sois point haï à bon
droit: c’estadire pour quelque faute que tu
auras commise.

[176]176

Inuitum cùm retines, exire incitas.

c 5

[p. 74]

Fac-simile de la page

74

LES MIMES

Retenant vn homme contre son gré, tu le con-
trains de s’en aller. Il y en a d’importuns qui
tirent, retirent, & retiennent les gens de si
mauuaise grace, qu’ils leur donnent plustost
enuie de s’en aller.

[177]177

Ingenuitatem lædis cùm indignum rogitas.

Tu fais tort à ta bonté naturelle, quand tu sup-
plies vn hõme indigne. O quel creuecœur!
& que plusieurs vilains, c’estadire indignes
d’estre priez, abusent de cette debonnaireté
des gens de bien!

[178]178

In nullum auarus bonus est, in se peßimus.

l’Auaricieux n’est bon à nul, & est tresmechãt
à soy. Par ce qu’il ne fait bien à personne: &
se laisse mourir de faim luy-mesme. cy des-
sus au nombre 23.
Auarus, nisi cum moritur, nihil rectè facit.

[179]179

Inopi beneficium bis dat, qui dat celeriter.

A vn hõme souffreteux celuy fait plaisir dou-
blement, qui le fait diligemment. Voyez cy
dessus au nombre 36. ou il dit,
Bis est gratum, quod opus est, vltro si offeras.

Instr

[p. 75]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

75

[180]180

Instructa inopia est in diuitijs cupiditas.

Cato:
Quid tibi diuitiæ prosunt, cum pauper abundas?
Conuoitise en richesse, c’est vne riche póureté.
Car, semper auarus eget. Præterea,
Tam deest auarao quod habet quàm quod non habet: Comme verrez cy apres.
Quò plus sunt potæ, plus sitiuntur aquæ.

[181]181

Inuitat culpam, qui peccatum præterit.

Qui dissimule vn’offense d’autruy, il l’incite à
offenser derechef. C’estadire il luy donne oc[-]
casion d’en faire vn’autre faute, ou offence.

[182]182

Iucũdum nihil est nisi quod reficit varietas.

Il n’y a rien doux, sinon ce que la varieté fait
doux. Pourtant les Philosophes dient que la
nature s’est recree en diuersité.

[183]183

Ingenuitas non recipit contumeliam.

Vn cœur noble ne peut souffrir iniure.
Autrement,
Vn cœur noble n’est point souillé de l’iniu-
re, & aussi ne s’y arreste point.

Impu

[p. 76]

Fac-simile de la page

76

LES MIMES

[184]184

Impunè peccat in eum, qui peccat rarior.

Vel,

Impunè peccat, cùm quis peccat charior.

Aut,

Impunè peccat, cùm quis peccat rarius.

Celuy qui offense peu souuent, ne merite pu-
nition. autremẽt, celuy qui est bien aimé ne
merite punition: ou, encor qu’il la merite, il
ne la reçoit pas: car l’amitié pardonne, ou
dissimule & passe legerement tout cela.

[185]185

Ingratus vnus, miseris omnibus nocet.

Vn homme ingrat, nuit à tous les autres neces-
siteux. L[’]on dit communement, Les bons y
perdent pour les mauuais
.

[186]186

In miseri vita (seu vitia) nulla contume-
lia est.

Iniure faite contre vn homme miserable, n’a
point grace d’iniure. Car il a plus besoing
de consolation que de reprehension, & s’il est
mechant, sa méchanceté est assez punie
par sa póureté, & miserableté.

Inopiæ

[p. 77]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

77

[187]187

Inopiæ desunt pauca, auaritiæ omnia.

Indigence a affaire de peu, auarice de tout.
Voyez cy apres le nombre 214, ou il dit,
Luxuriæ desunt multa, auaritiæ omnia.

[188]188

Ita amicum habeas, posse vt fieri inimicum
putes.

Aye ton ami en tel degré d’amitié, que ce pen-
dant tu penses qu’il peut estre fait ton enne-
mi. à ce propos vn des sept Sages (& me semble que c’est Cleobule)
Ama tanquam osurus: odi tanquam amaturus.
Ayme comme si tu deuois haïr: haïs comme
si tu deuois aymer: laquelle sentence, bien
qu’elle soit reprouee de plusieurs gens de
bonne nature, & de bonne amitié, toutes-
fois est assez approuuee par Valere le grand:
& à la vérité il se trouue de grãs amis auoir
esté faits ennemis: & au contraire, de grans
ennemis, amis. Pourtant ne semble pas mau[-]
uais, de donner tel frain à l’amitié, à ce que
l’ami de bonne foy, ne se détruise pour son
ami, qui (peut étre) apres auoir receu
biens & honneurs de luy, se conuertira en
ennemi: comme tous les iours il se voit par

experi

[p. 78]

Fac-simile de la page

78

LES MIMES

experience en vne infinité de gens ingrats;
& moymesme en ay experimenté quelque
chose: & pourtant soyent les autres sages,
s’ils veulent, apres en auoir esté aduertis.
Voyez sentence pareille cy apres au nombre
203
. I’ay lu quelque part ce vers,
Vt deccet, & prodest, & amabis, & oderis idem.

[189]189

Inuidiam ferre, aut fortis, aut felix potest.

l’Homme vertueux, ou l’hõme heureux peut
supporter l’enuie. Car le grand cœur, ou le
grand heur, passe par dessus: &, comme l[’]on
dit, tel homme est extra omnẽ aleam positus.

[190]190

In amore, mendax semper iracundia.

Ire en amour est tousiours mensongere. Il dit
le semblable cy dessus, au nombre 13.
Amans iratus multa mentitur sibi. l’Amoureux en courroux, ment beaucoup
à soy.

[191]191

Inuidia tacitè, sed minutè irascitur.

L’enuie se courrouce couuertement, mais en
cor de peu de chose. C’est vn tresmalheu-
reux vice que d’enuie, qui se tourmente du
bien d’autruy.

Irat

[p. 79]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

79

[192]192

Iratum breuiter vites, inimicum diu.

Tu euiteras la colere d’vn homme en vn in-
stant, mais pour euiter vn ennemi, il y faut
vn long temps: & pourtant, à ce propos di-
soit le Sage Salomon, d’vn homme ennemi
retourné en grace, il se faut donner garde.

[193]193

Iniuriarum remedium, est obliuio.

Le remede contre toute iniure, c’est oubliance.
En cecy est fort louë l’Empereur Cesar.

[194]194

Iracundiam qui vincit, hostem superat
maximum.

Qui vainq son ire, ou son inclination à cour-
roux, il vainq vn tresgrand ennemi. Ale-
xandre le grand qui a subiugué vne grande
partie du monde, n’a peu estre maistre de sa
colere, témoing Clytus, & Callisthenes. Bri-
seis écriuoit à Achilles,
Vince animos, irámque tuam qui cætera vincis.
Vous pouez voir vne grande louange de
vaincre son courage, en l’oraison de Cicero pour Marc Marcel. Et pouez voir aussi vn
petit traité de Plutarque pour refrener la co[-]
lere & vaincre son ire, lequel est fort singu-

lier,

[p. 80]

Fac-simile de la page

80

LES MIMES

lier, & a esté bien traduit en François, &
imprimé chez Iean de Tournes.

[195]195

In malis sperare bonum, nisi innocens, nemo
solet.

Entre les maux, communemẽt n’a bon espoir,
sinon celuy qui ne sent sa conscience char-
gee. Pourtant l[’]on dit, Consciẽtia, mille testes.
Horatius,

Innocens vitæ, scelerîsque purus,

Non eget mauri iaculis, nec arcu.


[196]196

In vindicando (vel, in iudicando) crimi-
nosa est celeritas.

A faire vengence (ou à ietter sentence) soudai-
neté est tresdangereuse. C’est ce qu’il a dit
cy dessus:
Ad pœnitendum properat, citò qui indicat.
au nombre 32.

[197]197

Inimicum, quamuis humilem, docti est me-
tuere.

l’Homme sage & sauant, craint mesmement
vn petit ennemi. voyez cy dessus au nom-
bre 114. Etiam capillus vnus habet vmbram

suam

[p. 81]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

81

suam.
Il ne faut nul dépriser: il n’y a nul pe-
tit ennemi. Catõ dit en son liure quatriéme,

Cum tibi proponas animalia cumcta timere,

Vnum hominem tibi præcipio plus esse timendum.


Ce que i’ay ainsi traduit,

Si en ton esprit tu proposes

Craindre toutes bestes en somme,

Quant est de moy, sur toutes choses

Ie te commande craindre l’homme.


[198]198

In calamitoso, risus etiam iniuria est.

Enuers le souffreteux, le ris est mesmement in-
iure. C’estadire l’homme constitué en peine
& póureté, ne prend rien à bien, ains soup-
sonne tousiours en la mauuaise partie ce
que l[’]on fait ou dit, encor que ce soit par ieu:
& pourtant se faut donner garde de le trou
bler d’auantage.

[199]199

Index damnatur, cùm nocens absoluitur.

Le Iuge est condamné quand il absout le mal-
faiteur. Il s’entend enuers Dieu, ou enuers sa
propre conscience, qui le remord.

[200]200

Ignoscere humanũ, vbi pudet cui ignoscitur.

c’est humainemẽt fait que de pardonner à ce-

f

[p. 82]

Fac-simile de la page

82

LES MIMES

luy qui a dueil & hõte d’auoir offensé nous
sommes tous pecheurs, pourtant faut par-
donner facilement, mesme quand on re-
quiert pardon.

[201]201

In rebus dubijs plurima (vel plurimi) est
audacia.

En vn danger, audace vaut beaucoup (pour en
echaper, il s’entend) pourtant dit le Poëte,
Audentes fortuna iuuat, timidosque repellit.
Voyez cy apres au nombre 253.

[202]202

Illo nocens se damnat, quo peccat die.

Le mesme iour que le mechant fait méchance-
té, il se condamne soymesme: c’estadire par
sa propre conscience qui le remord.

[203]203

Ita crede amico, ne sit inimico locus.

Fie toy de telle sorte en ton ami, qu’il ne te puis-
se nuire, s’il deuient ton ennemi. Il a dit le
semblable cy dessus, au nombre 188.
Ita amicum habeas, posse vt fieri inimicum putes.
Ie m’en rapporte au iugement des plus sa-
ges & sauans: mais ce conseil ne me semble
mauuais.

Iratus

[p. 83]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

83

[204]204

Iratus, etiam facinus consilium putat.

l’Homme en colere, repute le mal estre bien,
ou le bien estre mal: c’estadire, iniurier, ba-
tre, & tuer, il estime vn beau fait: & au con-
traire, le conseil & remontrance de ses amis,
il prend en mal.

[205]205

Improbè neptunum accusat, qui iterũ nau-
fragium facit.

C’est bien à tort que Neptune est accusé par ce-
luy qui fait perte de son bien, & aussi de la
vie, pour la seconde fois, par tourmente de
mer. Car il n’y deuoit pas retourner: & qui
a peur des branches, ne voise au bois
, com-
me l[’]on dit en commun prouerbe.

L

[206]206

Loco ingominiæ est, apud indignum dignitas.

Honneur & dignité à vn homme indigne, c’est
deshonneur, & indignité. Auisent icy ceux
qui s’auancent indignement aux offices ou
benefices: chose qui redonde à leur deshon-
neur: comme disoit vn Roy de France: Les
cheuaux courent les benefices, & les asnes
les emportent.

f 2

[p. 84]

Fac-simile de la page

84

LES MIMES

[207]207

Laus vbi noua oritur, etiam vetus admit-
titur.

Quand tu acquiers louange de nouueau, celle
que tu auois aussi parauant, est encores re-
ceuë, & approuuee. Aucuns lisent, Amit-
titur: & mal, à mon iugement, tesmoing la
conionction.

[208]208

Læso, doloris remedium, inimici dolor.

A celuy qui est offensé, le remede à sa douleur,
c’est de voir son ennemi en douleur. C’est
bien à la commune maniere: mais ce n’est
le fait d’vn homme vertueux, ny mesme
d’vn Crétien, qui doit estimer le mal d’au-
truy, quasi comme le sien propre. Tant s’en
faut qu’il s’en doyue reiour, ny le prendre
pour remede au sien: car c’est le fait d’vn
enuyeux, ou malheureux.

[209]209

Leuis est fortuna, citò reposcit quæ dedit.

Fortune est volage, elle redemande inconti-
nent ce qu’elle à baillé. Pourtant dit d’elle le
Poëte:
Et tantùm constans in leuitate sua est. Item:

Hæc manet in nullo certa tenaxque loco.

Lex

[p. 85]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

85

[210]210

Lex vniuersi est, quæ iubet nasci, & mori.

C’est vne reigle generale à toute personne, nas-
quir & mourir. Mors omnibus æqua. Hora-
tius,

calcanda est semel via lethi

: Horatius Carm. I, 28, 16 pallida mors
æquo pulsat pede pauperum tabernas, regúmque
turreis.
Horatius Carm. I, 4, 13 D. Paulus, Statutum est omnibus homi-
nibus semel mori, vt referat vnusquisque, &c.

[211]211

Lucrum sine dãno alterus, fieri non potest.

Gaing ne peut estre fait, sans perte d’autruy.
C’est ce que l[’]on dit communement, Nul ne
perd que l’autre n’y gaigne:
& au contrai-
re, Nul n’y gaigne, que l’autre n’y perde.
Voyez cy dessus au nombre 40.
Bona nemini hora est, vt non alicui fit mala.

[212]212

Lasciuia, & laus, nunquam habent con-
cordiam.

Louange & intemperance iamais ne s’accor-
dent. C’estadire l’homme débauché ne peut
estre loué, ou estimé: ou si d’auenture il l’est,
sa louange finira bien tost en deshonneur:
comme l’herbe ou fleur qui perd inconti-
nent sa beauté, odeur, ou vigueur.

f 3

[p. 86]

Fac-simile de la page

86

LES MIMES

[213]213

Legem nocens veretur: fortunam innocensi.

Le malfaiteur craint la loy, l’homme de bien,
la fortune: c’estadire les tristes issues de ses
affaires, la póureté, la maladie.

[214]214

Luxuriæ desunt multa, auaritiæ omnia.

Au prodigue beaucoup de choses defaillent, à
l’auaricieux tout. Voyez cy dessus le nom-
bre 181 [sic pour 187]. ou il dit,
Inopiæ desunt pauca, auaritiæ omnia.

M.

[215]215

Malignos fieri, maximè ingrati docent.

Les ingrats font que les liberaux sont chiches:
ou non pas tant debonnaires, ny faciles.
Malignus hìc vocatur parcus, interprete Erasmo.

[216]216

Multis minatur, qui vni facit iniuriam.

Qui fait tort à vn, menace plusieurs, ou met
plusieurs en crainte. Car à l’exemple de ce-
luy qui est mal-traité, les autres le fuyent, &
craignent.

[217]217

Mora omnis odio est, sed facit sapientiam.

Toute

[p. 87]

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DE PVBLIAN.

87

Toute attente est ennuieuse, mais elle nous ac-
quiert sagesse. Sur cecy vient tresbien à pro-
pos la tardiueté de Fabius contre Annibal,
dont il fut mal voulu: toutesfois le gaigna
par temporizer, & le laissa refroidir: tes-
moings ces vers,

Vnus homo nobis cunctando restituit rem:

Non ponebat enim rumores ante salutem.


[218]218

Mala causa est, quæ requirit misericordiã.

La cause n’est pas bonne, qui se fonde en mise-
ricorde: car c’est signe qu’au fond de la ma[-]
tiere on n’y a pas grand droit.

[219]219

Mori est felicis, antequam mortem inuocet.

l’Homme est heureux qui meurt auant que
d’appeler la mort. Voyez cy dessus au nom-
bre 98. ou il dit à ce propos,
Dum vita grata est, mortis conditio optima est.

[220]220

Miserum est tacere cogi, quod cupias loqui.

C’est chose facheuse, estre contraint de se taire,
quãd on a enuie de parler. Toutesfois l’hom[-]
me sage, rassis & modeste, ne s’ẽ fache point
trop: car de se taire on ne se repent point, si-
non en cas qui touche, & en chose de con-

f 4

[p. 88]

Fac-simile de la page

88

LES MIMES

sequence & necessité.

[221]221

Miserrima est fortuna, quæ inimco caret.

La fortune est des pires, quand elle n’a point
d’ennemi. Car le bon heur attire l’enuie: ain-
si il faut que soit bien póure celuy qui n’a au
cun ennemi, ny enuieux: toutesfois, à mon
auis, il n’est pas à mépriser d’auantage.
Ouidius, Viue tibi, & longè nomina magna fuge.

[222]222

Malus est vocandus, qui sua causa est bonus.

Cil qui est bon à soy doit estre appelé méchant.
comme quiconque fait plaisir, ayãt regard
à son seul profit, & non à l’amitié, ou à la pi
tié de son prochain, il fait mal, selõ ce regard.

[223]223

Malus, vbi bonum se simulat, tunc est
peßimus.

Le méchant, est alors tresméchant, quand il
faint d’estre bon. Voyez cy dessus au nom-
bre 52. Bonitatis verba imitari, maior malitia
est.
à ce propos vn des douze Cesars disoit,
que ceux sont moins méchans, qui sont mé-
chans apertement.

Metus

[p. 89]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

89

[224]224

Metus cum venit, rarũ habet somnus locũ.

Quand crainte vient, le dormir trouue peu de
place. autrement: Il ne faut pas dormir en
vn danger. Ver. Pedibus timor addidit alas.
Il ne dormoit donc pas.

[225]225

Mori necesse est, sed non quoties volueris.

Il est necessaire de mourir, mais non pas toutes
les foys que tu voudrois. Car aussi on ne
peut mourir qu’vne foys: & si l’on mouroit
toutes les foys qu’on souhaite, on mourroit
plus de mille foys.

[226]226

Malè geritur, quicqd geritur fortunæ fide.

La chose est mal conduite, souz Ia [sic pour la] fiance de for[-]
tune: toutesfoys Alexandre ne s’en est point
trouué mal: mais c’est quasi le seul exemple
de haut cœur, & haute fortune.
Iuuenalis Satyra 6

Si fortuna volet, fies de Rhetore consul:

Si volet hæc eadem, fies de consule Rhetor.


[227]227

Mortuo qui mittit munus, nil dat illi, adi-
mit sibi.

f 5

[p. 90]

Fac-simile de la page

90

LES MIMES

Qui fait don au mort, ne luy donne rien, & tol-
lit à soymesme.

[228]228

Minus est quàm seruus, dominus qui seruos
timet.

Il est moindre que seruiteur, le maistre qui
craint ses seruiteurs. Voilà vne belle senten-
ce, pour les maitres trop sotz, & qui se lais-
sent du tout gouuerner à leur seruiteurs.
Quot seruos, tot hostes, Disoit l’autre.
Claudianus,

Nec pestis sæuior vlla est.

Quàm serui rabies in libera colla furentis.


[229]229

Magis hæres fidus nascitur, quàm scribitur.

Plus est franc l’heritier né, que escrit, c’est à dire
le filz que le legataire: parquoy ne faut lais-
ser le propre & naturel heritier, pour l’estrã-
ger. Voyez cy dessus au nombre 170.
Hæredem vtilius est scire, quàm quærere.
C’est contre ceux qui fraudent leurs vrays,
naturelz, ou legitimes heritiers pour quel-
que legeres offences, ou fantasies.

[230]230

Malo in consilio, fœminæ vincunt viros.

En cas de mauuais conseil, les femmes passent

les

[p. 91]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

91

les hommes. Ie ne sçay que les femmes luy
auoyent fait, comme i’ay ia dit quelsquesfoys
cy dessus, mais il ne veut pas vendre.
comme aplement appert cy apres, au
nombre 241.

[231]231

Mala est voluptas, alieni assuescere.

S’accoutumer à vser des choses d’autruy, est vn plaisir qui n’est pas beau, ny bon, il ne faut
donc pas trop abuser de l’amy.
Pour ce disoit le Satyrique, Miserum est aliena viuere quadra.

[232]232

Magno cum periculo custoditur quod mul-
tis placet.

Il est bien difficile de garder, ce que a plusieurs
agree: Erasme allegue pour exemple, l’or[,]
l’argent, & les belles femmes: car plusieurs
gens y ont enuie, pourtant est bien difficile
de les contregarder. Aussi on dit,
Si pulchram dux eris vxorem, cum multis ha
bebis communem.

[233]213

Mala est medicinia, vbi aliquid naturæ
perit.

La medecine est mauuaise, quand elle fait per-

dre

[p. 92]

Fac-simile de la page

92

LES MIMES

dre du naturel, ou quand elle rend inutile
quelque partie du corps.

[234]234

Malæ naturæ, nunquam doctrina indigent.

Vices de nature, n’ont iamais besoing de do-
ctrine. maling esprit n’a que faire d’apren-
dre. C’est à dire que sans aprendre on est
assez enclin à mal faire: mais pour bien faire
communement il le faut aprendre.

[235]235

Miseriam nescire est, sine periculo viuere.

Viure sans danger, c’est ne sauoir que c’est de
misere: il veut dire que c’est vie tresheureuse:
& que le bas, ou moyen estat, est le plus seur.
A ce propos me souuient que Ouide estant
en exil, conseilloit ainsi à vn sien amy,

Semper prælustria vita:

Viue tibi, & longè nomina magna fuge.


[236]236

Malè viuunt qui se semper victuros pu-
tant.

Mal viuent ceux qui pensent tousiours viure.
(car s’il faut faire quelque chose de bien, ilz
le remettent tousiours à demain.)
Horatius,

Rusticus expectat dum defluat amnis, at ille

Labitur

[p. 93]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

93

Labitur, & labetur in omne volubilis ænum.

Omnem crede diem tibi diluxisse supremum.


Pense tousiours que ce iour present, te soit le
dernier. Vis autant bien & vertueusement
que si tu ne deuois viure qu’auiourd’huy.

[237]237

Maledictum interpretando, facies acrius.

Expliquant, ou excusant vn [sic pour vne] iniure, tu la ren-
dras plus aigre. C’est quasi comme l[’]on dit
communement, se cuider couurir d’vn sac
mouillé
.

[238]238

Malè secum agit æger, medicum qui hære-
dem facit.

Le malade ne fait pas bien pour soy, quand il
fait son medecin heritier. Erasme interprete
ainsi, pource (dit il) qu’il l’incite de faire quel
que qui pro quod, c’est de l’enuoyer bien
tost ad patres
(comme l[’]on dit.)

[239]239

Minus decipitur, cui negatur celeriter.

Moins est abusé, cil qu’on refuse incontinent.
Voyez cy apres au nombre 259, ou il dit,
Pars beneficij est, quod petitur, bene si neges.
Noz histoires, a ce propos, recitent vn beau
compte du Roy Louis onziéme.

240 Mutat

[p. 94]

Fac-simile de la page

94

LES MIMES

[240]240

Mutat se bonitas, cùm irrites iniuria.

Bonté se change quand elle est prouoquee par
iniure.
Voyez au nombre 44, & 129, cy dessus.

[241]241

Mulier cùm sola cogitat, malè cogitat.

Femme seule & pensiue, pense mal. Il leur en
vouloit bien, comme ie vous ay ia aduerti,
& le pourrez voir par les nombres 6, 20, 30,
94, 139, 230, mais possible, il n’auoit pas leu
beaucoup de bons Auteurs, qui au con-
traire en dient beaucoup de bien.

[242]242

Malefacere qui vult, nusquam non cau-
sam inuenit.

Qui a enuie de mal faire, en trouue tousiours
le moyen.

[243]243

Maleuolus semper sua natura vescitur.

L’homme méchant ne change point de peau:
C’est à dire il a tousiours ce mauuais naturel
enclin à mal faire: & encor qu’il ne luy en
reuiẽne rien de profit, & qu’il n’y soit incité
par autruy, il se plaist, & se nourrit en mal.

On dit

[p. 95]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

95

On dit, Le mortier sent tousiours les aulx. Naturam expellas furca, tamen vsque recurret.

[244]244

Multos timere debet, quem multi timent.

Plusieurs en doit craindre, qui est craint de
plusieurs. C’est quasi ce que dit Ausone,
apres Periander,
Multis terribilis, caueto mutos:
Ce que i’ay traduis en cette sorte,

Plusieurs mets, en peine & soucy,

Plusieurs tu dois bien craindre aussi.


[245]245

Malè imperando, summum imperium a-
mittitur.

Par vn mauuais gouuernement

Se perd l’Empire le plus grand.


Tesmoing en soit la mort d’Alexandre le
grand, qui delayant de faire iustice à vn
complaignant, auança ses iours.
Iustin.

[246]246

Mulier quæ nubit multis, multis non placet.

Femme qui se marie à plusieurs, ne plaist pas à
plusieurs. Erasme l’interprete de la liberté
que certains Payans auoyent de changer de
femmes & de maris, comme de cheuaux.

Mais

[p. 96]

Fac-simile de la page

96

LES MIMES

Mais quand bien ie l’entendrois des femmes
qui conuolent aux secondes, tierces, & quar[-]
tes nopces (afin que ie vse du terme des le-
gistes) le sens ne viendroit que bien: & au--
rois tousiours Boccace pour moy: vers le-
quel ie vous renuoye, pour voir le bien qu’il
dit des femmes qui se remarient apres le
trespas de leurs premiers maris: C’est quand
il parle de Dido. A ce propos me souuient
auoir leu d’vne femme Romaine, laquelle
estant vefue de son mari, & encores ieune &
belle, respondit à ses parens qui la pressoyent
de se remarier, Si ie rencontre vn bon mari
vertueux, & qui m’ayme bien, comme fai-
soit le premier, ie ferois tousiours en doute
de le perdre aussi, comme le premier: or ie
ne veux viure en telle peine & doute: &
puis quel besoing est il aussi, que i’en experi-
mente vn qui soit mauuais, apres en auoir
eu vn bon?
Voyez cy dessus au nombre 172, Ou il dit,
Habent locum maledicti crebræ nuptiæ.

[247]247

Malum consilium est, quod mutari non po-
test.

C’est vn mauuais conseil, quand ne se peut

changer

[p. 97]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

97

changer. Car aussi on dit qu’il faut auoir
deux cordes en son arc.

N.

[248]248

Nihil agere, semper infelici est optimum.

A celuy qui est malheureux à manier affaires,
il est tousiours tresbons de repouser, & ne
rien faire. A la verité il y en a, qui comme
par destinee, sont plus heureux au succes des
affaires: si qu’il semble que tout leur vienne,
virgula quadam diuina.

[249]249

Nil peccent oculi, si animus oculis imperet.

Les yeux ne feront mal (ou ne pecheront) si l’e-
sprit est maistre des yeux. Il veut dire que le
peché de l’œil, vient premieremẽt du cœur:
& pourtant n’en faut blasmer, ny accuser
l’œil. C’est ce que dit nôtre Seigneur, De cor-
de exeunt cogitationes malæ.

[250]250

Nil proprium ducas, quod mutari poßit.

N’estime rien proprement tien, quand il se peut
muer. (comme richesse, ieunesse, beauté.)
Voyez à ce propos vn beau petit liure,
nommé le Manuel d’Epictete.

g

[p. 98]

Fac-simile de la page

LES MIMES

98

[251]251

Non citò ruina perit vir, qui ruinam ti-
met.
-- Non citò perit ruina, qui ruinam præ-
timet.

Qui de loing craint vne ruine,

A peine que tost il ruine.


C’est ce qu’on dit,
Iacula præuisa minus lædunt: Les traitz,
C’est à dire les dangers, preueuz ne nous
nuisent pas si facilement:
car on s’en peut
mieux donner garde.

[252]252

Nescis quid optes, aut quid fugias: ita ludis
dies.

Tu ne sauras, par foys, que tu dois souhaiter, ou
euiter: tant de iour à autre choses chan-
gent. Il veut dire que ce que nous pensons
bien faire, par foys aura mauuaise issue: &
au contraire, ce que penserons quasi mal
faire, ou mal proceder, aura bonne issue.
Omnium rerum vicißitudo est:
Comme dit Terence.

[253]253

Nunquã periculum sine periculo vincitur.

Iamais

[p. 99]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

99

Iamais danger n’est surmonté sans danger.
C’est qu’il faut estre hardi pour échaper
d’vn peril: car le craintif ne s’en desuelope-
roit iamais. Pourtant on dit communement
Audentes fortuna iuuat, timidôsque repellit.

La fortune aide aux gens hardis,

Chassant les couars, & tardifz.


Vous pouez voir cy dessus pareille senten-
ce, au nombre 201.

[254]254

Nulla tam bona est fortuna, de qua nil poßis
queri.

Il n’y a si bonne fortune, qui n’ait son infortu-
ne. C’est quasi ce qu’on dit, Vbi vber, illic tu-
ber: vbi thus, illic pus: vbi fel, illic mel: vbi ho-
nor, illic labor.

[255]255

Nusquam melius morimur homines, quàm
vbi libenter viximus.

Pourtant Ariadne se plaint, disant:
Spiritus infelix peregrinas ibit in auras.
Nulle part ne mourons mieux, que là ou nous
auons prins plaisir à viure. Cela est vray
(mesme tesmoing Vergile qui ordonna que
ses os fussent apres son trespas, transportez à
Naples, ou il auoit par long temps, & fort

g 2

[p. 100]

Fac-simile de la page

100

LES MIMES

ioyeusement & delicieusement vécu) & tou[-]
tesfoys le contraire semble plustost verité:
comme quoi que soit trop grand regret de voir
ou sentir finir sa douce vie, ou l[’]on a prins
son grand plaisir.

[256]256

Negandi causa, auaro nusquam deficit.

Iamais l’auaricieux n’a faute d’excuse (quand
on luy demãde à emprunter, cela s’entend.)

[257]257

Nimiùm altercando, veritas amittitur.

La verité perd par trop crier & debattre.

O.

[258]258

O vita misero longa, felici breuis!

O que la vie est longue au souffreteux, & brié-
ue à l’hõme heureux! car le temps ennuye à
celuy qui est en peine, & pourtant il le trou[-]
ue long: & c’est le contraire à celuy qui est
entre les plaisirs, auquel vn iour ne dure pas
vne heure: mais à l’autre, vne heure dure vn
iour. L[’]on dit vn commun prouerbe, Il en-
nuye à qui attend:
& combien plus à celuy qui est en peine & misere?

P.

[259]259

Pars beneficij est, quod petitur, bene si neges.

C’est

[p. 101]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

101

C’est aucunement fait plaisir, si tu refuses de
bonne grace. Voyez cy dessus, assez à ce pro[-]
pos, au nombre 239, ou il dit,
Minus decipitur, cui negatur celeriter.
Aussi l[’]on achete trop cher, ce que l[’]on achet-
te par longues prieres, comme disoit vn des
Sages. A ce propos y eut vn postulant qui
remercia bien fort le Roy, qui luy auoit tout
incontinent refusé vn benefice, & print su-
bit congé de luy. Le Roy adonc de si grand
remerciemẽt emerueillé, le rappelle, & ayant
entendu sa raison, qu’il le remercioit, pour
ne l’auoir tenu long temps suspens, & ne le
constituer en grans frais, à la poursuite de la
court soubz esperance incertaine, il luy oc-
troya. Voila que luy profita cette viue &
subtile responce.

Q.

[260]260

Quotidie damnatur, qui semper timet.

Tous les iours est condamné, qui tousiours
craint. (cõdamné, il s’entend par le remord
de sa propre conscience, qui ne le laisse en
repos, pour ses crimes, & malefices) Voyez
l’oraison de Cicero pour la defence de celuy
qui estoit accusé d’auoir occis son pere: tou-
chant le remord & le tourment de conscien[-]

g 3

[p. 102]

Fac-simile de la page

102

LES MIMES

ce qu’a le malfaiteur.

[261]261

Quotidie est deterior posterior dies.

Tousiours le iour suyuant est pire: (C’est à dire
tant s’en faut que nous alions en amandant,
que mesmement tous les iours nous allons
en empirant. A ce propos ie puis tresbien
alleguer Horace, Ode 6.li.4.

Damnosa quid non imminuit dies?

Aetas parentum peior auis, tulit.

Nos nequiores, mox daturos

Progeniem vitiosiorem.


R.

[262]262

Ridiculum est, odio nocentis, perdere inno-
centiam.

C’est sotement fait, que pour la haine des mé-
chans, exterminer les bons: ou bien de per-
dre & abandonner nôtre bonté, & inno-
cence. Erasme allegue vn exemple, com-
me si quelcun empoisonnoit le paillard de
sa femme.

S.

[263]263

Stultum est timere quod vitari non potest.

C’est chose sotte de craindre ce qu’on ne peut

euiter

[p. 103]

Fac-simile de la page

DE PVBLIAN.

103

euiter. Se denegare patriæ, exilium est pati.
Voyez cy dessus en la lettre E.

T.

[264]264

Tam deest auaro quod habet, quàm quod
non habet.

Autant deffaut à l’auaricieux ce qu’il a, que ce
qu’il n’a pas. Il y a icy dessus plusieurs au-
tres belles sentences contre les auaricieux,
mesmement en la lettre A.

[265]265

Timidus vocat se cautum, partum sordi-
dus.

Le craintif s’appelle prudent, & bien aduisé:
le chiche & tacquin, s’appelle homme d’es-
pargne. C’est à dire que chacun dissimule
son vice, & couure la faute de quelque plus
beau nom. C’est ce que dit Ouide, en son
remede d’amour:

Et mala sunt vicina bonis: errore sub illo

Pro vitio virtus crimina sæpe tulit.


Aucuns vices ont telle prochaineté, & couleur
de vertu, que soubz tel abus, souuent l’vn
est prins pour l’autre.

g 4

[p. 104]

Fac-simile de la page

104

LES MIMES

V.

[266]266

Veterem ferendo iniuriam, inuitas nouam.

Supportant vne vieille iniure, ou offense, tu
semõds d’en faire vne toute nouuelle: pour-
tant l[’]on dit, Il ne faut rien laisser passer. C’est
à dire rien pardonner: mais il y a lieu, temps & gens.

Fin des Mimes de
Publian.
*

[p. 105]

Fac-simile de la page

105

DOVZE
PARABOLES
, OV SIMITV-
DES EN LATIN
ET EN FRAN-
COIS.
*

[1]La premiere.

Vt longiore via potium vtendum est, si mo-
dò fit tutior, quàm breuiore, & pericu-
losa: sic ad opes, & gloriam enitendum
vt serius contingant tutò potius, quàm
statim cum periculo.

Tout ainsi que l[’]on doit plustost prendre vn
long chemin qui soit bien seur, qu’vn court
qui seroit mal seur: ne plus ne moins l[’]on se
doit plustost s’efforcer d’acquerir richesses
auec le temps, & sans danger, que tost & su[-]
bitement, auec danger ou deshonneur.

[2]2

Vt hedere adhærens arborum ramis, ope
aliena in altum erigitur: sic obscuri, con-
suetudine potentiũ crescunt, deinde præ-
focant eos à quibus sunt euecti in altum.

g 5

[p. 106]

Fac-simile de la page

106

PARABOLES.

Comme le lierre rampant aux rameaux des
arbres, se hause par leur moyen: ainsi les gẽs
de bas état se font eleuer par hanter les gros,
mais puis apres quelquesfois iceux mesmes
par lesquelz ont esté eleuez & hautsez, ils
suffoquẽt: c’est quasi ce que l[’]on dit commu-
nement, Rachetez vn homme du gibet, il
vous fera pendre, s’il peut.

[3]3

Quædam corpora lumẽ Solis exceptum, suo
fulgore vicißim augent, atque illustrant:
ita quidam aliorum fauore commenda-
ti, vicißim suis dotibus eos commendant.

Quelques pierres ou verres receuans la clarté
du Soleil, icelles rendent par leur naturelle
splendeur augmentee: ainsi aucuns auan-
cez & honorez par la faueur des grãs, iceux
mesmes honorent & illustrent par leur
propres vertus. C’est le contraire du pre-
cedent.

[4]4

Non quæuis arbor patitur vitem complectentem,
sed quædam prœfocant eam, & extin-
gunt: ita ambitiosi quidam, inuuenes ob
inuidiam premunt, nequando emergant.

Tout

[p. 107]

Fac-simile de la page

PARABOLES.

107

Tout arbre ne souffre pas que la vigne l’em-
rasse, & qu’elle croisse, ains aucuns arbres
sont qui la suffoquent: ainsi les grans & am-
bicieux souuent oppriment, par enuie, les
ieunes gens vertueux, à ce qu’ils ne se puis-
sent eleuer, ny paruenir: chose, certes, tres-
méchante.

[5]5

Musicus chordas dissonantes non statim
abiicit, atque incîdit, sed sensim inten-
dens aut remittens, ad concentum addu-
citita princeps leuiter debet emendare
peccantes, non protinus tollere.

Le iour d’instrumens de musique, n’arrache
& ne rompt pas incontinent les cordes di-
scordantes, mais peu à peu les tendant ou re[-]
lachant, les fait bien accorder: ainsi le Prin-
ce doit doucement corriger ceux qui fail-
lent, & non pas soudain les punir de mort.

[6]6

Iaculum si in solidũ aliquid inciderit, non-
nunquam in mittentem retorquetur: ita
conuitium in fortem & constantem vi-
rum tortum, recidit in conuitiũ facientẽ.

Vn

[p. 108]

Fac-simile de la page

108

PARABOLES.

Vn trait estant ietté contre vne chose solide &
forte, retourne quelquesfois contre celuy
mesme qui l’a ietté: ainsi vne injure dite
al’encontre d’vn homme constant, & de
grand cœur, retourne sur celuy qui l’a dite.

[7]7

Alexander Bucephalum iam senem ab a-
lijs equis gestandum curare solebat, do-
nec ad hostem ventum esset, vt integer ad
pugnam veniret: ita senũ magistratuum
vtendum opera, vt eis adimatur quantũ
potest laboris: & ad neceßitatem, vsus
illorum reseruetur.

Alexandre le grand faisoit porter son cheual
Bucephal ia vieil, par les autres cheuaux,
iusques atant qu’il fust pres des ennemis, à
ce qu’il entrast tout frais en la bataille: ainsi
se faut-il seruir des gens de conseil ia vieux,
en les releuant de labeur & peine tant que
l[’]on peut, & les reseruant au besoing, pour
vser de leur conseil, & prudence.

[8]8

Non est infirmior manus, quòd in digitos sit
dissecta, sed ad operãdum agilior: ita ne-

gotia

[p. 109]

Fac-simile de la page

PARABOLES.

109

gotia multis communicata in Republica,
plenius conficiuntur.

La main n’est pas moins puissante pour estre
partie ou diuisee en cinq doigts, mais plus
agile & suffisante à la besoigne: ainsi les af-
faires de la chose publique distribuez & cõ-
mis à plusieurs, s’accompissent mieux.

[9]9.
Dissimilitude.

Ex aluearium strepitu, ac tumultu colligũt
apes rectè valere: contrà ex quiete, Rem-
publicam.

Par le bruit qui se fait dans les ruches à miel,
l[’]on congnoit que les abeilles se portẽt bien:
mais par la tranquillité, la Republique.

[10]10

Ex festuca incensa, aut lucerna neglecta do[-]
mi, nonnunquam conflagrat vrbs tota:
sic ex priuatis odiis ac dißidijs publica
pernicies oritur.

D’vne paille, ou d’vne lampe ardente que l[’]on
laisse en la maison, par mégarde, est aucu-
nesfois toute vne maison brulee: ainsi par les
dissencions & haines particulieres, s’ensuit

la per

[p. 110]

Fac-simile de la page

10 [sic pour 110]

PARABOLES.

la perdition de la Republique.

[11]11

Vt est initium sanitaris sensus morbi: ita cor
rectionis initium, agnoscere culpam.

Comme le commencement de santé, c’est de
congnoitre, ou sentir son mal: ainsi le com-
mencement de correction, c’est de recon-
gnoitre sa faute. Le Psalmiste dit, Declina à
malo, & fac bonium.

[12]12

Vt cerni frustrà sunt ingentia cornua cùm
desit animus: ita non fatis est corpore vel
opibus pollere, misi fortitudo accesserit.

Comme aux cerfs peu profite auoir de grandes
cornes auec faute de courage: ainsi n’est pas
assez d’estre grand de corps ou de biens, s’il
n’y a grand cœur & vertu auec cela.

ENIG

[p. 111]

Fac-simile de la page

111

ENIGMES

[1]Premier

I’ay mes cinq doigts trotans par la maison

Que i’aime autant que les cinq de ma mains:

Ie diray plus, & en ay bien raison,

Ils m’en feront d’autres quelque demain.


[2]2

I’ay corps subtil, luisant & gresle:

Pluye ne crains, & peu la grelle:

Le Soleil me perse souuent,

Mais onc ne me pressa le vent.


[3]3

Ma mere me produit sans pere:

Sans pere ie produis ma mere.


[4]4

Ie iaze-iaze incessamment,

Et en iazant, le bien i’annonce,

Dont ie n’ay profit nullement,

Non pas d’vne once ou demie once:

5

Ainsi plustót y ay-ie dommage,

Me confondant en mon langage.


[5]5

Ie vole en l’air oiseau sans mere:

Le bois pourri est mon seul pere.


[6]6

I’aime trop la beauté de nuit:

A autruy sert, elle me nuit.