Charles
Fontaine

[f. A r°]

Fac-simile de la page

Les nouuelles, &
Antiques merueilles.


PLVS,


Vn traicté des douze Cesars, Premiers
Empereurs de Romme, nouuellement
traduit d'Italien en François

En fin y a une Ode pour Dieu gard à
la ville de Paris, faite en Iuin 1554.

AVEC PRIVILEGE,

A PARIS,
Chez Guillaume le Noir, rue sainct Iac-
ques à la Rose blanche couronnée.

1554.

[f. A v°]

Fac-simile de la page













[f. A ij r°]

Fac-simile de la page A MONSIEVR D'IVOR, SE-
crétaire du Roy, Charles
Fontaine, S.

Ces deux sommaires, ou double re-
cueil i'ay nommé les nouuelles &
antiques merueilles, & non sans
cause: car le premier recueil contiẽt som-
mairement & par recapitulaition, la de-
scription & discours des terres nouuelle-
ment trouuées, qu'on appelle terre neuf-
ues: ie dy nonuellement trouuées seulemẽt de no-
stre temps, & pour la plus grand partie
depuis soysante & dix ans. Et pource ie
les appelle les nouuelles merueilles: & ce
pour deux raisons. La premiere par ce
que Ptolomée qui a descript le plus am-
plement de toutes les regions & climatz
de la terre, laquelle il a diuisee en Europe,
Asie, & Afrique, iamais n'a fait mention
aucune de ces isles, & gẽs des terres neu

A ij

[f. A ij v°]

Fac-simile de la page
ues, ny Strabo, ny tous les autres Cosmo-
graphes, ou Geographes anciẽs. Dont ap-
pert clerement qu'elles n'estoient encor
trouuées, sceues, ny congneues au monde.
Et pource les Geographes modernes en
ont fait vne quarte partie de la terre,
qu'ilz ont nommé isle, attẽdu qu'ell est
toute enuironnée de la mer: & les autres
trois parties ont esté nõmées terre ferme.

La seconde raison est, pourtant que la
conuersation & maniere de faire de ces
gẽs
habitãs lesdictes isles & terres neuf-
ues, sont fort merueilleuses & estranges.

Or par ce premier discours & som-
maire, vous verrez comment ces isles fu-
rent premier trouuées par vn de nostre na[-]
tion, nommé Betẽcourt: & depuis assail-
lies & hantées par vn Geneuoys, nommé

Christofle Coulom, qui obtint nauires &
gens du Roy d'Espaigne Fernand: toutes-
foys i'ay trouué aux liures Latins trai-
ctans de Geographie que ces isles furent
premier trouuées par Americ Vespuce: &

[f. A iij r°]

Fac-simile de la page
pourtãt les modernes Geographes appel-
lent ceste partie de la terre Amerique ou
Amerige. Mais nonobstant ie croy, & tiẽs
que Betencourt y fut le premier, non pour
fauoriser à ma nation (car Betencourt e-
stoit Françoys) ains par ce que la date que
ie trouue aux liures Latins, quand Ame-
ric trouua lesdictes terres, est depuis, &
long temps apres la date que ie trouue
que Betencourt y fut. Ceste partie de
terre pour sa grandeur & spaciosité, les
Geographes modernes nomment nouueau
monde: & disent que les habitans vont
tous nudz, mangent les ges estrangers, &
l'yn l'autre quelquefoys: sont fort seurs à
tirer de l'arc: n'obeissent à personne, &
sont sans Roys & seigneurs, pour la plus
grande partie: sont bons & expertz na-
geurs, tãt hommes que femmes; n'ont fer,
ny metaux, mais armẽt & affutent leurs
sagettes, fleches, & dardz de dents de
bestes, & poissons: sont fort legers, & cou[-]
rent bien. Leurs richesses sont les plu-

A iij

[f. A iij v°]

Fac-simile de la page
mes d'oyseaux de diuerses couleurs, &
grande abondance de pierreries, lesquelles
pour braueté ilz pendent & atta-
chent à leurs leures, & oreilles. Ilz ont
perles, & or: sont liberaux à donner,
curieux aussi & conuoiteux de pren-
dre, & receuoir. Ilz se tirent le sang par
les reins, & par les iambes. Les aucuns
enseuelissent leurs mortz auec eau & vi[-]
ures. Les autres mettẽt les plus malades,
& pres de la mort, auec viures sur des
cordages de coton, attachez, & penduz
lesditz cordages en facon de retz, à deux
arbres, en vne grand forest: & passent là
tout le iour à danser & sauter autour de
celuy qui se meurt. Ilz adorent le ciel, le
Soleil, & la Lune, & les estoilles. Leurs
domiciles & maisons sont faictes en facõ
de cloches couuertes par dessus, de fueille
d'arbre qu'on appelle palme. Ilz n'ont
poĩt de grains ou fruitz pour semer, mais
font de la farine de racines d'arbres, &
en cuisent, & mangẽt comme pain. Ceux

[f. A iiij r°]

Fac-simile de la page qui sont prochains de l'isle dicte l'Esppai[-]
gnole, viuent de grans serpens qu'ilz mã-
gent au lieu de pain, & aussi de racines.
L[']on trouue en ces pays là, vne beste ayãt
naturellement vne vessie dessoubz son e-
stomac, dedans laquelle elle porte ses pe-
tis, & ne les met hors sinon pour alai-
cter.
Voila quant au premier sommaire & re-
cueil: maintenant quand au secõd ie l'ay
nommé generalement les antiques mer-
ueilles, & en particulier les fleurs du li-
ure de Asse, c'est vn brief sommaire trai-
tant de monnoyes, pois, & mesures, de
la puissance & des triomphes, richesses,
& magnificences esmerueillables, infi-
nies & incomparables, des anciens, mes-
mement des Romains. Là verrez cer-
taines belles antiques singularitez recueil[-]
ies de diuers auteurs & historiographes:
lesquelles choses m'ont semblé bien nota
bles, & dignes d'estre bien congneues &
communiquées: & qui d'autant plus fa-

A iiii

[f. A iiij v°]

Fac-simile de la page
cilemẽt pourront plaire aux lecteurs, &
par eux estre leues & retenues, comme
plus brieuement ie les ay mises en auant,
à l'honneur, & renõ de nostre nation: car
l'autheur premier estoit feu monsieur Bu-
dé, iadis maistre des requestes chez le Roy,
homme par tout renommé pour son grãd
scauoir, & estoit Françoys de nation, com[-]
me aussi celuy qui trouua premier les ter-
res neufues, estoit Françoys ainsi que i'ay
touché cy dessus. Et par ainsi le tout (c'est
à dire les deux petis traictez) redonde à
l'honneur de la France, que Dieu veuille
garder & augmenter, en tout accroisse-
ment, de biens, d'hõneurs & de toute pro-
sperité, mesmement vostre honorable fa-
mille.


Hante le Françoys.

[f. A v r°]

Fac-simile de la page

SOMMAIRE DV LI- ure des nouuelles Isles.

CHristofle Coulon Ge-
neuois l'an mil quatre
cens nonante deux ob-
tint nauires du Roy d'Espai-
gne Fernand: & accompaigné

enuiron de 220 hommes bien
equippez, partit des Gades de
Hercules pour aller droit aux
isle fortunées, autrement les
isles des Canaries, en nombre
sept, premier trouuées l[']an mil
quatre cens cinq par vn Fran-
çoys nommé Betencourt, qui
en occupa deux, Lancelote, &
Fortauẽture, qu'il feit diligem-
ment cultiuer. Apres sa mort

[f. A v v°]

Fac-simile de la page

LES NOVVELLES


son heritier les vendit aux Es-
paignolz. Depuis vn nommé

Fernand & sa bande en assail-
lirent deux autres, la Ferrée &
la Gouere: consequemment les
trois autres, la grãde Canarie,
la Palme, & Tendrife ont esté

acquises de nostre temps: les ha-
bitans sont gẽs sauuages (nudz)

bataillans auec pierres, & ba-
stons bruslez par le bout, dont
ilz se deffendent fort bien: & re[-]
poulserent vne fois le seigneur
Alphonse Lugo, auec toute son
armée: & tuerent enuiron qua-
tre cens de ses gẽs: mais en fin
il les vainquit.

De ces isles Coulõ nauigua
trente trois iours vers occidẽt,

[f. A vj r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.


tirant vn petit à gauche, sans
voir que ciel & eau; si que les cõ[-]
paignons en murmurerẽt contre luy: mais les appaisa, pour-
suiuant tousiours tant que se
descouurirent six isles, dont les
deux sont de grãdeur merueil-
leuse. Il les appella la premiere,
l'Espaignole &
la seconde, Ioà-
na, de laquelle il doubte si c'est
isle ou terre ferme. De la riue
d'aucune d'icelles ouyrent au moys de Nouembre
chãter le rossignol entre forestz espesses.
Puis nauigant à la la riue de Se-
ptentrion, desiroit trouuer le
midi: mais la grant mer don-
nant cõtre vne roche les meit
en peine & danger, & illec pre-

[f. A vj v°]

Fac-simile de la page

LES NOVVELLES


mieremẽt descendirẽt à terre.

Les habitãs les voyans, s'as-
semblerent, & s'enfuyrẽt lege-
remẽt es forestz. Coulon print
vne femme seulemẽt, qu'il feit
refectionner & vestir. Elle s'en
retourna vers les autres, decla-
rãt l'humanité des nostres, les-
quelz autres, incontinẽt accou[-]
rurẽt flote aux nauires, nous
estimans estre gẽs enuoyez du

ciel, & nageans apportoiẽt for-
ce or aux nauire, lequel or ilz
changerent auec vne piece de
pot de terre ou de verre: & pour
vne aiguilette, sonnette, ou mi-
roir, bailloiẽt tant pesant d'or
que l[']on demandoit. En fin fu-
rent les nostres hõnorablemẽt

[f. A vij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.


receuz de leur Roy, & auec
leurs canoes de boys caué,
en maniere d'auges estroittes,
mais bien longues à quatre
vingtz rames, apporterẽt tout
ce qui estoit demouré de nostre
nauire rompue à la roche, en
grand compassion & amitié.
Ilz n'ont vsance de fer: leurs
maisons sont de pierres des
fleuues, fort dures & agues.

Non loing de là sont les isles
des Canibales, ou Caribs, hom[-]
mes brutaulx, cruelz, & terri-
bles, viuans de chair humaine:
qui estoit cause pourquoy e-
stoiẽt les autres craintifz, quãd
les nostres descẽdirent: Car ilz
les molestent fort, & poursui-

[f. A vij v°]

Fac-simile de la page

LES NOVVELLES


uent par embusches, comme si
c'estoient bestes sauuages, pour
les manger.

Ils chastrẽt les enfãs qu'ilz
preignent, comme nous les
chappons, & cochons pour en-
gresser. Ilz tuent les grans, les
mettent par pieces, gardent les
mẽbres en sallure, & mengent
les entrailles fresches. Ilz ne
mengent pas les femmes, mais
reseruent & gardent les ieunes
à faire des petis, & ont les vieil[-]
pour serues, & chãbrieres.
Confessent tous que dix Cani-
bales surmontent facilement
cẽt des autres. Les nostres lais-
serent quasi au milieu de leur
chemin les isles de ces imfa-

[f. A viij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.


mes Canibales vers le Midy.

Coulon content d'auoir veu
ces choses, s'en retourna au
prim temps: laissa trente six hõ[-]
mes auec le Roy susdit, appellé

Gagarinel, qui esmeu de cõpas[-]
sion pour le retour des nostres,
pleura, leur ꝓmetãt tout ayde.

Coulon emmena dix hom[-]
de ce pays auec luy, pour
fçauoir les noms de plusieurs
choses en leur langue, & pro-
noncetent parfaictemẽt le La-
tin. il fut bien receu du Roy

& Reyne d'Espaigne, lesquelz
commanderent qu'il fust ap-
pellé admiral sur la mer, & que
Bartolemy Coulon son frere,
fust son lieutenant en l'isle Es-

[f. A viij v°]

Fac-simile de la page

LES NOVVELLES


paignole. Lesdits Roy & Rey-
ne ayant grand esperãce d'at-
tirer ces peuples à la foy, fei-
rent disposer sept nauires pour
la seconde nauigatiõ, & assem-
bler mil deux cens hommes de
pied, bien armez: qui partirent
enuiron le ving quatriesme
Septembre, l'an mil quatre cẽs
quatre vingtz & treize, & en-
uiron le premier d'Octobre ar-
riuerent aux isle fortunées: si
aborderent à la dernier trou-
uée, dicte la Ferrée. De là le
tiers iour mirent voiles au vẽt
en la grãt mer Oceane, & na-
uigrent vingt & vn iour sans
trouuer isle, tendans à la sene-
stre suiuãs l'Aquilon plus qu'au

pre-

[f. B r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.


premier voyage, pource tom-
berent es isles des Canibales,
dont ilz auoient ouy parler, la-
quelle ilz appellerent Domini-
que, pource que la trouuerent
le dimenche: elle estoit toute
plantée d'arbres. Là ne s'arre-
sterẽt, pource qu'ilz l'entendi-
rent estre inhabitée: estimans
auoir bien faict huict cẽs vingt
lieues es dessusditz vingt & vn

iour. Puis vindrent en Gualã-
ta, isle nõ habitée d'hommes,
mais de bestes, & de grãs lezardz:
& de là vindrent en Guadelu-
pe, autrement, Carucueria, isle
des Canibales, qui de sa nature
produit le cotton: & là sont pa-
pegaux comme à nous les oy-

B

[f. B v°]

Fac-simile de la page

LES NOVVELLES


seaux, c'est à dire en aussi grã-
de abondance.

De l'isle de Guadelupe par-
tirent enuiron le huictiesme
Nouẽbre, pour visiter leur cõ-
paignõs laissez en l'Espaigno-
le. En passant veirẽt Madain-
no, & Vecte, autrement, Mõt-
ferrat, & saincte Marthe Rotõ-
de, puis saint Martin Ayay,
autremẽt l'isle de saincte Croix
ou ilz iecterẽt leur ancre pour
prendre eau, & ou ilz demou
rerent deux iours. Puis na-
uigerent de plus en plus enui-
on cent cinquante lieues, tant
qu'ilz entrerent en vne grand
mer pleine d'innumerables is-
les, qu'ilz appellerẽt Archipe-

[f. B ij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES


lagus: & laisserent à y entrer
pour vne autre fois. Puis vin-
drent en l'isle de sainct Iean.
D'ilec partant, feirent enuiron
cinquante lieues, suiuans la co-
ste meridionale de ceste isle: &
arriuerent en l'isle Espaignole:
ou trouuerent tous leus com-
paignons qu'ilz auoiẽt laissez,
occis: le chasteau qu'ilz auoient
faict de boys, & les maisons
trouuerent en cendre. Mel-
chior fut au port Royal: luy re-
tourné, l'Admiral enuoya visi-
ter Cipangi, regiõ portant or,
ou il alla puis apres, & y ediffia
la tour sainct Thomas, dont il
partit au cõmencemẽt d'Ap-
uril, retournant à sa cité com-

B ij

[f. B ij v°]

Fac-simile de la page

LES NOVVELLES


mẽcée, qu'il nomme Isabella.
L'admiral voulant descouurir
plus oultre, vint au port sainct
Michel, puis en l'isle Iamaica,
au costé de Cuba, au Midy: il ti-
ra oultre deuers occident soi-
xãte & deux iours, & nauigua
selon les riuages tant qu'il feit
biẽ deux cẽs vingt deux lieues.
Il suiuit l'Occident du cõmen-
cement de Cuba, nommé, Al-
pha & O: trouua les habitans
benings: puis vint en la region
qu'il appella Euangeliste, esti-
mée terre ferme.

L'admiral retournãt de là,
arriua en l'isle Iamaique, & du
costé du Midy, & de l'Occidẽt
la costoyoit toute, iusques à

[f. B iij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.


l'Orient: dont retournant veit
au Septẽtrion par haultes mõ-
taignes à senestre la coste me-
ridionale de l'Espaignole, la-
quelle il n'auoit point encore
nauigée. Parquoy au comme
cement de Septẽbre entra au
port d'icelle: puis fut malade,
& demy mort portè en la cité

Isabella. luy retourné en santé,
feit esleuer vne tour es fins des
terres de Guarionexius, entre
son royaume & Cipangi, qu'il
appella la tour de la cõceptiõ.
Puis s'en retourna l'an mil qua[-]
tre cens quatre vingts & quin-
ze, vers le Roy & Reyne aux
Espaignes, laissant son frere
pour gouuerneur de l'isle: le-

B iiij

[f. B iij v°]

Fac-simile de la page

LES NOVVELLES


quel feit eleuer vne forteresse
aux minieres d'or: & l'appella
la tour d'or: mais n'y fut que
trois moys: car la famine le cõ[-]
traignit venir à la fortresse de
la conception. Depuis feit vn
Fort, sur vn hault coutau, à vn
port seur, lepuel [sic pour lequel] il appella la
fortresse de sainct Dominique.
De la allant aux parties Occi-
dentales, à trente lieues, trou-
ua le fleuue Naiba: puis vint en
Xaraqua, isle à trente lieues:
d'ou il retourna à Isabella, &
au Fort de la conception.

Coulon l'an mil quatre cens
quatre vingtz & dixhuict en

Iuing partit auecq huict naui-
res, tẽdãt à la senestre des isles

[f. B iiij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.


fortunées à l'isle Madere. De
la se partit auec vne naue (en-
uoyãt les autres à l'Espaigno-
le & deux carauelles vers la re[-]
gion australe, tẽdant paruenir
à la ligne equinoctiale, suiuant
l'Occident: en ce decours sont
les Hesperides, treize isle des
Portugalois. Puis nauigeant à
l'Austre, descendit à l'Afrique,
vent moyen entre le fauõ Oc-
cidental, autrement west: & al-
la celle route quatre cens qu-
tre vingtz mille. Là peu s'en
falut que les nauires & hõmes
ne fussent brulez des grands
chaleurs, par l'espace de huit
iours. Si feit tãt qu'il vint trou-
uer bouches, comme d'vn tres-

B iiij

[f. B iiij v°]

Fac-simile de la page

LES NOVVELLES


grant port ayãt huict mille de
large, lequel il appella, Gueule
de dragon, & l'isle opposite ap-
pela Marguerite: de ces bou-
ches sortoient eaues douces, il
entra en ce port, naigua tren-
te six lieues tousiours par eaues
douces, qui de tant plus dou-
ces estoient, comme plus il ap-
prochoit de l'Occident. Apres
se trouua en l'isle Paria, ou y a
grant temperance d'air, ame-
nité de terre, & amplitude de
peuples. Les prouinces de Pa-
ria, sont Cumana, Manacapa-
na, & Curiana distant soixan-
tes lieues. L'admiral faisoit ce-
ste longue traicte, cuydant que
ce fust isle, & par l'Occidẽt pen[-]

[f. B v r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.


sant trouuer issue au Septẽtriõ
pour aller à l'Espaignole: mais
pource qu'en fin n'auoit espe-
rãce de trouuer passage, retour-
na par la voye dõt il estoit ve-
nu, reprenãt chemim [sic pour chemin] par l'O-
rient au Septentrion, tant qu'il
paruĩt à l'Espagnole. Ceux qui
ont apres pour cause du profit,
inuestigué ce port de Paria, di-
sent que c'est terre ferme & te-
nãt aux Indes, & qu'elle est plus
Australe que l'Espagnole deux
cẽs vingt lieues. Il arriua en l'Es[-]
paignole en Octobre mil qua-
tre cẽs quatre vingtz dix huict.

Les Gouuerneurs des naui-
res qui auoiẽt diligemmẽt no-
té les passages, & les vens, de-

[f. B v v°]

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LES NOVVELLES


manderent congé au Roy &
Reyne susditz de chercher plus
outre à leurs despens, en don-
nant au Roy le quint de leur
gain ce qu'ilz obtindrent. A-
donc nauiguerẽt au Midy, pas-
serent par Cumana, & Mana-
capana, vindrent en Curiana,
ou ficherent leurs ancres. Là
feirent permutation & eschã-
ge de sonnettes & espingles, à
colliers, chappeletz & brasse-
letz de perles. Là aussi eurent
des faisans & des oyes pour
deux espingles & des paons,
pour quatre aiguilles. De là
furẽt à Cauchieta à l'Occidẽt,
distante six iuournées, au moys
de Nouẽbre, l'an mil cinq cẽs,

[f. B vj r°]

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MERVEILLES.


le temps y estoit fort attrem-
pé, & n'y faisoit froit: le cha-
riot de Pole Arctique s'abscon[-]
soit, tãt ilz estoient pres de l'E-
quinoctial. Ce sont gens be-
nins mais ialoux de leurs fem-
mes: de ce lieu emporterẽt des
singes tresbeaux & des pape-
gaux auec force or. Voulans
proceder plus outre, trouuerẽt
resistãce de deux mil hommes
pour vne foys, & en retournãt
tomberẽt entre dix Canoes de
Canibales: parquoy au com-
mencement de Feurier parti-
rent de Curiana, & furent soi-
xante neuf iours en chemin,
iaçoit qu'il soit plus brief que
l'Espaignole: ilz estoient char-

[f. B vj v°]

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LES NOVVELLES


gez de perles cõmes de pailles.

Les deux Pisõs oncle & nep-
eu, qui auoient autrefois na-
uigué auec Coulon, desirans
nouuelles traictes, preparerent
quatre Carauelles à leurs des-
pens: ayans congé du Roy &
Reyne, partient en Decem-
bre, l'an mil quatre cens nonã-
te & neuf. Premierement ten-
dirent aux isles fortunées, &
par les Hesperides, qui se dient
Capvert, vont droit au Midy
de l'isle des Hesperides que les
Portugalois appelẽt de sainct
Iacques. Lors cõme ilz cui-
doient auoir nauigué trois cẽs
lieues, perdirent la veue du Po-
le Arctique: veirent la terre

[f. B vij r°]

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MERVEILLES.


soubz l'Equinoctial habitée,
soit isle ou terre ferme: veirent
au Ciel autre façõ d'estoilles e-
spesses, pres les vnes des autres:
vindrent en Mariatambal, Ca[-]
momorus, Paricora. De ce lieu
tendans vers Septentrion, re-
congneurent le Pole, & tout ce
riuage est de Paria, qu'ilz dient
estre continu auec la Bouche
du Dragon, dont auõs fait mẽ-
tion cy dessus.

De cette poincte ou perdi-
rend le Pole Arctique, feirent
enuiron trois cens lieues, con-
tinuans leur traicte à l'Occidẽt
vers Paria. Au milieu du che-
min trouuerent le fleuue Ma-
ragnona (lequel est cõme vne

[f. B vij v°]

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LES NOVVELLES


mer d'eaues douces) plein d'is-
les, & de poissons, ayant ledict
fleuue plus de trente lieues de
large. En plusieurs isles de Pa-
ria trouuerent forestz de boys
rouge, verzin, & bresil: celuy de
l'Espaignole dient estre meil-
leur à taindre les laines: ilz vei-
rent arbres si gros que seize hõ[-]
mes ne sçauraient embrasser.

Par la riue de Paria feirent
six cens lieues à leur compte, e-
stimans auoir passé outre la ci-
té de Catay, & à la riue de In-
de, outre Ganges, duquel lieu
se leua vne tempeste si meueil[-]
leuse qu'elle enfondra & per-
dit deux de leurs carauelles.

Du coste d'Orient y a vne

[f. B viij r°]

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MERVEILLES.


isle non loin de l'Espaignole,
quasi carrée, qu'ilz appellent
l'isle sainct Iehan.

Coulom feit vn voyage l'an
mil cinq cens deux, passant le
dernier angle du costé d'Occid-
dent, de Cuba, auquel lieu na[-]
uiga cent trente lieues: au mi-
lieu y a vne isle tresabondante
de fruictz d'Arbres, laquelle ilz
appellerent tresfortunée.

Apres la mort de Coulom,
Alphonse auec trois cens hom[-]
mes, tendant de droicte ligne
au Midy, vint à vn port que
Coulom auoit appellé Cartha-
ge, les insulaire, Codego, & la
region, Camaira. De ce lieu il
s'en retourna à Vraba ou il a-

[f. B viij v°]

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LES NOVVELLES


uoit sa iurisdiction: & passant
par vne isle qui s'appelle Forte,
feit là vne fortresse, puis com-
mença à ediffier vn bourg.

Nicuesa auquel estoit assignée
Beraga à habiter, le iour suiuãt
partit du mesme port de Car-
tage, pour aller à Beraga: il prĩt
vn port appellé Coiba, &
le Roy nommé Careta. Puis ten-
dit voiles pour aller à Vraba,
qui estoit à son compaignon
Fogeda

Ce pendant Bernardin de
Salauera, emmena de l'Espai-
gnole vn nauire dont les gens
de Fogeda furẽt vn peu recréez
de viãdes: mais cela dura peu:
parquoy murmurans contre

luy

[f. C r°]

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MERVEILLES


luy, & proposãs desrober deux
brigantins pour retourner à
l'Espaignole, Fogeda les pre-
uint, voulãt aller luy mesme à
l'Espaignole. Il laissa pour ca-
pitaine de la Fortresse, vn nõ-
mé Francisque Pisator: leur ꝓ-
mit retourner dedãs cinquãte
iours auec viures. Ces cinquã-
tes iours estãs passez, y allerent
auec deux brigantins. Pres
de la riue de l'isle appellée
la Forte, entre Cartage et Vraba,
se leua vne tẽpeste, par laquelle
l'vn des brigantins fut englou-
ti & peri. Puis rencontrerent
Anchise, entre Cartage & Ca-
chibacoa, en la bouche d'une
fleuue, dit Maison du chat, &

C

[f. C v°]

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LES NOVVELLES


luy dirẽt que Fogeda estoit al-
lé en l'Espaignole: mais Anchi[-]
se ne le croyoit point, & leur
commãda retourner auec luy,
qui auoit vn nauire chargé de
viures: si print chemin pour al-
ler par li'sle [sic pour l'isle] Forte, en Vraba. Le
gouuerneur du nauire tomba
es lieux estroitz tant qu'il fut
enuironné d'arenes, agité de
flotz, & tout ce qu'il portoit fut
pery: excepté douze boiceaux
de farine, peu de fromages, &
de biscuit.

Eux delaissans le riuage de
l'Orient, trouuerent la bouche
de l'entrée du port plus large
d'une lieue, & tousiours de plus
en plus estroicte: receuant plu-

[f. C ij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES


sieurs fleuues, entre lesquelz y
en a vn nommé Darien, plus
riche à leur opinõ que le Nil.

Nous laisserons Vraba, or-
donnée à Fogeda & parlerons
de Nicuesa gouuerneur de Be-
raga, lequel tẽdant à la partie
Occidentale de Beraga, perdit
de nuict ses compaignons: alla
iusques aux entrées de Beraga,
qu'il cherchoit, & les passa.

Lupus d'Olano, suiuant au
doz, auec vn des brigantins, &
tirant à la part Orientale de
Beraga, rẽcontra Pierre d'Vm-
bria, ilz trouuerẽt le fleuue des
lezardz: vindrent au fleuue de
Beraga qui porte or: ietterent
leurs ancres: efleurẽt gouuer-

C ij

[f. C ij v°]

Fac-simile de la page
neur, au lieu de Nicuesa perdu,
Lupus d'Olano.

[Figure]

Pource que nous auons fait
icy dessus mention de Beraga,
il ne vient point mal à propos
de vous mettre en cet endroit
le pourtrait, & figure d'vne be-
ste estrãge apportée de Portu-
gal, & trouuée le troisiesme
iour de Ianuier mil cinq cens
quarãte trois, en ladicte isle de

[f. C iij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.


Beraga, & fut p vne impetueu-
se tẽpeste de mer iettée en ter-
re ceste merueilleuses beste, si a-
uãt qu'elle ne peult retourner:

car elle ne cheminoit sinõ biẽ
peu & à grand peine. Et aduint
qu'au lieu ou elle estoit, s'adres-
sa vne Carauelle de Portugal,
patronisée par Diego Vorzal-
lo venãt de Calicut, & des In-
des, contrains de la mesme tẽ-
teste [sic pour tempeste]. Et voyans ceste beste qui
taschoit de gaigner la mer, luy
tirerent vn coup d'artillerie, & la tuerẽt. Et pource que iamais
ilz n'en auoiẽt veu la pareille,
ils prindrẽt la figure au mieux
qu'ilz peurent, & l'apporterent
à Lisbone: Elle auoit de lon-

C iiij

[f. C iij v°]

Fac-simile de la page

LES NOVVELLES


gueur plus de quinze pas, La
teste plus grosse qu'vne pipe:
Les yeulx grans cõme vn plat,
& entre deux comme vn trõ-
pe, plus grosse que la cuisse,
qu'elle retiroit & alõgeoit quãd
elle vouloit: Et dict on que par
cela elle vomissoit l'eau autant
loing que pourroit porter vne
hacquebutte. Sur la teste y a-
uoit deux cornes qui n'estoient
point dures, & se pouuoient
mouuoir comme oreilles: La
peau estoit dure, & de la cou-
leur d'vne coquille de tortue.
Elle auoit deux gros pieds cõ-
me la cuisse d'vn cheual, mais
ilz ne luy seruoit de gueres:
car ïlz estoiẽt foibles. Au bout

[f. C iiij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.


de la queue y auoit vne autre
petite teste cõme d'vn serpent.
Les portugallois furent delibe-
rez d'ẽporter le cuir: mais pour
ce que le temps estoit bõ pour
eux, ilz ne peurent arrester: &
s'en allerent auec la pourtrai-
ture seulement.


Or pour retourner à nostre
propos, poursuiure le fil de
l'histoire, Pierre de Vmbria
print charge de chercher la ter[-]
re: mena douze mariniers. vint
ou la mer bruyoit fort d'vn son
horrible: là s'efforsa de surmon[-]
ter, mais vn tourbillõ vint des
roches qui le mit au parfond,
& ses compaignons, dont vn

[f. C iiij v°]

Fac-simile de la page

LES NOVVELLES


seul expert à nager eschapa, &
le lendemain s'en alla vers les
siens: la compagnie descendit
en terre. Peu de iours apres
mõterent contre le fleuue: trou[-]
uerẽt bourgs appellez, Mumu:
receurent le peschereau de Ni-
cuesa, que trois hommmes siens
auoient robé: lesquelz voyans
qu'ilz ne pouoient luy persua-
der qu'il auoit laissé Beraga à
l'Orient, racompterent com-
ment Nicuesa par tempeste a-
uoit perdu sa Carauelle, & er-
roit entre les palus marins.
Coulom auoit appellée celle
terre, Grace de Dieu, & les ha-
bitans Cerabaroa: & auoit pas[-]
sé par le beau milieu, le fleueue

[f. C v r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.


sainct Mathieu, vers l'Occidẽt,
distant de Beraga trẽte lieues.
Lupus de Olano enuoya là vn
brigantin auec gens qui y trou[-]
uerent le miserable Nicuesa:
lequel retourné en Beraga, feit
mettre prisonnier Lupus de
Olano, l'accusant qu'il n'auoit
fait son deuoir de le chercher.
Puis laissant incontinent Be-
raga, retourna vers Orient. ilz
vindrent à beau port, à quatre
lieues de là: puis à sept lieues
de là, au Promoutoire appellé
le Marbre, eleuerent vne tour
dicte le nom de Dieu.

Maintenant laisserons Ni-
cuesa, & parlerons de ceux de Vraba, où Vascus Nunes inci-

[f. C v v°]

Fac-simile de la page
toit les plus courageux contre
Anchise, lieutenãt de Fogeda,
qu'ilz estimoient estre tué.

Entre ces discordez voicy Ro-
deric Colmenares auec viures
qui part du port Beat de l'Es-
paignole en Octobre l'an mil
cinq cens dix: si viẽt à l'entrée
d'vn fleuue nommé Gaira fi-
nalement à grande difficulté
paruint à la coste Occidentale
de Vraba, sterile, & par cõdui-
te des feuz à la façon des Da-
riens, passa les nauires à la par-
tie Occidentale: ou trouua ses
compaignons. Luy arriué, luy
donnerent charge de chercher
Nicuesa, qui auoit laissé Bera-
ga pour la sterilité: si le trouua

[f. C vj r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.


edifiant vne tour au promon-
toire de Marbre: puis vint en
vraba, & n'y fut receu. Parquoy
en mars l'an mil cinq cens on-
ze il partit tendant à l'Espai-
gnole, pour se complaindre de
l'iniure: mais à la male heure:
car onque puis ne fut veu.

Vascus Nunes va en la re-
gion dicte Coiba, prẽd le Roy
Careta, & l'enuoye prisonnier
en Dariene, pillant le bourg.

Anchise par Vascus fut mis
prisonnier, pource qu'il n'auoit
lettres du Roy: mais fut puis a-
pres deliuré, & ne voulut plus
auec eux demourer, ains re-
tourner en l'Espaignole.

Ce pendant les nostres mise-

[f. C vj v°]

Fac-simile de la page

LES NOVVELLES


rables en Dariene deliurent le
Roy Careta, souz condition
qu'il les aydera à desconfire le
Roy Poncha, ce qui fut fait, &
pillerent son bourg distant de
Dariene vingt cinq lieues[.]

Non fort loing de Coiba est
la region Comogra (de laquel-
le est Roy Comogrus) distant
trente lieues de Dariene: & là
descendirent: Comogrus y fut
baptizé: puis retournerent en
Dariene.

En ce temps Vascus Nunes
voulut esprouuer l'Angle de
Midy, & Roderic de l'autre co-
sté print le chemin aux mon-
taignes. ilz trouuerent bourgs
dont le Roy s'appelle Turny,

[f. C vij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES


qui les refectionna: puis allerẽt
en l'isle de Cassefistule: passans
outre, trouuerent vn bourg de
cinq cẽs edifices, & le Roy nõ-
mé Abanamachei, qu'ilz prin-
drẽt & les principaux. Si vin-
drẽt en vn fleuue en la riue du-
quel regnoit vn Roy nommé
Abileiba, qui auoit sa princi-
pale sale edifiée sur vn arbre
hault: car les arbres y sont tant
gros & haultz qu'a peine sept
ou huit hõmes bras à bras les
peuuent enuironner: puis mõ-
terẽt outre, enuirõ deux lieues,
& trouuerent certaines mai-
sonnettes des Canibales vides:
car ils s'en estoient fuys.

Vincent Annes Pison, patron

[f. C vij v°]

Fac-simile de la page

LES NOVVELLES


de Galée, partãt de l'Espaigno-
le, a racompté auoir circui &
enuironné toute la coste meri-
dionale de Cuba, de l'Orient
iusques à l'Occidẽt, & par cer-
taine experience l'auoir trou-
uée estre isle, iaçoit que pour sa
grande longueur on l'ayt esti-
mée terre ferme. Tẽdant à
la senestre il passa par l'Orient
les riuages de Beraga, Vraba,
Cuchibacoa, & passant la re[-]
gion appellée Paria, appliqua
son nauire à la bouche du Dra[-]
gon: si entra le grant sein renõ-
mé d[']eaux douces, & de multi-
tude de poissons, distant de Cu[-]
riana Orientale enuiron trẽte
six lieues: & au milieu sont les

[f. C viij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.


isles dont auons parlé, Cuma-
na, & Manacapana, plus abon-
dantes de perles que Curiana.

Fin du recueil des isles, & ter-
res neuues, qui sont les nou-
uelles merueilles.

[f. C viij v°]

Fac-simile de la page














[f. D r°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES
MERVEILLES, AVTREMENT
les fleurs du liure de Assé : qui est vn petit
recueil & brief sommaire de plusieurs
belles antiquitez : contenant vne partie de
l’excellence & magnificẽce des richesses,
triomphes & largesses des anciens, &
principalement des Rommains.

AS monnoye d’erain ou
de cuyure, valoit peu-
plus de quatre deniers
tournois.,

Sextant la sixiesme partie de
as, valoit deux onces, car les
douze onces faisoient vn as.

Chacun Romain par cueillete
dõna vn sextans pour faire les
obseques de Menenius Agrip-

D

[f. D v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

pa Senateur, qui pour son inte-
grité & bonne vie estoit mort
pauure.

Quadrãs estoit la quarte par-
tie de as, auiourdhuy quadrain
à Romme, autrement appellé
teruncius, pource qu’il valoit
trois onces de douze, qui font
la liure Rõmaine ancienne, &
valoit vne maille.

Sportule à Romme valoit cent
quadrãs ou quadrains, qui sont
vingt cinq asses, qui valẽt deux
dracgmes & demye d’argent,
& la dracgme vault trois solz
& six deniers. Parquoy la spor-
tule valoit dix petis sesterces,
qui sont dix karolus & demy.

Libella depuis fut faicte, petite

[f. D ij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

monnoye d’argent, qui valoit
vn as.

Apres fut forgé vne autre pie-
ce qui s’appella sestertius, & aus
si numus, & valoit deux asses &
demy : les quatre valoient dix
asses, qui sõt dix liures d’erain,
pour l’esquelles [sic pour lesquelles] fut depuis for-
gé le denier Rommain, pource
que, deni, signifie dix.

Le denier valoit quatre sester-
ces c’est a dire trois sols six de-
niers.

Quand les Rommains estoiẽt
encores pauures ilz comptoiẽt
par mõnoye d’erain, en disant
mille d’erain, ou dix mille, ou
cẽt mille d’erain. mille d’erain
valoient quatre sesterces qui

D ij

[f. D ij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

sont cent deniers.

Quarãte mille d’erain, qui fut
la somme dõnée par les Sena-
teurs aux despens de la chose
publique pour marier la fille
de Cneus Scipio, gouuerneur
pour les Rommains en Espai-
gne, valoient quatre cens escuz
couronne, ou sept cens liures
tournois.

Depuis que lesdictz Rommains
furent plus riches, ilz compte-
rent par sesterces.

Centum sestertij, qui sont cent
petis sesterces, valoient vingt
cinq deniers, qui sont deux cẽs
cinquante asses.

Centum sestertia, vel centum
millia sestertiorũ,qui sont cent

[f. D iij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

grans sesterces, valoient cent
mille petis sesterces, mõnoyez,
à la differance des grans sester-
ces qui signifient somme & nõ-
bre de monnoye.

Cent mille sesterces, & cent
mille nummes, & cent sester-
ces signifient tout vn.

Centies sestertiũ,c’est cẽt fois
cent mille petis sesterces, ou
cent fois cent grans.

Auguste augmẽta les cens des
Senateurs, & le feit monter de
huict cẽs mille à douze foys
cent mille sesterces, qui valent
trente mil escuz couronne de
France, à trente cinq solz pour
escu, qui est à prendre le marc

D iij

[f. D iij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

d’argent à onze liures : & autãt
faloit qu’vn homme eust vail-
lant en estimation de ses biens
auant qu’il peult estre Senateur
à Romme selon la prisée des
biens d’vn citoyen Romain,
qui se faisoient de cinq ans en
cinq ans par les Censeurs.

Neron dõna à Tyridates Roy
d’Armenie qui venoit à Rõme
pour luy faire hõneur, par iour
pour son estat entretenir, huit
cens mil sesterces qui sont qua-
tre vingtz mil escuz de Frãce.
Et quand il s[’]en partit, luy don-
na millefois sesterces, qui sont
deux millions cinq cens mil e-
scuz.

Auguste par testament laissa à

[f. D iv r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

distribuer au peuple de Rõme
par ses heritiers quatre cẽs fois
sesterces, qui sont vn million
d’escus.

Lollie pauline qui auoit autre-
foys eu pour mary Caligula
Empereur, en vn bãquet moyẽ
de nopces, fut veue le chef, la
gorge, & le sein couuers, & les
mains pareillement, de perles
& esmeraudes ioinctes ensem-
ble, & entrelassées : lesquelz ioy-
aux on estimoit par le menu,
& par compte faict au vray,
quatre cens foys sesterces, qui
est vn million d’escuz.

Sestertius, valoit deux asses &
demy, autrement, deux liures
& demye d’erain, & estoit le pe

D iiij

[f. D iv v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

tit sesterce. Sestertium, deux li-
ures & demye d’argent, & e-
stoit le grant sesterce.

Sesterce, est par interpretation,
le troisieme demy, c’est-à-dire
deux entiers & vn demy.

Quatre cens sesterces petis, va-
lent cent deniers Rommains,
qui valent quatre pieces d’or
Rõmaines, que nous appellõs
auiourdhuy medalles d’or, &
les quatre pesent vne once : &
cent deniers valent vne liure
d’argent, que i’estime dix escuz
à la couronne, c’est à dire dix
sept liures dix solz tornois, &
vault la liure de Romme vn
marc & demy de Frãce, & de-
mye once dauantage : car les

[f. D v r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

douze onces vallent quatre
vingtz seize dragmes, ou de-
niers, qui est le marc & demy.
Auiourdhuy les changeurs ne
vsent point de ce terme drag-
mes, mais disent vn gros, pour
icelle, qui sont deux estellins &
demy.

Vn denier Rõmain Vault de
pois trois deniers de Frãce : car
les trois font vn gros.

En matiere d’argent, ou mon-
noye, fault tousiours compter
la liure pour cent deniers.

Libra, ou pondo ce n’est qu’vn,
comme à nous pesant, ou be-
sant. Les Latins vsent de li-
bra, ou pondo, entendans ar-
gent non monnoyé : mais les

[f. D v v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

Grecz par mine, entendent cẽt
dracgmes de monnoye.

Sestertius, ou nũmus, petit se-
sterce, valoit vn karolus obole
tournois.

Sestertium valoit deux liures
& demye d’argent, c’est mil pe-
tis sesterces, ou dix escuz cou-
ronne.

Libra, põdo, mina, valoit trois
cens cinquante solz, qui sont
cent foys trois solz & six, ou
dix escuz courõne, à trẽte cinq
solz, comme nous auons dit.

Vn milier de petis sesterces va-
loit vingt cinq escuz courõne.
Dix mil sesterces, ou dix grans
sesterces valoient deux cẽs cin-
quante escuz couronne.

[f. D vj r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

Vĩgt mil sesterces valoiẽt cinq
cens escuz couronne.

Quarãte mil sesterces valoiẽt
mil escuz couronne.

Cinquãte mil sesterces valoiẽt
mil deux cens cinquante escuz
couronne.

Cẽt mil sest. val. deux mil cinq
cens escuz couronne.

Deux cẽt mil sest. val. cinq mil
escuz cou.

Cinq cens mil sest. val. douze
mil cinq cens escuz cour.

Huit cens mil sester. val. vingt
mil escuz couronne.

Ceste sõme estoit le sens d’vn
Cheualier Rõmain. Mil grans
sesterces, autrement ditz en la-
tin decies sestertiũ, c’est à dire

[f. D vj v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

dix fois sest. entẽdant dix foys
cent mil petis sesterces (& ainsi
des autres nõbres qui s’ ensuy-
uent) val. vingt cinq mil escuz
couronne. Laquelle somme
estoit le cens d’vn Senateur de-
uãt qu’Auguste fut Empereur.
Douze foys sest. c’est à dire dou
ze fois cent mil petis sest. val.
trente mil escuz couronne. La-
quelle somme estoit le cẽs d’vn
Senateur depuis Auguste.

Quinze fois sest. valent trente
sept mil cinq cens escuz cour.
Vingt foys sest. val. cinquante
mil escuz couronne.

Trente foys sest. val. septante
cinq mil escuz couronne.

Quarante foys sest. val. cent

[f. D vij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

mil escuz couronne.

Cinquante foys sest. val. cent
vingt cinq mil escuz courõne.

Soixãte foys sest. val. cent cin-
quãte mil escuz couronne.

Cẽt foys sest. val. deux cẽs cin-
quante mil escuz courõne. La-
quelle somme faict le pris de la
perle de Cleopatra.

Quatre cens foys sest. val. vn
million d’es. cour.

Mille foys sest. val. deux mil-
lons cinq cens mil escuz cour.

Quatre mil foys sest. val. dix
mllions [sic pour millions] d’es. cour.

Dix mil foys sest. val. vĩgt cinq
millions d’escuz couron.

vingt mil foys sest. val. cinquã-
te millions d’es. couronne.

[f. D vij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

Vingt sept mil foys sest. valoiẽt
soixante sept millions cinq cẽs
mil escuz couronne.

Vne dracgme Attique valoit
vn denier Rõmain, & se diui-
soit en six oboles, dõt chacune
valoit sept deniers tournois.

Sestertius à Rõme, & sesquio-
bolus en Athenes, estoit tout
vn. Quand on lit, chiliades,
ou myriades simplemẽt, fault
entendre mil, ou dix mil de
dracgmes Attiques.

Cẽt dracgmes val. vne myne,
c’est dix escuz cour.

Vingt cinq dracmes val. mil
petis sest. c’est vingt cinq escuz
couronne.

Dix mynes val. quatre mil sest.

[f. D viij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

c’est cent es. couronne.

Soixante mynes valent vn ta-
lent Attique, qui doit estre esti-
mé à ceste raison, soixante foys
dix escuz, qui sont six cẽs escuz
couronne.

Des Talens Attiques.

Titeliue dit que les talens e-
stoient de quatre vingtz liures
d’argent en pois, lequel Plaute
& Terence appellent grant ta-
lent Attique, qui a proportion
sesquiterce au petit : car il con-
tient soixante liures, & le grãt,
vingt dauantage. Toutefoys il
est tout certain par les oraisõs
de Demosthene, & autres, que
vn talent Attique petit, & tel
qu’il se prenoit communemẽt

[f. D viij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

en contratz & nombre de som
mes, valoit six mil dracgmes
Attiques, qui sont six mil de-
niers de Rõme : qui se doit esti-
mer pour le moins vingt qua-
tre mil sesterces, c’est vĩgt qua-
tre foys vingt cinq escuz cou-
ronne, qui sont six cẽs es. cour.

Dix talens valent deux cens
quarante mil sest. c’est six mil
escuz couronne. Quinze ta-
lens val. neuf mil es. couronne.

Vingt talens val. douze mil es.
cuz couronne.

Trente talẽs val. dix huict mil
escuz couronne.

Cinquante talens val. dix huict mil
escuz couronne.

Soixante talens val. trente six

mil

[f. E r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

mil es. couronne.

Cent talens val. soixante mil
escuz couronne.

Deux cens talẽs vel. Six vingtz
mil escuz couronne.

Quatre cens talens val. douze
vingts mil escuz couronne.

Cinq cens talẽs val. trois cens
mil escuz couronne.

Mille talens val. six cens mil
escuz cour.

Deux mil talens douze cẽs mil
escuz couronne.

Quatre mil talens valẽt deux
milliõs quatre cẽs mil es. cour.

Six mil talens valẽt trois mil-
lions six cens mil escuz cour.

Dix mil talens val. six milliõs
d’escuz couronne.

E

[f. E v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

Vingt mil talẽs val. douze mil-
lions d’es. couronne.

Quarante mil talẽs val. vingt-
quatre millions d’es. cour.

Cinquante mil talens val, trẽ-
te millions d’es. cour.

Cent mil talens val. soixante
millions d’es. cour.

Aulugelle dit au cinquieme
des nuitz Attiques, que Buce-
phalus, qui estoit le cheual d’A
lexandre le grand, fut achepté
treize talens, & dõné à Philip-
pe de Macedoine, qui sont sept
mil huit cens es. couronne.

Pline dit qu’il fut vendu seize
talens qui valent neuf mil six
cens escuz couronne.

Cicero en l’oraison pour Ra-

[f. E ij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES

bire, dit que Gabinius fut con-
damné en dix mil talẽs enuers
la chose publique, pource qu’il
auoit pris pareille somme de
Ptolomée Roy d’Egypte, pere
de Cleopatra, & pource qu’il
ne la pouoit finer, s’en alla en
exil.

Atheneus dit qu’Alexandre le
Grãd tenoit table a souper de-
puys qu’il eut conquis l’Asie,
& mangeoit auec ses amis en
nombre de soixãte & dix pour
le plus : & pour ce souper entre-
tenir estoit ordonné de despẽ-
se par iour cent mynes Atti-
ques, qui sont mil es. de Frãce.
Ledict autheur dit que le Roy
Darius qui fut par ledit Alexã-

E ij

[f. E ij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

dre deffait, faisoit quelque foys
conuis aux plus apparens de sa
court, iusques au nombre de
quinze mil : & pour chacũ sou-
per auoit d’estat ordonné, qua-
tre cens talens, qui sont douze
vingts mil escuz couronne.

Quinte curse dit qu’Alexãdre
le Grand trouua en deux villes
de perse qui sont Suse, & Perse-
polis, cent septante mil talens
d’argẽt en masse, laquelle som-
me il dit incroyable.

Strabo au quinzieme de sa
Cosmographie dit qu’aucuns
historiens ont estimé le total
tresor de Perse neuf vingts mil
talens.

Suetone dit que Tibere succes-

[f. E iij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

seur d’Auguste, assembla soixã-
te sept millions cinq cens mil
escuz, laquelle somme fut de-
dans l’an dissipée par l’ execra-
ble prodigalité de Caligula sõ
successeur.

Vn talent d’or pour le moins
en valoit dix d’argent.

Chares aux histoires de Perse,
dit que le Roy Darius auoit
vn lict couuert d’vne vigne
d’or en façõ de treille, enrichie
de raisins pendans en icelle, as-
semblez & de pierre trespre-
cieuses : & estoit tourné le che-
uet du lict vers le paroys d’vn
des cõclaues ou chambrettes,
ou y auoit cinq mil talens d’or,
& s’appelloit ce coclaue, le

E iij

[f. E iij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

cheuet du Roy : vis à vis duquel
estoit le paroy de l’autre con-
claue. Iceluy Darius voulut
donner à Alexandre le Grand
pour rauoir sa mere, sa femme,
& ses deux filles, dix mil talẽs,
comme dit Plutarque, & vne
partie de son royaume, & si ne
les eut pas. Depuis comme il
se vouloit rallier, fut pris en
trahison, par Bessus gouuer-
neur de Bactre, qui auoit la plus
grosse charge soubz luy, & fut
par luy mis en seps d’or, & iet-
té en vn chariot ou les trahy-
stres à force de iauelines le
tuerent miserablement.

Iustin en la treiziesme epitome
dit qu’Alexandre le Grand a-

[f. E iv r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES

pres ses conquestes auoit en
tresor content, cent mille ta
lens, & trẽte mil de reuenu an-
nuel, qui sont le reuenu dix-
huit millions d’escuz.

Les tributz de Perse imposez
par le premier Roy Darius
montoient de neuf à dix mil-
lions d’or.

Alexandre pour l’acquit de ses
gensd’armes endebtez, mit au
milieu de son camp dix mil ta-
lẽs, qui sont six milliõs d’escuz.
Ledit Roy Alexandre donna
à Aristote son maistre, pour cõ
poser le liure des animaux, huit
cens talens, qui sont quatre cẽs
quatre vingts mil escuz, ainsi
que recite Atheneus.

E iiij

[f. E iiij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

Aussi il enuoya à Xenocrates
Philosophe cinquante talens
pour le bon bruit qu’il oyoit de
luy : lequel les refusa, comme
n’ayant à faire de si grãde som
me pour son petit cas : & cour-
rouça Alexandre, qui le disoit
estre peu ciuil : car il n’estoit
sans amis auxquelz il en eust
peu donner, ce disoit Alexan-
dre le grand.

Plutarque en la vie de Luculle
dit que Scylla par apointemẽt
auec le Roy Mitridates, mit
impost sur les peuples d’Asie
vingt mil talens, qui sont dou-
ze millions d’escuz.

Iceluy parlant du triomphe de
Pompée, qui luy fut decreté

[f. E v r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

pour la victoire qu’il eut de Ti-
granes & de Mitridates, dit
que par les chars esquelz se por
toient en triomphe les riches-
ses du pillage, & les portraitu-
tures [sic pour portraitures] des Roys, & pays subiu-
guez, on voyoit par les cadelz
escritz en grosse lettre, qu[’]il a-
uoit pris mille places fortes, &
enuiron neuf cẽs villes, & huit
cens nauires des Pirates : puis
estoit escrit en lettres bien ap-
parentes que Pompée portoit
au tresor en or & argent mon-
noyé, & en vaisselle vingt mil
talens : sans ce qu’il auoit distri-
bué aux gensd’armes, dont le
moindre auoit eu cent cinquã-
te escuz : & si estoit declaré que

[f. E v v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVRS [sic pour ANTIQVES]

les impostz de l’Empire de Rõ
me par le moyen de ladite cõ-
queste estoiẽt mõtez à huit mil
lions cinq cens mil escuz.

Mille myriades en Grec, c’est
en latin centies cẽtena millia,
& en Frãçoys dix milliõs, qui
sont cent foys cent mil. Millies
centena millia en Latin, c’est
en Françoys cent millions, ou
mil foys cent mille, ou cent
mille foys mille : deux cẽs mil-
lions, sont bis millies centena
millia.

Appian au second des guerres
ciuiles dit qu’aux triõphes de
Cesar, qu’il voulut celebrer a-
pres toutes ses grandes victoi-
res par l’espace de quatre iours,

[f. E vj r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

il fut porté au tresor public soi-
xante cinq mil talens d’argent
qui sont trẽte neuf milliõs d’es
cuz : & outre ce, le nombre de
huit cens couronnes d’or qui
pesoient vingt mil liures d’or,
qui valoiẽt du moins deux mil-
lions. De cet argẽt Cesar paya
entierement & d’auantage ce
qu’il auoit promis à ses gens-
d’armes veterans, que l[’]on dit
en Françoys vieilles bandes,
& au populaire de Rõme c’est
à sçauoir à chacun legionaire
cinq cens escuz : aux centuriõs
capitaines de cent pietõs, dou-
ble somme : aux gens de cheual
le double des centurions, & à
chascun hõme du peuple qua-

[f. E vj v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

tre cens sesterces, qui valẽt dix
escuz : plus dix muys de blé, qui
valẽt dix boisseaux mesure de
Paris, & dix liures d’huille : &
fit trois festins au peuple : du-
quel temps pouoit auoir en Rõ
me deux cens vingt mil hom-
mes Citoyẽs, qui estoit la moy-
tié moins qu’il s’en estoit trou-
ué au cens precedent deuant
les batailles ciuiles. Parquoy il
cousta en argent content, sans
le reste, pour le moĩs deux mil-
lions deux cens mil escuz.

Des gensd’armes veterans, au-
tremẽt vieilles bãdes, & vieilz
souldars, pouuoit y en auoir
vingt mil, aux quelz auoit dõ-
né congé de se retirer pour leur

[f. E vij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

vieillesse. Ainsi la donatiõ qu’il
leur feit, montoit dix millions
d’escuz.

Plutarque dit que les guerres
Galliques feirent Cesar si grãt
comme il fut : car du pillage, &
des richesses qu’il emporta, il
gaigna la faueur des plus gros
personnages de Rõme. Il don-
na à Paule consul quinze cens
talẽs, dõt ledit Paule feit somp-
tueux edifices : & à Curio, vn
Tribun du peuple, dõna quin-
ze cens mil escuz, qui autãt en
deuoit ce dit Valere.

Pline au trente sixieme liure
dit que Milo a deu pour vne
foys dix sept cens cinquante
mil escuz.

[f. E vij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQURS [sic pour ANTIQVES]

Luculle eut en son triomphe
vne statue d’or à la semblance
de Mithridates, de six pieds de
lõg, vingt casses pleine des vais
selle d’argent, trente deux au-
tres pleines de vaisselle & ar-
mures d’or, & mõnoyé : puis
huit mulets portans couches
d’or, & cinquante six portans
argent blãc : puis cent sept char
gez d’argẽt, qui mõtoient deux
millions sept cens mil escuz.

Vn iour ledit Luculle dõna vn
souper à Cicero & à Pompée,
qui cousta douze cens cinquã-
te escuz.

A la prinse de Tigranocerta,
outre le pillage de la ville, il
trouua es tresors du Roy huit

[f. E viij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

mil talens.

Asinius Celer achepta vn pois-
son qui s’appelloit mulus, soit
mulet ou autre, pour le pris de
quinze mil escuz : autant valoit
le plat d’Esope histrion ou far
seur tragique, lequel estoit de
cẽt petis oyseaux, & encor lais-
sa il à son filz tant de biens qu[’]il
l’exceda en p digalité, donnãt
les perles de grãd pris à mãger.

Apicius que Pline au dixieme
liure appelle le prince des gour
mans, s’empoisonna quand il
vit que par sa gourmandise ne
luy restoit pl9 que deux cẽs cin-
quẽ te mil escuz, de crainte que
viãde ne luy faillist : car il auoit
ia despendu neuf foys autãt.

[f. E viij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

La perle que Cleopatra huma
destrãpée en vinaigre, au ban-
quet qu’elle feit à Marc Antoi-
ne fut estimée par iuges esleuz,
deux cẽs cinquante mil escuz.
Pline dit que c’estoit le singu-
lier & vnique ouurage & chef
d’oeuure de nature en son espe
ce : ladicte perle pesoit quatre
vingtz quaraz, & à peine en
trouue l[’]on auiourdhuy qui en
pese vn quart de quaraz.

Roscius Histrion, ou farseur cõ
me Esope, auoit par iour cent
escuz de gage : Cicero dit en v-
ne Oraison de luy, qu’il fut si
honneste que quand il se veit ri
che, il refusa à gaigner en dix
ans cent cinquante mil escuz,

[f. F r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES

à iouer ses farses & comedies,
dõt il ne prenoit rien de paye-
mẽt pour teste, comme l[’]on fait
au iourdhuy.

Pompée aux ieux qu’il feit a-
pres son second consulat, mit
au spectacle six cẽs lyons : Scyl-
la le premier en monstra le cõ-
bat au peuple de cẽt ensemble.
Ledict Pompée monstra aussi
quatre cens & dix pantheres
pour vn coup : Auguste pour v-
ne foys quatre cens & vingt : &
Cesar quatre cens lyons.

Marc Antoine feit vn donatif
à ses gensd’armes auec lesquelz
luy & Octauius, depuis appellé
Auguste, auoient vaincu Cas-
sius & Brutus, lequel don &

F

[f. F v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

present magnifique, montoit
quatre vingts cinq milliõs d’ e-
scuz , sans les Centurions qui a-
uoient double soulde, & les gẽs
de cheual triple, & les tribuns
autre grande somme. Il donna
pour teste cinq cens escuz.

Ledit Marc Antoine pour l’im
post premier de la premiere
année eut deux cens mil talẽs
qui sont six vingts milliõs d’ e-
cuz , à la raison que dessus.

Cicero dit en ses Philippiques
que Marc Antoine enleua du
tẽple de Opis dix sept millions
cinq cens mil escuz, que Cesar
y auoit mis en seureté.

Calphurnia vefue de Cesar,
bailla en garde audit Marc An

[f. F ij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

toine quatre mil talẽs, qui sont
deux millions quatre cens mil
escuz. Les Gaules ont souste-
nu la guerre contre les Rom
mains quatre vingtz ans.

Cesar le ieune, depuys nommé
Auguste, vint en la guerre Ac-
tiaque acompaigné de quatre
vingts mil hommes de pied, &
vingt deux mil de cheual, ayãt
par mer deux cens cinquante
galeres de guerre : D’autrepart
Marc Antoine, son beau frere,
vint auec cẽt mil hommes de
pied, & vingt deux mil de che-
ual , & auoit par mer cinq cens
galeres de guerre.

Auguste ordonna quarãte qua-
tre legiõs pour entretenir l’Em

F ij

[f. F ij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

pire en estat & seureté.

Vegece dit qu’vne legion com
plete cõtient du moins dix mil
hommes de pied, & sept cens
trẽ te deux de cheual. Il y auoit
deux cohortes en la legion, dõt
la premiere cõtenoit onze cẽs
cinq hommes de pied, les plus
vaillans & aguerris, & cent
trente deux de cheual : l’autre
cohorte auoit cinq cẽs cinquã-
te cinq hommes de pied, & soi-
xante six de cheual.

La legion pour le moins (car
aucunesfoys elle n’estoit pas
fournie) coustoit à entretenir
par moys vingt deux mil six
cens quatrevingts escuz : & par
an deux cens soixãte & douze

[f. F iij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

mil, cent soixante escuz, à trois
escuz pour homme de pied, &
neuf pour homme de cheual
par moys, & pour Centurion
six escuz.

Autãt auoit crassus de reuenu,
du moins, cõme la legion cou-
stoit à entretenir : comme luy
mesme disoit qu’vn hõme Rõ-
main autrement ne se deuoit
dire riche. Ledit Crassus n’ a-
mẽda de son père que de trois
cens talens, toutesfois en la fin
il amassa iusques à sept mil &
cẽt talens. Les quarante qua-
tre legiõs entretenues par Au-
guste montoient par an onze
millions neuf cens soixante &
quinze mil & quarante escuz

F iij

[f. F iij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

couronne. Amphora en Grec,
en Latin se dit quadrãtal, pour-
ce que c’est vn pied quarré en
tout sens : c’est vne mesure qui
cõtient de blé autãt qu’vn mi-
not de Paris, qui sont trois bois-
seaux . Les deux quadrantalz
font le medimne Attique : &
dit Cicero qu’il fault vn me-
dimne à semer vn iugere de
terre, qui contiẽt plus de demi
arpẽt : par ainsi la semence d’vn
iugere reuient à celle d’vn ar-
pent de Paris.

Du temps de Scipion l’Affricã
vn homme de pied à Romme
auoit par iour pour sa pictance
deux oboles qui sont quatorze
deniers tournois : oultre ce par

[f. F iv r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

moys quatre boesseaux fro-
mẽt . Vn Centuriõ auoit quatre
oboles, qui sont deux solz qua
tre deniers.

Cesar Auguste ne laissa à ses
heritiers que trois milliõs sept
cens cinquante mil escuz, com
bien qu’il eut parauãt sa mort
amandé de succession de ses a-
mis de trẽte cinq millions d’ e-
scuz  : mais il laissa au peuple vn
milliõ d’or. A chacune Tribu,
qui estoient en nombre trente
cinq, il laissa deux mil cinq cẽs
escuz.

A chacũ homme du pretoire,
qui estoiẽt la garde du prince,
vingt cinq escuz.

Aux gensd’armes ayans leurs

F iiij

[f. F iv v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

garnisons à Romme la moy-
tié d’autant.

Aux legionnaires, pour teste, il
laissa sept escuz & demy, qui e-
stoient cent mil hommes : &
pource leur laissa sept cens cin-
quante mil escuz en general.

Il donna pour vne foys au tem
ple de Capidol seize mil liures
d’or, & grand nombre de pier-
res & perles, lesquelles sommes
montoient enuiron trois mil-
lions d’or.

Lentule Augur par le moyen
& bienfaitz de Cesar Auguste
se veit vne foys dix millions
d’or. Autant donna Adrian
Empereur aux legions en l’ a-
doption de Cõmodus qu’il ap-

[f. F v r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

pella Elius Verus : & dit qu’il
s’estoit appuyé sur vn paroy rui
neux, pource que ledit Cõ mo-
dus deuint maladif.

La ville d’Alexãdrie auoit trẽ-
te stades de longueur & dix de
largeur, & vn stade 125 pas.

Le reuenu du royaume d’ Egy-
pte redigé en prouince par Au-
guste , valoit douze mil cinq cẽs
talens.

Cleopatra cõfera à Marc An-
toine pour mener la guerre A-
ctiaque contre Auguste, deux
cens nauires de guerre, vingt
mil talens en argẽt, & fournist
l’argement [sic pour largement] viures pour son ost.
Apres le triõphe Actiaque Au-
guste feit faire le lustre censuel,

[f. F v v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

& fut trouué quatre millions
cent soixante mil citoyens de
Rõme : depuis, apres la natiui-
té de nostre sauueur Iesuchrist,
s[’]en trouua neuf millions trois
cens septante mil.

Auguste auoit de coustume de
distribuer grãd somme de de-
niers au peuple, laquelle libe-
ralité se nommoit Congiaire :
& estoit ceste largesse tresgran-
de  : car à prẽdre seulemẽt deux
millions de citoyens, & deux
cens cinquante sesterces pour
hõme, la somme mõtera dou-
ze millions cinq cẽs mil escuz.

Aupres de Cartage la neufue, y
auoit vne mine d’argẽt qui va-
loit aux Rommains par iour

[f. F vj r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

deux mil cinq cens escuz.

Pline au trente troisieme liure
de l’hist. nat. dit qu’vn puys qui
estoit nõmé Bebelo, fournissoit
à Annibal trois mil escuz par
iour.

En Thoulouse fut trouué quĩze
mil talens en or & argent, sans
la vaisselle ou autre ouurage.

Dolobelle achepta le cheual
de Seian pour le pris de deux
mil cinq cens escuz.

Luerius Auluergnat pour ostẽ-
tatiõ de son auoir, mõtoit par
foys en vn chariot, & se faisoit
rouller par les champs espan-
dant monnoye d’or & d’argẽt :

Son père, nomme Bitius, auoit
en son temps cõbatu deux con

[f. F vj v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

sulz Rommains, ayãt auec luy
deux cẽs mil hõmes de guerre.

Dauid disoit à Salomon son
filz, i’ay preparé la despẽse qui
est necessaire pour faire la mai
son de Dieu, c’est à sçauoir cẽt
mil talens d’or, & vn milliõ de
talens d’argent.

Voyez le dixieme chapitre du
troisieme liure des Roys, com-
me il y eut tant d’or & d’argẽt
en Ierusalem, cõme de pierres.
Iosephe au second des antiqui-
tez dit que Dauid decedãt lais-
sa plus grant tresor que nul au-
tre Roy, fust Hebrieu ou Gẽtil.
Eusebe au neufuiesme liure
de la preparation Euangelique
dit qu’il a leu en Ptoleme, anciẽ

[f. F vij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

historien, que le Roy de Tyr, &
de Phenice, & autres, estoient
tributaires au Roy Dauid.

Vafres roy d’Egypte, enuoya à
Salomon pour edifier le tẽple
huit vingts mil hommes ou-
uriers  : Suron Roy de Tyr, luy
en enuoya pareil nombre.

Ceste histoire escrite par Em-
polemus historien Gẽtil, accor-
de au texte du cinquieme cha-
pitre du troisieme des Roys, si-
non que Suron Roy de Tyr, est
nommé Hyram, Ioseph l’ ap-
pelle Hyronius.

Oultre dit Empolemus que l’or
employé au temps es colom-
bes & vaisseaux d’or, monte
quatre millions six cens mil.

[f. F vij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

Pour huit vingts mil tailleurs
de pierre, & Septãte mil qui la
portoient, & trois mil trois cẽs
maistres en l’edifice du Tẽple
de Salomõ, fut deliuré six mil-
lions quatre cens mil escuz.

Puis en colomnes, ornemens,
vaisseaux & dorures dudit Tẽ-
ple , dix huit millions quatre cẽs
mil escuz. Laquelle si vous ad-
ioustez à la precedente, trouue-
rez vingt quatre millions huit
cẽs mil escuz : mais pource que
l’or estoit fin, Budé fait monter
la somme totalle à vingt sept
millions neuf cens mil escuz.

Fin du recueil du liure de Assé, ou sont cõ
tenues les Antiques merueilles.

[f. F viij r°]

Fac-simile de la page

PETIT TRAITE
DES DOUZE PREMIERS
Empereurs de Rõme, à sçauoir de-
puis Iules Cesar iusques à Domi-
tian , nouellement tra-
duit d’Italien en
Françoys.

De Iules Cesar premier Empereur.

C Esar estoit de grande
stature, & maigre de
corps, de couleur blan-
che  : auoit les yeux noirs, varia-
bles & vifs, ou ardẽs : estoit chau
ue, & souuent tormẽté du mal
de teste : s’aydoit bien de toutes
sortes d’armes : fut tresdiligent
es voyages de guerre, & sou-
cieux de la mignotise de son

[f. F viij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

corps: Regna trois ans, & en
vesquit cinquãte six : & fut Em-
pereur en l’an depuis Romme
edifiée, sept cens & six.

La naturelle vertu de Iules Ce-
sard , excitée & aguillonnée par
l’estude des bõnes artz & exẽ-
ples de la Patrie, fut au cõmen-
cement par necessité descou-
uerte à ses ennemis : puis el-
le mesme, d’vne mõstre plus
braue, se donna à congnoiste
au monde : & à la fin, se benda,
de despit, contre les siens pro-
pres  : dõt fut cause la prompti-
tude de son corps, tãt à dextre
à seruir, l’admirable vistesse de
son esprit, que souuentesfois on
estoit aduisé des entreprinses

par

[f. G r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

par luy mises à fin plustost que
de la deliberation & cõseil sur
icelles. Estant encores ieune
garson, Lucius Scylla feit pour-
suite contre luy, d’autant qu’il
auoit refusé son alliance : mais
il en euita le danger, se cachãt
secretement, en se rachetant à
pris de deniers de ceux qui par
eschauguettes l’auoient pris,
par commission de Scilla : & a-
insi qu’il fuyoit, fut rencõtré &
prĩs par les coursaires : puis sor-
ti par argẽt d’ẽtre leurs mains,
batailla contre eux mesmes,
les sumonta, & les ayant tous
prins, les feit pendre : de quelle
mort peu au parauant, estant
encor leur esclaue, il les auoit

G

[f. G v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

menacez par raillerie. En quoy
sa proesse fut manifestée par
necessité, & au besoing. Apres
la mort de Scylla, ses amis le re
uoquerent en la patrie, en &
hors laquelle, pour cause de plu
sieurs degrez d’honneur, es-
quelz il paruint, il fut en grand
credit, & anobli de beaucoup
de dignitez : car depuis qu[’]il fut
esleu, & creé Questeur pour
l’Espaigne : puis Edil, puis Pon-
tife , puis Preteur, puis Consul
de Romme, on congneut cle-
rement qu’il estoit homme de
grande eloquence, humanité,
magnificence, & force d’esprit.
Il batailla cinquãte deux foys,
& vainquit les vainqueurs, ne

[f. G ij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES

prenant augure de l’ euene-
ment des iournées que de sa p -
pre vertu. il donnoit, & pardõ-
noit voulentiers : estoit propre
à bien dire & faire : rendit sub-
iectes à l’Empire Rõmain tou-
tes les Gaules, ou il surmonta
huict cens chasteaux, & trois
cens nations : Redigea par e-
scrit ses faictz non moins veri-
tablemẽt que bien & puremẽt.
En fin son vertueux coeur ab-
breuué des victoires que si sou-
uent il obtenoit, ne pouant en-
durer qu’on luy refusast rien,
se despita cruellement contre
Cneus Pompeius qui l’ empes-
choit d’estre pourueu de l’estat
de Consul par luy requis : dont

G ij

[f. G ij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

on estima que il ne fust pas
beaucoup affectionné a la Pa-
trie  : & continuant ceste ini-
mitié cõmencée demoura vi-
ctorieux sur iceluy Pompée en
Pharsalie : & de ce deuenu plus
orguilleux, poursuiuãt le fil de
ses victoires, deffeit l’armée du
desloyal roy d’Egypte, frere de
Cleopatra, laquelle cõme bien
aymée, il constitua seule dame
du royaume. Puis d’vne admi-
rable vistesse deffit Pharnax,
filz de Mithridates : dequoy ad-
uertiss ãt ses amis en trois motz
escriuoit : Ie vein, vey, vainqui :
voila ce qui luy fut occasion de
trois triõphes treshonorables :
auquelz incontinent en fut ad-

[f. G iij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES

ioint vn autre, à cause qu’en vn
iour rapportant trois grandes
victoires, il desconfit en Libye
Scipiõ, Afranius & le Roy Iu-
ba , tous trois vaillãs, & excel-
lens Capitaines de renõ. Par-
quoy en vn moys il entra, à
quatre diuerses foys en Rõme,
tousiours victorieux & triom-
phant  : & en fin triompha pour
la cinquieme & derniere foys,
qui despleut aux citoyẽs, d’ au-
tant que c’estoit pour la victoi-
re qu’en Espaigne il auoit eue
contre les enfans de Pompée,
& contre plusieurs autres no-
bles Rõmains. Toutes lesquel-
les choses, ainsi par luy faictes,
certes donnerent opinion qu’il

G iij

[f. G iij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

estoit Dieu : laquelle eus testé
du tout confirmée, si entre plu-
sieurs siennes vertus aucũs vi-
ces , & quelque perte entre les
victoires, & finalemeẽt la mort
ne se fust meslée parmy son bõ
eur. C’est luy qui donna & de-
laissa le nom de Cesar aux Em
pereur : luy qui mit l’année en
l’ordre qu’elle est : luy qui par
tesmoignage de plusieurs si-
gnes celestes, fut demonstré e-
stre vn tresadmirable homme :
qui (asprement blecé & occis
au Senat par desloyale coniu-
ration de ceux qu’il aymoit &
estimoit le plus, sçauoir est Bru-
tus & Cassius) dort mainte
nãt auec les autres Princes de

[f. G iv r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES

la terre, non autrement que s’il
estoit issu de bas lieu.

De Octauius Auguste, second Empereur
de Romme.

Octauius, beau & gracieux,
petit toutefoys, estoit ioyeux,
auoit les yeux reluysans, rares
& petites dentz, soucilz con-
ioinctz , cheueux de couleur de
chastaigne meure, le nez bien
poursilé & brun : estoit moderé
au boire & manger, & tresplai-
sant de cõuersation, & adonné
aux plaisirs du corps : il regna
auec marc Antoine douze ans
& puis seul quarante quatre : Si
commẽça tenir l’Empire seul,
en l’an de Romme sept cens

G iiij

[f. G iv v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

vingt deux. Tout ainsi que Iu-
les Cesar ne trouuoit homme
qui d’vn seul pied le passast à
bien & vertueusement operer,
aussi congnoissoit il fort biẽ, &
quasi deuinoit les vertuz d’ au-
truy , non encor manifestes. Ce
qui se veit cleremẽt en ce qu’il
iugea du filz d’Accia, nommé
Octauius : lequel il feit son nep-
ueu par adoption, & heritier de
ses biens & de son nom : car il
aduint selon le iugemẽt & pres-
age de Cesar, qu’Octaue se ren-
dit semblable à luy en l’ empi-
re & en la gloire, par sa propre
vertu. C’est merueilles que d’au
tãt qu’il prosperoit plus en bon
eur & en biens, d’autant aussi

[f. G v r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

il deuenoit de iour en iour, à
l’auãtage, soucieux acquereur
de vertuz : tant plus estoit aymé
des nations, tãt moins desiroit
dominer, & gouuernoit l’ Em-
pire plus paisiblement, & auec
plus grãde seureté. Ce que lors
donna bien à entendre au mõ-
de (encore que les causes des
euenemens, auentures & issues
des grãs personnages soyent
incongneues) que le donneur
de paix, le legitime Roy du mõ
de, & le Soleil de la iustice de-
uoit espandre ses tresreluisans
rayons par l’uniuers, & iceluy
vniuers trouuer paisible, & trã-
qu’il [sic pour tranquille], souz l’Empire d’vn chef
tresiuste & tresbenin. Ie parle-

[f. G v v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVRS [sic pour ANTIQVES]

rois de l’apparẽce de son ligna-
ge , si l[’]on y cherchoit autre cho-
se que la vraye noblesse, laquel-
le estant procedée de la vertu,
fait peu d’estime du pouuoir de
fortune. Ie veulx donques par-
ler des vertuz, des oeuures, &
des grandeurs d’Octaue, lequel
fut surnommé Auguste, com-
me aussi sont à cause de luy
ceulx qui succedẽt à l’Empire.
Chose pour certain bien con-
uenable que celuy ayt donné
le nom à tous, qui donna aussi
la droite reigle de viure, & no-
table exẽple de la domination.
Il fuyoit les guerres, & rappor-
toit les victoires : fuyoit les hõ-
neurs , & triomphoit tousiours :

[f. G vj r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

fuyoit les vengeances, toutes-
fois corrigeoit aspremẽt les faul
tes de la gẽsd’armerie : lesquel-
les complexions il print assez
long temps apres qu’il eut esté
creé Empereur. Car au com-
mencement , par opinion qu’il
eut qu’a luy appartint la ven-
geance de la mort de Cesar, en-
semble la confirmatiõ des cho
ses par iceluy faictes, & pour o-
beir au Senat qui luy mettoit
cela en teste, il pourchacea des-
plaisir à Marc Antoine par
deux foys, & au frere de Marc
antoine, & à Brutus & Cassius,
& finalement aux enfans de
Pompée. Luy dõc estant victo-
rieux sur iceux, & par terre, &

[f. G vj v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

par mer, s’adonna au gouuer-
nemẽt de son estat. Apres aussi
auoir deffaict plusieurs princi-
paux coniurateurs qui ressour-
doyent communemẽt comme
les textes de l’Hydre, trãsporta
en Italie vingt huict colonies,
& leur donna tant de commo-
ditez & priuileges qu’on les e-
stimoit egaux auec les citadins
de Rõme. Il reduisit l’Egypte
en forme de prouince, augmẽ-
t ãt l’Empire (dont il fut nom-
mé Auguste) & souzmettant à
iceluy les Cantabrois, Aqui-
tains , Rhetiens, Vindeliciens,
Dalmatiens : & attirant les
plus loingtains peuples de tou-
te la terre à porter bonne affe-

[f. G vij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

ction a cest Empire. Il receut
ambassades & presens des In-
dois , Scythes, Garamantes, &
des Ethiopes. Il feit aussi quel-
ques fois quelques presens, &
en les faisant eut plus d’esgard
à la vertu qu’à la noblesse. Fut
magnifique en bastimẽs, ne se
pouant saouler d’en embellir
la cité, par vn desir qu’il auoit
que la beauté de toute autre
chose fust correspondãte à cel-
le de son corps : & pourtant e-
stoit appellé ores Romule, ores
Auguste, quelquesfoys pere de
la patrie, ausmosnier de fran-
chise , & conseruateur de la sau-
ueté . Et ainsi permetoyent les
Dieux que le mesme honneur

[f. G vij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVRS [sic pour ANTIQVES]

qu’il s’efforçoit leur faire par
sacrifices & erection de tem-
ples & autelz, luy fust, par les
peuples rendu. Il triompha par
trois foys, l’vne pour la victoire
qu’il eut en Dalmace : l’autre,
pour la victoire de la Cãtabrie :
l’autre pour la victoire d’ Alex-
andrie . Il ferma trois foys le tẽ
ple de Ianus, & finalemẽt don-
na à congnoistre combiẽ pro-
ficte à ceux qui sont nez pour
faire choses memorables, d’ a-
uoir esté, conduict, & instruit
en ieune aage soubz quelque
tresexcellent Capitaine, com-
me estoit Cesar. Il vesquit sep-
tante & six ans, espace, pour
vray, conuenable quãt à la vie,

[f. G viij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

mais au regard des siẽnes oeu-
ures , brief & petit : & pource vn
commencement de gloire sem
piternelle.

De Tibere tiers Empereur de Romme.

Tibere estoit grãd de corps,
robuste, large deuant, bien pro-
portionné de flancs, de couleur
blanche, & portoit les cheueux
lõgs & abbatus : auoit les yeux
grans, & de nuict voyoit assez
bien : portoit la teste baissée, &
le visage enfoncé, & estoit tar-
dif à parler, & aussi ne parloit
gueres voulentiers : il vesquit
huictante ans, & regna vingt
cinq.

Tibere qui fut, à cause de la

[f. G viij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

vertu & discipline militaire
appellé Neron, c’est à dire en
langage Sabin, fort & puissant,
rendit par succession de temps
ses moeurs aucunement sem-
blables à cestuy sien nom : car
ayant esté au commencement
treshumain, & du tout vertu-
eux , deuĩt sur la fin trescruel, &
plein d’auarice & desloyauté.
O variable volonté des hom-
mes , combien est mal aisé à cõ-
gnoistre qu’elle [sic pour quelle] tu as à deuenir !
combien doibt on craindre, cõ
bien esperer, & combien attẽ-
dre vne fin, pour en iuger droi-
tement  ? Voy comme auiour-
d ’huy Tibere festoye ses amis,
deschace les flateurs, & se main

tient

[f. H r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

tient en toute gẽtillesse & hon-
nesteté  : & le lendemain se des
pouille d’humanité, & verité :
Auiourd’huy est deuotieux en-
uers les dieux, & bening aux
hommes : & demain il desprise
toute adoration & debuoir de
son office : Auiourd’huy se met
volontairemẽt entre ses mains
le Senat, qui le iour ensuiuant
s’esiouit à merueilles de sa mort
signe vrayement manifeste de
quelque estrange changement
de moeurs. Tu deuois, o Tibe-
re , contempler purement com
me dans vn miroir, les vertuz
d’Octaue Auguste, duquel tu
fus premieremẽt fillastre (i’ en-
tens filz de sa femme) puis gen

H

[f. H v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

dre, & finalement filz par ado-
ption , bien deuoit paruenir de-
puis Ierusalem iusques à toy
l’odeur pure de la bonté de ce-
luy qui a mis nostre rep. à sau-
ueté , & auec luy se recreer ton
esprit, comme il sembloit que
tu en eusses desir : au moins de-
uois tu recongnoistre la propre
vertu de toy mesme, & l’ arre-
ster au dedãs de ses bornes glo
rieuses, qui sõt sans fin, & serõt
en honneur à tout iamais pour
la noblesse de la maison des
Claudes, dont tu es descendu :
tu eusses fait au monde vn pre-
sent tresgrand & honnorable
en te conseruant vertueux. Cõ-
sidere vn peu de combiẽ, gran-

[f. H ij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

de paix, & de combien grand
Empire tu es demouré heri-
tier  : considere aussi qu’autant
dura ton bon heur que tes ver-
tus . Mais depuis, & des incon-
tinẽt que tu chãgeas tes moeurs
& façons de faire, & que tu te
destournas en la plus mauuai-
se partie, tout aussi tost la paix
vniuerselle se troubla, & estant
en vigueur l’ancien estat des
guerres, remis, & diminué de
sa vigueur, l’Armenie fut par
les Parthes saccagée, la Mysie
par les Daces, la Pannonie par
les Sarmates, & la Gaule par
ses voisins. Lors commẽça l’ E-
glise à sentir l’aspre p secution
des tyrãs desloyaux : & roy mi-

Hij

[f. H ij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

serable & maleureux, iuge de
tes meschãtes oeuures, fais d’ i-
celles auec ta propre main, iu-
ste & conuenable vengence.

De C. Caligula quatrieme Empereur.

Caius estoit de stature haul-
te , mal basti de corps, & de cou
leur palle : auoit les yeux & les
tẽples enfoncées, le front large
& terrible, peu de cheueux en
teste, mais velu par tout le re-
ste du corps : espouentable re-
gard , & à ceste naturelle quali-
té y adioustoit l’usance & in-
dustrie  : auoit les iambes fort
grosses, & estoit de foible com-
plexion , pource qu’il tom-

[f. H iij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

boit du hault mal : & souuẽtes-
foys estoit surpris de foiblesse
& defaillance, aussi estoit trou-
blé de ses songes espouenta-
bles .

Il y a plusieurs exemples des
choses cachées & reseruées en
l’abysme de la preuoyance di-
uine , entre lesquelles, est digne
de consideration, ceste cy, com
ment peult naistre d’vn père
hõneste & vertueux vn filz qui
soit de complexion du tout cõ
traire. Les histoires en rendent
ample & abondãt tesmoigna-
ge , & entre les autres celle de
Caius Cesar, surnommé Cali-
gula , lequel fut engendré par
Germanic, homme preux, sans

H iij

[f. H iij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

pareil, & homme de bien, de
proesse nompareille, & qu’un
chascun aussi aymoit tresgrã-
dement : digne, vrayement, &
pour la beauté de son corps, &
pour les vertuz de son esprit, de
tenir l’Empire de tout le mon-
de , & d’iceluy iouyr eternelle-
ment  : mais bien indigne d’un
tel filz, lequel par les estranges
& nouuelles manieres de pil-
leries & cruautez, dont iceluy
filz vsa, rendit en apparence
beaucoup moindres les vices
de son predecesseur : & fut de si
horrible & espouẽtable regard
qu’on pẽsoit qu’il fust monstre.
Il feit au commencement as-
sez beau semblãt : mais en pour-

[f. H iv r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

suiuãt le cours de son naturel,
il tomba en toutes sortes de
meschancetez. Il est bien vray
qu’aucuns le pourroyent excu-
ser , & dire que Cesonia l’auoit
gasté par enchantemens : mais
qui considerera bien commẽt
dieu se courrouce contre ceux
qui le desprisent, & pẽsent estre
ses egaulx, iugera facilemẽt le
peché estre la punition du pe-
ché . Et pourtant Caligula s’ e-
stimant egal à tous les dieux,
& se faisant adorer pour tel, par
iuste iugement de ce Dieu du-
quel il n’eut point cõgnoissan-
ce , trebuscha en plusieurs vices
inhumains, ne laissa en arriere
aucune sorte de luxure, rapine,

H iiij

[f. H iv v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

pariurement, cruauté, & felon-
nie  : car brutalement & con-
tre toute honnesteté, eut con-
gnoiss ãce charnelle de ses trois
soeurs : & n’eut onques esgard
à aucune femme, tant fust elle
fẽme de bien & hõneste, pour-
ueu qu’il eust eu en fãtasie d’en
iouir. Il pilla, & larronna tant
qu’il luy fust possible : tua & feit
tuer toute manière de person-
nes , Cheualiers, Senateurs, a-
mis , gens d’esprit, hommes &
femmes : estãt fort marry de ce
que le peuple Romain n’auoit
vn seul col, à fin que ꝑ le moyẽ
d’iceluy il peust plus à son aise
trãcher & deffaire tout ce peu-
ple  : & pourtant souhaitoit que

[f. H v r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

tout le peuple Romain n’eust
qu’vn seul col, à fin de le pou-
uoir trancher plus à son ayse :
estoit fort desplaisant en soy
que la terre ne s’ouuroit, que la
fin du monde ne consommoit
les hommes, ou que la peste ne
les emportoit. Il seroit bon de
ne faire en escriuant aucune
mẽtion de si enormes erreurs,
pource que parauãture l[’]on n’y
adiouste point de foy, ou pour
ce que parauanture font doub-
ter aucuns de la prouidence de
Dieu : mais & en l’vn, & en l’au
tre cas chacũ sain entendemẽt
pourra se resoudre en la bonne
part, considerant la punition
que le maleureux en receut

[f. H v v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

puis apres : car pendant qu’il se
gouuernoit ainsi bestialement,
il fut par commissiõ du Senat
miserablement tué & par ceux
de sa propre garde, desquelz il
receut trente trois blessures, en
l’an de son aage vingt huitie-
me . Apres sa mort son ame
tormentoit les iardiniers voi-
sins du lieu ou il estoit enseue-
ly  : il regna trois ans, dix moys,
& huit iours.

De Claudius, cinquieme Empereur.

Claudius estoit d’vn beau &
venerable port, de grande sta-
ture , & auoit le col gros, les iar-
rets ainsi qu’il cheminoit luy

[f. H vj r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

deffailloient par foiblesse de
nerfs : tout mouuemẽt de bou-
che , tant petit fust il, luy adue-
noit fort mal : la teste luy trem-
bloit , il dormoit peu, & estoit
luxurieux, & grand ioueur : il
vesquit soixante & quatre ans,
& en regna quatorze.

La valeur des hommes ordi-
nairement se donne à cõgnoi-
ste par occasions que les hu-
mains acceptent auec cõgnis- [sic pour cõgnois-]
sance & iugement, tout ainsi
qu’icelles par fortune & rencõ-
tre leurs sont presentées. Par-
quoy la vertu se reueille, & de-
monstre soy mesme, lors quel-
le est moins attendue par les
hõmes : ce que l[’]on a peu aper-

[f. H vj v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

ceuoir en Titus Claudius, le-
quel des son ieune aage fut re-
puté par les siens mesmes vil,
& paresseux : à raison dequoy
ne se trouuoit hõme qui osast
luy donner aucune charge, cõ-
siderant qu’il estoit ainsi mal a-
droit  : toutefois estoit honoré à
cause de son grand parentage,
car il estoit frere de Germani-
que , & enfãt de Tibere. Aduint
pource qu’il y a aucũs vices ap-
proch ãs des vertus, que luy qui
estoit timide, & craintif, fut e-
stimé paisible : & estant pares-
seux , au contraire on pẽsa qu’il
fust sage & moderé. Pour ceste
cause les souldas l’appellerent,
& saluerent pour Empereur.

[f. H vij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES

Son esprit s’esueilla en la lueur
de si haulte grandeur, en se ra-
dressant peu à peu, dont il fut
loué & bien estimé. Souuentes-
fois en iugement il delaissoit la
rigueur des loix pour suyure
l’equité : pourueut à l’abondã-
ce de victuailles : print plaisir à
conseruer les edifices, & en ba-
stit plusieurs plus braues & ma
nifiques que necessaires. Dressa
le port d’Hostie. Il estoit en bã
quetz fort somptueux & insa-
tiable , & souilla sa vie par au-
cuns meurtres, entre lesquelz
meurtres sont comptez, & fu-
rent occis Pompée, & Lucius
Syllanus, ses gendres, & trente
cinq Senateurs, & trois cens

[f. H vij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

cheualiers. Puis il aduint plu-
sieurs grãs maux, à cause de la
mauuaise vie de Messaline sa

femme, laquelle induisit plu-
sieurs vierges, ieunes pucelles,
& femmes de bien à suyure sa
desonneste manière de viure : à
raison dequoy les gẽs de sa mai
son s’estoyent adonnez à vne
trop grande liberté de pecher.
en fin il print à femme Agrip-
pine , fille de Germanic son fre-
re , laquelle pourchassant l’ Em-
pire pour ses enfans, tua pre-
mieremẽt en eschauguette
ses fillastres (i’entẽs enfans de son
mary) & puis empoisonna son
mari.

De Domitian Neron vi. Empereur.

[f. H viij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES

Domitian Nerõ fut de moy-
enne stature, auoit la charneu-
re laide, & semée de petites ta-
ches rousses, & le visage plus
beau que gracieux, les yeux de
couleur du ciel, & aucunement
gros, le col gros, & le corps aus-
si , mais auoit les iambes gres-
les  : estoit sain & de bõne com-
plexion , combien qu’il fust fort
Luxurieux : Il vesquit trente &
deux ans, & en regna quatorze

Domitian Neron.

Domitian Nerõ, de qui tous
les meschãs & vicieux, tous les
cruelz & brutaux ont receu le
surnom, fut quant aux moeurs,
bien fort semblable à Caligula
son oncle, excepté que durant

[f. H viij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

les cinq premiers ans de l’ Em-
pire , il se demonstra moderé &
honneste prince : mais depuis,
estãt desbauché, deuint homi-
cide , rauisseur, incestueux, &
cruel, & pourtãt semblable aux
bestes : car il mit à mort grãde
partie du Senat, plusieurs de ses
amis, ses precepteurs, son frere,
sa mere, & finalemẽt soy mes-
me . Il feit brusler d’vn grãt feu
grãde partie de la ville de Rõ-
me , tãt seulemẽt pour son plai-
sir  : il diminua l’Empire, & sa re-
putation  : d’autant que les Par-
thes luy osterent l’Armenie, &
les Rõmains furent lors souz-
mis au ioug. Il perdit l’ Angle-
terre , & adõques l’Empire Ro-

main

[f. I r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES

main sortit des mains de ceux
qui estoient descendus d’ Au-
guste & de Liuia. Il n’est pas be
soing de mettre par escrit tout
ce qu’il feit & supporta en sa ꝑ-
sõne, & ne fault pas dire sa be-
stise  : l’hõneur de sa mere ne le
peult endurer, & le sexe viril
qui y est offensé, en a honte, &
l’humanité vituperée recon-
gnoist en soy plusieurs iniures
& estrãges blasmes supportez.
A la fin l’antique paix trou-
blée , les chefz de la religiõ mi-
serablement tranchez, l’ adora-
tion de Dieu iniquement des-
prisée , & mise arriere, condui-
sent le miserable Empereur,
seul esclaue de ses pechez, pour

I

[f. I v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

la hayne du Senat, de ses amis,
de Dieu, & de soymesme, à se
tuer de son propre cousteau,
dont chacun s[’]esiouit grande-
ment .

De Sergius Galba, septiesme Empereur.

Sergius Galba estoit de cõmu-
ne stature, & chauue : auoit les
yeux de couleur celeste, & le
nez aquilin : estoit estrangemẽt
subiect à la goutte des piedz &
des mains : la chair du costé
droit luy estoit creuë oultre me
sure : il ne prenoit plaisir en fem
mes que bien peu, mais estoit
fort subiect à sa bouche : il ves-
quit septãte trois ans, & regna
sept moys.

[f. I ij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

Sergius Galba, descendu de
la noble race des Sulpices, ayãt
acquis bon bruit en faict de
guerre, & estant de bonne con-
duicte es affaires de la ville de
Romme, fut par l’armée, esleu
Empereur, estant au pays d’ Es-
paigne , ou il corrigea rigou-
reusement sa gensd’armerie, &
donna bon commencemẽt au
gouuernemẽt de son Empire :
mais aussi par apres dõna bien
à enteẽdre que quiconque abã-
donne son propre conseil, pour
embracer celuy d’autruy, n’est
point assez asseuré de viure en
heur & honneur au regime de
sa dignité, estatz & gouuerne-
mens  : car il se laissa gouuerner

I ij

[f. I ij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

au gré de trois personnes, tel-
lemẽt qu’il ne faisoit rien sans
leur sceu & volonté. L’vn d’ i-
ceux estoit Titus Iunius, hõme
tresauare, qui fut son ambassa-
deur en Espaigne : l’autre Cor-
nelius lacon, arrogãt, bestial &
insupportable : le dernier estoit
Icellus, l’vn de ses serfs qu’il a-
uoit affranchi, & indignement
mõté en dignité. Galba se gou
uernoit differemment & diuer
semẽt, selon la varieté & diuer-
sité du conseil de ceux cy : & ia-
mais ne tint vn propos ferme
en ses affaires. O miserables &
infortunez princes, qui auez
telz cõseillers au pres de vous !
O subiects mal auenturez, qui

[f. I iij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

estez gouuernez par telle ma-
miere [sic pour maniere] de princes ! Ayant donc
l’Empereur fait siẽs les erreurs
& faultes d’autruy (combien
que luy mesme aussi n’estoit
point sans quelques vices) à la
fin il falut encor qu’il endurast
aussi partie des peines deuës à
telles faultes. Parquoy estant la
faueur (par le moyẽ de laquelle
il obtint l’Empire) cõuertie en
hayne & mespris, il fut tué en
la place du marché : selon que
Syluius Othon auoit commã-
dé, la teste luy fut coupée, &
depuis vendue : & laissa l’ Em-
pire & la mort à son successeur.

De Othon, huitieme Empereur
de Romme.

I iij

[f. I iij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

Othon estoit de petite sta-
ture , mal en iambes, & chauue :
pourtant se couuroit la teste
d’vne petite faulse perruque,
bien & mignõnement appro-
priée  : estoit delicat & miste, &
auoit de coustume de se raire
la barbe par chascun iour : il re-
sembloit fort à Tiberius de vi-
sage , & de proportiõ de mem-
bres . Il vesquit trente sept ans,
& regna seulement iiij moys.

Othon Syluius se contenta
que la fortune par briefue espa-
ce de temps luy eut fait mon-
stre de l’Empire : car, en moins
de quatre moys qu’il regna, il
se tua soymeme. Il fut vraye-
ment noble, comme estant de-

[f. I iv r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

scendu de la maison des anti-
ques Syuies de Ferent : admi-
nistra rigoureusement les ma-
gistratz , executant les senten-
ces par luy données sans auoir
aucun esgard à personne quel-
conque . Il merita en sorte que
le Senat, auec honneur non v-
sité , luy dessast vne statue sur
le mont Palatin, & que Clau-
dius le constituait au nombre
des Patrices : lequel en feit vne
belle & ornée oraison à sa lou-
ange , d’autant qu’il auoit ma-
nifesté la cõiuration qui se fai-
soit contre iceluy Claudius par
vn cheualier Rommain : mais
qui peut congnoistre les voyes
& la fin des hommes ? Voicy

I iiij

[f. I iv v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVRES [sic pour ANTIQVES]

Othon, lequel des son bas aage
fut prodigue, iniurieux, teme-
raire , par son propre père blas-
mé , fauori par Neron pour la
cõformité de meurs, & qui oc-
cupa l’Empire par la mort qu’il
auansa à son predecesseur, de-
puis qu’il eut l’Empire, il deuĩt
liberal, haist la guerre ciuile,
ayma les soldatz, mit peine de
n’estre point hai, & desira l’ v-
nion , & la paix : car considerãt
qu’il estoit par faueur eleué, &
mõté en ceste hauteur de l’Em
pire, il embrassoit les soldatz,
s’offroit & prometoit au Senat
de n’exercer l’Empire que par
le consentement de tous. Et
voyant que l’occasion luy de-

[f. I v r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES

monstroit que la guerre qu’il
auoit menée contre contre Vitellius,
qui estoit en Germanie, enco-
res qu’il eust bien commẽcée
à son auãtage, pourroit toutes-
foys estre en fin dangereuse, &
non sans perte de plusieurs de
ses soldatz, luy de propos deli-
beré se tua soy-mesme : disant
qu’il ne se reputoit pas digne
qu’a son occasion la guerre ci-
uile fust renouuelée. Les sol-
datz qui luy portoiẽt tresgrãde
amour, en ietterent larmes &
pleurs, à cause de sa mort : &
pour plus grãd signe de biẽueil
lãce, plusieurs se tuãs eux mes-
mes , le voulurent accõpaigner
en ame.

[f. I v v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

De Vitellius, neufuiesme Empereur
de Romme.

Vitellius estoit de grande
stature, mal proportiõné, gras,
& auoit (à cause du vin qu’il
beuuoit excessiuement) la face
rouge & tachée : rioit en voyãt
tuer les hommes, & hantoit a-
uec personnes tres-viles : il ves-
quit cinquante sept ans, & re-
gna huict moys.

Dieu permet souuentesfoys
que quelques vns soyent mis
en hault degré d’honneur, à fin
que deuant les yeux des hom-
mes se voye puis apres la iusti-
ce diuine. Vitelli 9 nasquit d’ ho-
norable & illustre maisõ, mais
obscurcist par sa cruauté, aua-

[f. I vj r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

rice, & intẽperance, la nobles-
se, peu pr luy prisée. il fut do-
cte, & eloquent, mais d’esprit
maling, & peruers : & comme
curieux imitateur de Neron, il
desprisa toutes loix diuines &
humaines : tua ses amis : brusla
les temples, pilla la ville de Rõ
me : & en brief espace de tẽps,
deuint, non pas homme mau-
uais, ne cruel tyran, mais mes-
chante beste brute, & dange-
reuse. Parquoy voicy tout bel-
lement venir la vengence de
Dieu qui t’attaint en Romme,
apres qu’il est retourné de Ger-
manie, ou les soldas l’auoient
salué pour Empereur : & per-
met l’ire de Dieu, que l’auant-

[f. I vj v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

garde de Vespasian, laquelle re
tournoit d’Orient, le prend, se
iouë de luy, & l’afflige par tou-
te la ville : & en fin, l’ayant tra-
uersé de plusieurs pointes de
bastons à fer, le iettent dans le
Tybre : fin certes conuenable,
tant aux meschancetez de sa
vie passée, qu’aux signes prece-
dens sa naissance.

De Vespasiã, dixieme Empereur de Rõme.

Vespasian estoit de stature
quarrée, ferme, & bien fornie :
auoit la face enflée : estoit sain
& de bonne prosperité : ioyeux
brocardeur : benin & gracieux
le possible : il vesquit soixante

[f. I vij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES

& neuf ans, vn moys, & trois
iours : & regna neuf ans.

Il pleut à Dieu apres plusieurs
obscures & fascheuses tempe-
stes, dont la republique auoit e-
sté tormentée, demonstrer au
monde la lumiere & le repos
du bon gouuernemẽt, lors qu’il
permit, & presque euidemmẽt
ordõna le successeur d’Othon :
d’où vint que Vespasiã, renom-
mé & illustre par ses propres
vertuz, embrassa l’Empire à luy
offert plusieurs foys par volon-
té diuine. Il confirma ce com-
mun prouerbe, qui dit que ce-
luy ne peult sçauoir bien com-
mander, qui n’a aprins à obeir :
pource qu’auparauãt qu’il eust

[f. I vij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

la seigneurie en main, il don-
noit ordre fort diligẽment aux
entreprises qui luy estoient dõ-
nées en charge : conduisant le
tout (non sans admiration) à la
fin desirée. Et pourtãt lors qu’il
estoit gouuerneur en Germa-
nie, & en Angleterre, se trouua
en bataille à son grãd honneur
par trente diuerses foys, &
soubzmit à l’Empire Rõmain
deux hardies & belliqueuses
nations, & plus de vingt citez :
& l’isle de Vecte. Il fut gouuer-
neur en Affrique, & chef de
l’armée en Iudée. Il reduisit en
forme de prouince l’Achaie, la
Lycie, Rhodes, & Cõstantino-
ble : & combien qu’il feit beau-

[f. I viij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

coup dehors, il ne profitoit pas
moins au dedans de la ville de
Romme en edifiãt des Palais,
Temples, & voyes publiques,
& administrant iustice par rai-
sõ auec vn merueilleux ordre.
Il estoit gracieux en manimẽs
d’affaires & caressoit fort tou-
tes gens de lettres, & d’esprit,
qui estoient de son tẽps : sentẽ-
tioit benignement, & entrete-
noit les bonnes volontez des
Citadins, par biẽs faitz & plai-
sirs : & en verité, guerissoit les
playes passées de la republique
affligée, comme excellent me-
decin & bien apris : mettant en
oubli toutes iniures, & brocar-
dant ceux qui le picquoyent :

[f. I viij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

luy & son filz Tite assemblez
triõpherẽt Iuifz. Il despri-
soit quasi tout hõneur : de sorte
qu’en fin de son Empire, à pei-
ne voulut il consentir qu’on
l’appellast père de la patrie : il
voulut mourir de bout (combiẽ
qu’il fust debilé, & soustenu par
ses gens) disant que cela estoit
chose conuenable à vn Empe-
reur : & comme deuinant pre-
dit que ses filz succederoyent à
l’Empire : Dieu qui iustement
recongnoist les merites des hõ
mes, soit loué.

De Titus xi Empereur de Romme.

Combien que Titus fust per-
sonnage de moindre que com-

mune

[f. K r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

mune stature, & aucunement
plein, toutefois estoit beau, gra
cieux & alaigre, bon au trauail,
de grãde mémoire, & excellẽt
en plusieurs sciences dignes
d’vn homme franc & noble :
entẽdoit bien plusieurs lãgues :
il vesquit quarante deux ans, &
regna deux ans deux moys, &
vingt iours.

Au parauant que Titus s’ em-
parast de l’Empire, il apparut
de loing vne certaine petite
nuée de ses vices, laquelle fut
cause que l[’]on craingnit que les
passées miseres, & tempestes
ne retournassent en Romme :
dont chacun estoit fort eston-
né : mais ce soupson se tourna

K

[f. K v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

en grace, & biẽ & ioye de tous :
car le vray exemple d’ humani-
té & douceur estoit estimé estre
en ce nouuel Empereur : veu
qu’il estoit estimé & appellé de
tous le plaisir, & la douceur de
l’humain genre, d’autant qu’il
estoit en tout temps & lieu, &
en tous manimens d’affaires,
temperé, iuste, fort, & sage. Et
veritablement l’homme peult
iuger que Titus fut de la grace
de Dieu enuoyé, & donné au
monde, comme bras de sa iu-
stice : car en l’an secõd de l’ Em-
pire de son père, il affligea si e-
strangemẽt la paiure & mes-
chante cité de Ierusalem que
l[’]on ne trouue exemple de di-

[f. K ij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES

uine vengence plus horrible &
espouentable que celle là : com-
me se voit clerement en l’ An-
tique mémoire du passé. Luy
mesme congneut que ce auoit
esté par volõté de Dieu, & que
de la puissance d’iceluy il auoit
esté fauori : & pourtant il en
rapporta glorieux & memora-
ble triomphe. Il mourut sans
effort au mesme lieu ou estoit
mort son vertueux père, faisãt
aussi que ses propres vertus ac-
compaignerent celles de son
père.

De Domitian, douzieme Empereur
de Romme.

Domitian estoit de grande
stature, auoit la contenãce po-

K ij

[f. K ij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

sée, la face vermeille, la veuë
courte, & les yeux grans : estoit
chauue & replet, mais auoit les
iambes grosses, & ne pouoit
entretenir au trauail : il vesquit
quarante cinq ans, & en regna
quinze.

Estant chose difficile aux hõ-
mes de dissimuler leur naturel,
chose impossible seroit de le
desguiser asseuréement, quand
l[’]on a le pouoir & le manimẽt
des choses grandes. pourtant il
auint que Domitian, lequel au
cõmencement de son Empire,
ou peu au parauaãt, pouoit sem-
bler estre filz de Vespasian, &
personne moderée & liberale,
depuis se voyant auoir le frein

[f. K iij r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

du gouuernemẽt ẽtre les maĩs,
mesla premieremẽt les vertus
auec les vices : & apres ayant
delaissé le bien, s’addonna du
tout à mal faire : comme celuy
qui des sa premiere ieunesse,
(auquel temps à grand’ peine
se peult celer la naturelle incli-
nation) fut iugé cruel & des-
honneste. Il feit mettre à mort
trente sept des plus nobles du
Senat, & de ses cousins, & vou-
lut estre adoré comme Dieu : il
fut intollerablemẽt arrogant :
il batallia quatre foys, l’vne cõ-
tre les Sarmates, l’autre contre
les Cattes, & deux fois contre
les Daces. Pour la bataille des
Sarmates il fut seulement ho-

K iij

[f. K iij v°]

Fac-simile de la page

LES ANTIQVES

noré d’vne courõne de laurier,
mais pour celles des Daces &
Cattes, il rapporta deux triom
phes : il soustint en ces guerres
plusieurs aduersitez : il s’adonna
à faire bastimens en la ville de
Romme : & d’autant plus qu’il
bastissoit d’edifices, tant plus
ruinoit de personnes : & pour-
tant feit mettre en oubli les
bienfaits de son père, par ses
meschancetez : contre lesquel-
les plusieurs conspirerẽt & mi-
rent à la fin desirée leur coniura-
tion, auec grande resiouissance
du Senat, lequel luy imposa
noms d’infamie, faisant ietter
à terre ses armoiries & images,
& abolissant les decretz, tiltres

[f. K iv r°]

Fac-simile de la page

MERVEILLES.

& memoires de luy, qui desia
auoit esté ensepuely paouure-
ment & en deshonneur par les
communs fossoyeurs.

Fin du traité des douze premiers
Empereurs de Romme.

[f. K iv v°]

Fac-simile de la page








[f. K v r°]

Fac-simile de la page

ODE, POVR DIEV-
GARD A LA VILLE
DE PARIS.
Par Charles Fontaine Parisien,
1554 en Iuin

j

Dieu gard le grand-monde de ville,

Ville sur toute tresfameuse,

Ville belle, ville ciuile,

Là ou se fend ma Seine eureuse :


ij

5

Et fendant ses pieds, son chef dresse

Par-dessus toute autre riuiere,

Tout ainsi que la ville laisse

Toutes autres ville derriere.


iij

Dieu gard le premier de l’Europe

10

Temple en honneur, & edifice,

Haulsant son chef dessus la trope

Des lieux sacrez au saint seruice.


iiij

Dieu gard le nid de la Fontaine

Vis a vis de ce grand front double :

15

Nid qui voit droit de veuë pleine.

[f. K v v°]

Fac-simile de la page

Les saints feuz, soit iour, soit nuict
  trouble.


v

Dieu gard la montaigne congnue,

Et plus que l’autre renommee,

Qui dressant sa teste cornue

20

La consacra a Renommee.


vj

Dieu gard, par deuoir, & pour rente,

Le Plessis que i’ayme, & ie prise :

Ou, bien ieune, l’an cinq cens trente

Ie receu l’honneur de maistrise.


vij

25

Dieu gard l’ouurage qui s’auance,

Et qui sus ses voisins s’eleue,

Prenant du Croissant sa croissance,

Du Croissant, qui l’orne, & leue.


viij

Dieu gard le front de Mars qui dresse

30

Ses sourcils d’vne telle audace,

Que ne craindra sa grand’ fortresse

De Cesar la force, & la face.


ix

Dieu gard des Roys le Mausolee,

Des Roys de la grand’ race antique

35

De la Troye renouuelee

[f. K vj r°]

Fac-simile de la page

Sus ce fertil terroir Francique.


x

Dieu gard le Boys laué qui porte

L’or & l’argent par grand’ merueille :

Et dont le chef luit de tel’ sorte

40

Que celuy que le dragon veille.


xj

Dieu gard la grande Mere, & Reyne

De toutes Courts, la Court Treshaulte,

De qui l’espee souueraine

Tranche la malice, & la faulte.


xij

45

Dieu gard l’Oliue fructueuse,

Non point sus l’Olympe plantee

De main d’Hercul’ victorieuse,

Mais sus la grand’ France indomptee.


xiij

Dieu gard le Maistre, en sa Maistrise

50

Maistrisant par telle balance

Que le hault ciel l’aduise, & prise

Pour sa vertu, & vigilance.


xiiij

Dieu gard En droit tresequitable

Le but des Loix, & de droiture,

55

Tousiours blanc, hault, bien ferme, & stable

En apparence, & ornature.


[f. K vj v°]

Fac-simile de la page

xv

Dieu gard la Miniere excellente

Contraire a celle Thoulouzaine :

Miniere viue, & apparente

60

Qui tire les bons hors de peine.


xvj

Dieu gard le Maigre, doux, non aigre,

En iugemens d’equité grande :

Qui d’vn bon sens, & grace alaigre

Caresse des Muses la bande.


xvij

65

Dieu gard de Tous l’vn des plus rares

En grand’ vertu, & grand’ science,

Parangonné sans nulles tares

Aux premiers en Iurisprudence.


xviij

Dieu gard qui est hault en science,

70

Honneur, vertu : humain en face :

Dont i’eu sus Saone congnoissance

Que Saone, ny Rosne n’efface.


xix

Dieu gard le Chef de Lombes, digne,

Issu de race vertueuse :

75

Et qui rend sa vertu benigne

Science-aymante, & fructueuse.


xx

[f. K vij r°]

Fac-simile de la page

Dieu gard qui les vers escrits porte

Au front de sa dignité belle :

Son Phebus aussi luy apporte

80

Les fruits de couronne immortelle.


xxj

Dieu gard qui se rend plus illustre

D’honneur, & de la vertu sienne,

Que n’eut onq ne loz, ne de Lustre

La riche perle Egyptienne.


xxij

85

Dieu gard l’Hospital, ou receuës

Sont a gré les muses sacrees :

Là traitées, & soutenues,

Sont du vil peuple separées.


xxiij

Dieu gard celuy qui tousiours tire

90

L’auiron de la mer Legale :

Et que la grand’ Minerue inspire

De veine a sa science egale.


xxiiij

Dieu gard sa Nymphe aymee-aymable,

Portant d’amour tant d’arre, & signe,

95

A qui, sus toute, est fauorable

La deesse Iunon Lucine.


xxv

Dieu gard le Lyon qui pour proye,

[f. K vij v°]

Fac-simile de la page

Pour la proye humaine s’efforce :

A qui Dame nature ottroye

100

Rauir les cœurs par douce force.


xxvj

Dieu gard la vertu forte-douce,

Et qui de mainte ame troublée

Doucement les ennuys repousse

Par sa douce vigueur doublée


xxvij

105

Dieu gard celuy qui Trescler chante

Pour appaiser toute tristesse,

Durant la tempeste pesante

Qui les las pelerins oppresse.


xxviij

Dieu gard la bien sonnant’ Viole

110

Dont la corde iamais ne s’use,

Dont le son & chanson non molle

Pourroit bien égayer ma Muse.


xxix

Dieu gard la Porte toute ouuerte,

Qui en vn pas fort difficile

115

Me tira hors de peine, & perte,

Me montrant la voye facile.


xxx

Dieu gard celuy qui porte Laine

Auec Renom : quand ie le nomme

[f. K viij r°]

Fac-simile de la page

Ie sens renforcer mon alaine

120

Pour nommer vn Phebus, non homme.


xxxj

Dieu gard la belle tour Epesse,

Forte a donner bonne asseurance :

La vertu l’a construite expresse

A tout bon heur au coeur de France.


xxxij

125

Dieu gard qui Sainement procede

En grace, & science non vaine :

L’heur Lyonnois a nul ne cede

Bruyant immortel par ma veine.


xxxiij

Dieu gard qui ainsi que sa tige

130

En honneur, & bon heur se haulse :

Sa grace, & sa vertu, m’oblige

Haulser sa louange non faulce.


xxxiiij

Dieu gard qui vertu fauorise,

Dont la grace, & face sans cesse

135

Sent son Prince que l’honneur prise :

Et sa Nymphe sent sa Princesse.


xxxv

Dieu gard la vertu non Cambrée,

Pour sa vigueur, & clarté belle,

Ains diamantine, & marbrée

[f. K viij v°]

Fac-simile de la page 140

En viuacité naturelle.


xxxvj

Dieu gard la Haye non haïe,

Seure, viue, & qui onq ne picque :

De sa vigueur est esbahie

Des Muses la brigade vnique.


xxxvij

145

Dieu gard la douce fleur Marie,

Aueq son bouton Isabeau,

Qui s’est ia faict rose fleurie

Pour boutonner bouton nouueau.


xxxviij

Dieu gard cette Minerue vraye,

150

De Iuppiter soeur, & non fille,

Dont le cler vif esprit s’égaye

Et hault vole en science, habile.


xxxix

Dieu gard le Val, mais la montaigne

Qui par ses quatre degrez monte

155

Iusqu’a la diuine campaigne

A pas comptez de grace prompte.


xl

Dieu gard des saints escrits la guide,

Dont les moeurs sont si bien salees :

Sus ce grand Olympe il nous guide,

160

Delaissant les basses valees.


[f. L r°]

Fac-simile de la page

xlj

Dieu gard celui qui en sa veine

Coule en tel grace, & abondance,

Que la non mourante fontaine

Du mont fourchu, sa residanse.


xlij

165

Dieu gard l’Ami, du cœur de France

Que par sa grand faconde il dore,

Iettant nostre langue hors d’efance [sic pour enfance]

Tesmoing son François Diodôre.


xliij

Dieu gard celui qui la mort porte,

170

Mais par sa Muse docte, & nette

Se peult venger de la mort forte,

Et si fait sa Nymphe Antoinette.


xliiij

Dieu gard l’Archer qui tout droit tire

A la vertu de blanc plumage :

175

Ils sont tous deux peins sus ma Lyre,

Et dans mon cœur, pour viue image.


xlv

Dieu gard qui Iouït d’une veine

De vertu, de grace, & science :

Seize ans ya que la Fontaine

180

En a eu la bonne experience.


xlvj

L

[f. L v°]

Fac-simile de la page

Dieu gard ma congnue alliance

Qui doublement a soy me lie :

C est [sic pour C’est] celuy duquel la science

Iointe a vertu iamais ne plie.


xlvij

185

Dieu gard la Chape bien moulée

Au moule des loix excellentes :

Vn iour sera plus extollée

Des traits de mes Muses volantes.


xlviij

Dieu gard celuy qui si bien Touche

190

Le naïf poinct de la droiture,

Qu’est son escriture, & sa bouche,

De loy la bouche & l’escriture.


xlix

Dieu gard sa Nymphe eureuse & belle,

Auec son petit Polycarpe :

195

Ma Muse, vn iour, & luy, et elle

Chantera hault dessus sa harpe.


l

Dieu gard huit cens foys, mais dix mille,

L’aloy de bon metal, & marque,

Dont la monnoye porte, vtile,

200

Les estats de nostre Monarque.


lj

Dieu gard la Séue vigoureuse

[f. L ij r°]

Fac-simile de la page

Montant droit en legale vigne,

Et dont la vigueur fructueuse

Produit vn fruict rare & insigne.


lij

205

Dieu gard le Quint, lequel precede

Es quatre, dont prenons essence :

Et qui au bas peuple concede

Sa douce grace, & influence.


liij

Dieu gard l’auteur d’art Poetique,

210

Et traducteur de tragedie :

Sa pratique a sa theorique

Est, par sa veine, bien vnie.


liiij

Dieu gard qui prend sa nourriture

Au beau champ des loix fructueuses,

215

Ou elles sont en leur nature

Haultes, viues, & vigoureuses.


lv

Dieu gard qui des son beau ieune aage

Me transmit sa latine Muse :

Ma Françoise ores vers luy nage

220

Tirant du fonds l’amour confuse.


lvj

Dieu gard la Moysson asseurée

Des neuf Moyssonnieres pucelles,

Lij

[f. L ij v°]

Fac-simile de la page

Qui par cette saison dorée

Volent par France a pleines ailes.


lvij

225

Dieu gard ma Plessique acointance,

L’Antique ami de la Fontaine,

Qui tousiours a sa suffisance,

Et de nom, & de faict, certaine.


lviij

Dieu gard le Luc de Phebus digne,

230

Luc hault sonnant, sans rompre corde,

Dont l’accord, & corde diuine

Au chant le plus diuin s’accorde.


lix

Dieu gard la boule ronde, & nette,

Rondement, & tout droit roulante

235

Vers la congneue Fontainette

De Lyon a Paris coulante.


lx

Dieu gard qui tout mal deracine

Par Medecine vertueuse,

Par vertueuse Medecine,

240

Mere de Santé precieuse,


lxj

Dieu gard dedans ce cœur Gallique,

Plein de fertilité semée

Plus dru qu’en terre Sicilique,

[f. L iij r°]

Fac-simile de la page

Nostre Archimede, & Ptolomee.


lxij

245

Dieu gard le ferme appuy, & base

De la déesse douce-eureuse,

Qui les pieds boiteux fauche, & rase

A la dame pernicieuse.


lxiij

Dieu gard le Granger qui moyssonne

250

Les diuins fruits non perissables,

Qu’il garde Yuer, Este, Autonne,

En tout temps sains & desirables.


lxiiij

Dieu gard la belle & ferme Planche

Pour arriuer en Santé seure,

255

Planche droite, & qui onq ne panche,

Car sur la grand’ vertu s’asseure.


lxv

Dieu gard qui va Rouant sa sonde

Contre la force gygantale,

Ou maladie, & mort se fonde,

260

Mais luy en Santé principale.


lxvj

Dieu gard qui son beau chef Couronne

Des fleurs & fruits de la science,

Dont le renom desia luy donne

D’immortalité euidente.


L iij

[f. L iij v°]

Fac-simile de la page

lxvij.

265

Dieu gard le Chesneau qui verdoye,

Portant en tout temps fruit & fueille,

Ou la Muse Ebraïque en ioye

Se nourrit, s’éberge, & recueille.


lxviij.

Dieu gard qui par vertu S’allie

270

A la Muse, & a la Fontaine :

Vingt ans ya qu’Apollo lie

Telle alliance sus la Seine.


lxix.

Dieu gard, d’honneur la residence

Alliée a cette Fontaine

275

Qui va coulant en euidence

De Saone a Estampe, & a Seine


lxx.

Dieu gard du Roy le Geographe,

L’honneur de race Viennoise,

Voisin, ami, & Chorographe

280

De ma retraite Lyonnoise.


lxxj.

Dieu gard la Belle isle embrassée

De la Fontaine, & de ses Muses,

Et sus toute autre caressée

Pour ses grans raritez infuses.


[f. L iv r°]

Fac-simile de la page

lxxij.

285

Dieu gard la Cœur net, sans malice,

Vertu haulte, & non iamais serue,

Qui scet par vn bel artifice

Marier Mars aueq Minerue.


lxxiij.

Dieu gard le nom odorifere,

290

Et dont l’odeur tressoiue enfante

Sus l’ignorance pestifere

La grand’ victoire triomphante.


lxxiiij.

Dieu gard celuy dont la grand’ Lyre

A la grande France estonnée,

295

Quand luy feit craqueter & dire

Sa chanson Thebaine entonnée :


lxxv.

Autant haulte comme nouuelle

A la douce oreille Gallique,

Et d’autant admirable, & belle

300

Qu’elle sonne a la Pyndarique.


lxxvj.

Dieu gard le Ioyau & la bague

Dont la clarté tresreluysante

Parmi l’air Françoys court, & vague

Iusqu’a la veuë tout-voyante


lxxvij.

305

Dieu gard qui sa Castianire

l. iiij.

[f. L iiij v°]

Fac-simile de la page

Si brauement decore, & louë,

Que mesme la Grace desire

Que de telle grace on l’adouë.


lxxviij.

Dieu gard qui a la iouïssance,

310

Et qui iouissant se recrèe

En cette Apolline puissance

Qui pour iamais mourir nous crée.


lxxix.

Dieu gard celuy qui se surnomme

Du nom du martir qu’on empierre

315

Regardant nostre Salut comme

A sa mort le ciel se desserre.


lxxx.

Dieu gard la Saulx aymante-aymée

Des ruisseaux, & de la Fontaine

Et qui se rendra renommèe

320

Par sa Minerue plus haultaine.


lxxxi.

Dieu gard Angelus, homme rare

En diuersité de lecture,

Qui son sens & iugement pare

D’experience, & d’escriture.


lxxxij.

325

Dieu gard le Capel, non de laine

Mais de soye tresnette & pure,

[f. L v r°]

Fac-simile de la page

Façonné par la Muse pleine

De grace & vertu non obscure.


lxxxiij.

Dieu gard qui porte en sa deuise

330

Coelum, non Solum , ciel non terre :

Quand auecques luy ie deuise,

La terre le ciel me semble estre.


lxxxiiij.

Dieu gard le Gué, & la Villette,

Mes alliez, de bonne race,

335

Vers lesquelz ma Muse volette,

Les caressant de bonne grace.


lxxxv.

Dieu gard que Iamais ie n’oublie,

Qui a ma Muse caressée

Quinze ans ya, quand l’Italie

340

Des monts en mer a trauersée.


lxxxvj

Dieu gard celuy qui a traduite

Cette belle leçon diuerse,

Dont la Muse en douceur confite,

La Françoise liqueur nous verse.


lxxxvij.

345

Dieu gard qui en sa viue veine,

En sa Françoise veine viue,

Fait lire en France en prose pleine

[f. L v v°]

Fac-simile de la page

Macchiauel, & Titeliue.


lxxxviij.

Dieu gard celuy qui nous obserue

350

Ces obseruations requises,

Et qui en mémoire reserue

Ces choses rares, & exquises.


lxxxix.

Dieu gard l’ami dont l’alliance

Non plus que le ciel se deslie,

355

Quand la vertu au cœur de France

D’vn nœud diamantin la lie.


lxxxx.

Dieu gard qui par vertu notoire,

Et par sa science s’applique

Faire viure, & luire en mémoire

360

L’estude, & Muse Narbonique.


lxxxxj.

Dieu gard qui tant doucement file

En sa naïue, & riche prose :

Tesmoing son Françoys Monophile,

Monophile que vanter i’ose.


lxxxxij.

365

Dieu gard le Vaisceau, riche tasse

Pleine d’odeur & liqueur bonne,

Que la premiere Muse, ou Grace,

Pour toutes les Muses façonne.


[f. L vj r°]

Fac-simile de la page

lxxxxiij.

Dieu gard qui par diuin Cantique

370

Rend sa Muse toute immortelle,

Quand sa viue veine s’applique

A la trace spirituelle.


lxxxxiiij.

Dieu gard le Riche ami qui passe

Les autres riches de ce monde,

375

Et qui d’vn cœur constant embrasse

La Fontaine non infeconde.


lxxxxv.

Dieu gard qui Souzrit a ma Muse

Des tertres iumeaux alaictée,

Muse qui orner ne refuse

380

La race de l’antique Astrée.


lxxxxvj.

Dieu gard le Biéure non difforme,

Bien qu’en vertu & vigueur saine

Nature le fait, & le forme

Ami de Campaigne, & d’eau Seine.


lxxxxvij.

385

Dieu gard le Poirier portant poires

Que le Souleil a si bien veuës

Quélles ne sont blanches, ne noires,

Mais de grace & saueur pourueuës.


lxxxxviij.

Dieu gard celuy qu’en ma ieunesse

[f. L vj v°]

Fac-simile de la page 390

I’ay congneu sur nostre Parnasse :

Son Clamart, qui nous fait caresse,

M’alaicta, & toute ma race


lxxxxviiij.

Dieu gard le Rolat qui i’enrole

En la partie la plus blanche

395

De ce non perissable role

De ma Muse Françoise, & franche.


c.

Dieu gard qui tant vault en science

Poetique, & Mathematique,

Comme sa tige en excellence

400

D’art Medical, & de pratique.


cj.

Dieu gard la belle liqueur Clere

Du cleray, qui l’ypocras passe :

Ma Muse, son amie chere,

Couronne a luy sa belle tasse.


cij.

405

Dieu gard la Muse Fontanique :

Il est bien gardé que Dieu garde :

Sus, ma mignonne, & gloire vnique,

Retourne a ta source, & ne tarde.


Fin de l’Ode, pour Dieu gard
a la ville de Paris.

[f. L vij r°]

Fac-simile de la page

ODE PAR CHARLES
FONTAINE, A SA FLORA,
Lyonnoise.

Ny ce fruict tant delicieux,

Ny cette voix tant delicate,

Ny ces arbres tant precieux,

Ny ce chant qui l’oreille flate,


5

Ny Calypso, ny la Circé,

Qui retindrent le Grec, plus sage

De tous ceux qui ont repoulsé

De Troye l’iniure, & outrage,


Ny Omphale pareillement,

10

Qui pleine d’vne grande audace

Couurit d’vn mol habillement

Le vertueux qui portoit mace :


Ny Yole qui suruainquit

Ce grand vainqueur de maint dur mon-
  (stre,

15

Que dernière elle reconquit,

Et entra en triomphe, & montre :


Tout cela, ores qu’ici fust,

[f. L vij v°]

Fac-simile de la page

Ne m’auroit tenu, ie t’asseure :

De tout cela rien n’est qui peust

20

M’arrester vne petite heure.


Tout cela donc n’a retenu,

Et retenir ne pourroit onques

Ton Vlysse, icy bien-venu,

Autant bien comme autres quelcõques


25

Tout cela faire ne peult point

Que vers sa chaste Penelope

Diminue d’vn tout seul poinct

Cet amour qui nous enuelope :


Tout cela ne m’a peu garder,

30

Et tout cela ne m’a peu nuyre

Ny vn seul moment retarder

De voir ma sage Dianyre.


C’est la fumée du pays,

Fumée qui fut desirée

35

(Parquoy n’en soyons esbahis)

Du sage de Greque contrée,


Ce sont les seigneurs & amis

(Ie n’use pas de femenine

[f. L viij r°]

Fac-simile de la page

Diction, & ne m’est permis

40

Par verité, ny loy diuine)


Ce sont ceux qui ont detenu

En la grand’ ville ton Poëte

Qui rendra chacun d’eulx congneu

Par son chant passant l’alouëte.


45

Et qui aussi fera parler

Ta chaste, & diuine alliance,

Par sa Muse qui va voler

Par l’air eureux de nostre France.


[f. L viij v°]

Fac-simile de la page

ODE PAR LEDICT
CHARLES FONTAINE,
a sa Flora, Lyonnoise.

En augmentant tu acourcis

Eureusement, de ta ceinture :

En dix ans i’ouure des foys six

Le cabinet de la nature.


5

Quand en sa demie rondeur

Ie vois touchant ce demi globe,

Pour contempler vn si grant eur

Nature mon esprit desrobe.


Là elle a peint de son pinceau

10

Ces petites fleurs, qu’onde a onde

Zephyre éuente de nouueau

Pour en produire vn petit monde :


Qui viura successiuement

Par la Fontaine, dont la source

15

Durera eternellement

Auec Phebus prenant sa course.


[f. M r°]

Fac-simile de la page

ODE, PAR LEDICT
Fontaine, a vn sien ami.

Tu penses faire vn grant office

D’amitié, & d’honnesteté,

Ou tu penses faire vn seruice

Qui par moy doit estre acheté :


5

Quand (lors que l’enragée Chienne

Qui court a grans pas diligens,

Pour appaiser la rage sienne

Va brulant les champs, & les gens.)


Tu cours querir ta riche tasse

10

Pour la baigner en l’eau roulant

Du front de ce roc, qui l’amasse

A ses pieds tousiours en filant :


Et puis apres tu la couronnes

Pour presenter a ma Flora,

15

Et tout aussi tost tu luy donnes

Que l’argent couronné l’or a.


Mais n’as-tu science certaine

Que ma Flora enreusement [sic pour eureusement]

Est deesse de la Fontaine

20

Qui s’enfle a son commandement ?


M

[f. M v°]

Fac-simile de la page

ODE PAR LEDICT
FONTAINE, A BONA-
uenture du Tronchet.

Pourquoy au ciel plantes-tu des estoiles ?

Pourquoy au boys portes-tu des ra-
 meaux ?

Pourquoy en l’air y mets tu des oyseaux

Qui vont nageans pres de ces blancs-
  noirs voiles ?


5

Pourquoy mets-tu des mõstres de marine

En l’Ocean ? & aux petites eaux

Petis poissons auec petis bateaux

Courãs, ioyeux, en vne eau pl9 benigne ?


Pourquoy aux prez semes-tu des florettes ?

10

Pourquoy aux chãps y iettes-tu des blez

Et aux iardins mille grains assemblez

Pour florõner mil bou tz, & fleurs net-
  (tes ?


Ne scez tu pas que ma Nymphe est déesse

Des beaux chãps verds, des iardĩs, & des
  (prez ?

15

Et par elle ils sont tous diaprez

De cent mil fleurs qui luy riẽt sans cesse ?


[f. M ij r°]

Fac-simile de la page

ODE, A M. FRAN-
COIS L’ARCHER, FAITE
a Lyon, en May 1554. Que la puissãce
d’amitié, & biens qui en procedent,
sont infinis, estans pesez au poys de
la bonne amour.
Auteur Charles Fontaine.

Ie tien ta clef qui ouure

Le tresor d’amitié,

Le grant tresor du Louure

N’en vault pas la moitié.


5

Tout ce que l’ami touche

Se conuertit en or,

Voire en fin or de touche,

Et en plus fin encor.


C’est vn Mydas antique

10

L’ami certénement,

La science, & pratique

Il a diuinement :


Et la puissance égale

A la pierre au grãt coust,

15

Pierre philosophale

M ij

[f. M ij v°]

Fac-simile de la page

Qui transmue en or tout.


D’amitié le plus proche,

Ami bende ton arc,

Et ta flesche descoche

20

Au milieu de ce parc,


Lyonnois chersonese,

Chersonese a demi,

La ou chante a son aise

La Muse a ton ami.


ODE A CHARLES
FONTAINE, PAR BON-
auenture du Trõchet, Mascõnois.

Puis que de louer i’entreprens

Vn de mes plus parfaitz amis,

Sus, Muse, m’amie reprens

Le meilleur son qu’en toy soit mis :


5

Laisse Vn peu les aigres chansons,

Car le meilleur de mon cerueau

D’auoir chanté tant piteux son

Est las, commence vn chant nouueau :

[f. M iij r°]

Fac-simile de la page

C’est de mon Charles doux-sçauant

10

Duquel ie te veulx honorer,

Combien qu’aux siecles suruiuant

Se scet mieux que moy decorer.


C’est la Fontaine qui reluit

Et qui par France va coulant

15

En son Iardin d’amour, & suit

Tant bien son cours non violent.


C’est la Fontaine ou les neuf sœurs

Se peignans éléuent leurs chefs,

Et de Nectarées douceurs

20

Chassent loing d’elle tous meschefs.


En mon Charles, leur conducteur

A respandu l’heur de son mieux :

Phebus de son honneur vanteur

Le fera voler iusqu’aux cieux.


25

Mais Charles ayant deffendu

Bonne amour contre faulse amour,

Il a desia le ciel fendu

Ou il reluyra comme iour.


Tairay-ie ces beaux sixains mis

Miij

[f. M iij v°]

Fac-simile de la page 30

En lumiere ? ses diuins Vers,

Vers qui sont de mort ennemis,

Vers qui ne craignent point les vers ?


Tairay-ie son Ouide aussi

Qu’il fait reuiure en plusieurs parts ?

35

Par sa Muse, son doux souci,

Et par ses beaux, & diuins arts ?


Puis tairay-ie le loz & bruit

De son Artemidor François ?

Qui m’a si bien montré le fruict

40

Des songes qui vains ie pensois ?


Tairay-ie sa prose & recueil

Du Promptuaire precieux ?

A qui pallas fait grand accueil

Pour labeur tant laborieux ?


45

Aussi les cieux l’ont fortuné,

Et se montrans larges donneurs,

De beaux enfants luy ont donné,

Des enfans qui sont ses honneurs.


Vanteray-ie pas son Charlet,

50

Son passetemps, & son deduit,

[f. M iiij r°]

Fac-simile de la page

Qui non encor sorti du laict

Montre trace de futur fruict ?


I’admire en luy ie ne sçay quoy

Qui a chacun n’est pas commun,

55

Et la semblance que ie voy

Me le iuge au père tout vn.


Chante chacun ce qu’il voudra

Quant a moy ie te veux chanter,

Fontaine, & nul temps ne pourra

60

De ton amour me desplanter.


Ie croy donq qu’vn mesme Ascendant

Sur toy, sur moy le fut aussi :

Puis ie suis comme toy tendant

Au but de l’amoureux souci :


65

Souci qui ne te ronge tant

Des qu’a ta Flora tu t’allie,

Comme moy qui m’en vois vantant

Les haults honneurs de ma Thalie :


Flora que tost tu feras voir

70

Auec vn Printemps qui ne fuit :

Et qui suyura, pour son deuoir,

M iiij

[f. M iiij v°]

Fac-simile de la page

De ton eau douce le doux bruit.


Laisse, delaisse le desir,

Mon Charles, des biens perissans :

75

Noz nepueuz, de ton saint plaisir

Seront les eureux iouissans.


Que taschez vous, mes petis vers,

Retirez vostre moindre pas :

Car luy pompeux par l’vniuers

80

Ne craint point les conmmuns [sic pour communs] trespas.


Charles Fontaine a Bonauenture
du Tronchet.

Apres le liure de Medales,

Et autres qu’en prose dressay,

Facent les déesses Fatales

Tout leur effort, & leur essay

5

Sur mon seul corps (comme ie sçay

Qu’elles le feront quelquefoys)

Malgré leur effort toutesfoys,

Viura ma Muse prosaïque :

Puis Apollo donne sa voix

10

Qu’aussi fera ma Poëtique.


Hante le François

[f. M v r°]

Fac-simile de la page

POVR INTEL-
ligẽce a quelz personnages
s’adressent les quatrains de
l’Ode pour Dieu gard a la
ville de Paris

  • Le 11 s’adresse a la souueraine Court de
    Parlement en general.
  • Le 12 a Monsieur Oliuier, Chancelier de
    France
  • Le 13 a Monsieur Magistri, premier Pre-
    sident
  • Le 14 a Monsieur de Sainct André secõd
    President
  • Le 15 a Monsieur Minart, tiers President
  • Le 16 a Monsieur Maigret, quart Presidẽt
  • Le 17 a Monsieur de Thou, aussi Pre-
    sident
  • Le 18. 19. 20 & 21. & 39. a Messeigneurs les
    Euesques d’Ade, de Lombes, de Ne
    uers, de Nantes, & de Sees
  • Le 22 a Monsieur de l’Hospital Maistre

    [f. M v v°]

    Fac-simile de la page des Requestes de l’hostel du Roy,
    & chef du Cõseil de Madame Mar
    guerite de France
  • Le 23. & 24. a Monsieur Tiraqueau, Con-
    seiller en Parlement, & a Mada-
    moiselle sa femme.
  • Le 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31. & 32. a
    Messieurs les Cõseillers du Lyon,
    Ver Ius, de Chantecler, de Viole,
    Seigneur d’Aigremõt, E. de la Por-
    te, de Vilaines, d’Epesse, Senneton
  • Le 33 a Monsieur de Thori, Preuost de
    Paris receu, & qui a la suruiuance
    apres Monsieur de Nantoillet son
    père
  • Le 34 a Monsieur d’yuort, Secretaire du
    Roy, & a Madamoiselle sa femme
  • Le 25 a Monsieur le Chancelier de Bour-
    ges, Ambassadeur pour le Roy en
    Transsyluanie, qui a nom Iacques
    de Cambray
  • Le 36 a Monsieur le Cõseiller Robert de
    la Haye
  • Le 37 a Marie Buzelin.
  • Le 38 a Madamoiselle de la Haye, sœur
    dudict Seigneur de la Haye

    [f. M vj r°]

    Fac-simile de la page Le 40 a Monsieur de Saleignac, Docteur
    en Theologie
  • Le 41 a Monsieur de Sangelays
  • Le 42 a Monsieur Amyot, qui a traduit
    Diodore, & Heliodore, & encor
    les Vies de Plutarque
  • Le 43 a Monsieur Morel, Seigneur de
    Greigny, Mareschal des logis or-
    dinaire de la Royne
  • Le 44 a M. François l’archer, Procureur
    en la chambre des Comptes
  • Le 45 a Monsieur Ioubert, lieutenant Cri
    minel de la ville de Bourges
  • Le 46 a Monsieur le Coigneux, Aduocat
    en Parlement, allié de l’auteur
  • Le 47 a Monsieur de Chapes, Aduocat en
    Parlement
  • Le 48. & 49. a Monsieur Touchet, Lieute-
    nant particulier a Orleans, & a
    Marie Crabe sa femme, & a son
    petit fils
  • Le 50 a Monsieur Vincent Lupanus, Li-
    eutenant Criminel de la ville de
    Chartres
  • Le 51 a Monsieur Scéue, Aduocat en Par
    lement

    [f. M vj v°]

    Fac-simile de la page Le 52 a Monsieur de Quincy, aussi Ad-
    uocat en Parlement
  • Le 53 a Mõsieur Sibillet Aduocat en Par-
    lement, qui a fait l’art Poëtic Fran-
    çois, & traduit l’Iphigene, Trage-
    die d’Euripide
  • Le 54 a Monsieur G. Aubert, Aduocat en
    Parlement
  • Le 55 a Monsieur I. Desauenelles, Aduo-
    cat en Parlement
  • Le 56 a Monsieur Moysson Grefier en
    Parlement
  • Le 57 a Monsieur Content, Procureur en
    Parlement, qui fut Maistre es arts
    au College du Plessis auec l’auteur
  • Le 58 a Monsieur du Luc, aussi Procureur
    en Parlement
  • Le 59 a Monsieur Boulaud
  • Le 60 a Monsieur Syluius, Medecin
  • Le 61 a Mõsieur Oronce, Lecteur du Roy
    en l’Vniuersité de Paris, es Mathe-
    matiques
  • Le 62 a Monsieur Fernel, Medecin
  • Le 63 a Monsieur Grãger, aussi Medecin
  • Le 64 a Monsieur Plance, Medecin
  • Le 65 a Monsieur Ruel Medecin a Or-
    (leans.
  • [f. M vij r°]

    Fac-simile de la page
  • Le 66 a Monsieur Coroneus, Lecteur du
    Roy en l’Vniuersité de Paris
  • Le 67 a Monsieur Chesneau, principal du
    College de Tours, & lecteur public
    es lettres Ebraïques a Paris
  • Le 68 a Monsieur Saliat, qui a traduit He-
    rodote de Grec en François
  • Le 69 a Monsieur l’Aduocat du Roy a Es-
    tampes, qui est allié de l’auteur
  • Le 70 a Monsieur Nicolai Geographe
    du Roy
  • Le 71 a Monsieur de Bellei-sle [sic pour Belle-isle]
  • Le 72 a Monsieur de Querinec, Gentil-
    homme, de Bretaigne
  • Le 73 a Monsieur Dorat, homme docte,
    & tresrenommé en sauoir
  • Le 74. & 75. a Monsieur de Rõsard, Poëte
    qui nous a resuscité le Pyndare,
    Poëte Lyrique Grec
  • Le 76 a Monsieur Iodelle, Seigneur de
    Limode, Poëte Latin & François
  • Le 77 a Monsieur de Mangni, Poëte
  • Le 78 a Monsieur de Baïf, Poëte
  • Le 79 a Henri Estienne
  • Le 80 a Monsieur le Protonotaire P. de
    la Saulx, de la maison de Monsei-

    [f. M vij v°]

    Fac-simile de la page gneur le Cardinal de Chastillon
  • Le 81 a Monsieur Angelus hõme sauant,
    & qui a fait de grans voyages auec
    les Ambassadeurs de France.
  • Le 82 a Monsieur Capel, Poëte
  • Le 83 a Monsieur de Mesme, fort docte,
    & Poëte Latin & François
  • Le 84 a Antoine Dugué, & Maturin de
    de Villelte, Cousins de l’auteur
  • Le 85 a Lyon Iamet, Seigneur de Cham-
    brum, Secretaire de Madame Re-
    née de France, Duchesse de Ferrare
  • Le 86 au Seigneur Gruget, Parisien
  • Le 87 au seigneur Gohorri, Parisien
  • Le 88. au Seigneur Belon
  • Le 89 a M. G. Galterus homme Vertueux
    & sauant, & ancien bon ami de
    l’auteur
  • Le 90 a Monsieur Tusan
  • Le 91 a Monsieur Pasquier, Aduocat en Parlement
  • Le 92 au Seigneur Vascosan, Imprimeur,
    & libraire
  • Le 93 au Conte d’alsinois
  • Le 94 a Monsieur le Riche
  • Le 95 a Monsieur le Contreroleur, Ant.
    (de Surie
  • [f. M viij r°]

    Fac-simile de la page
  • Le 96 a Monsieur I. de Bieure, gentilhõ-
    me Champenois
  • Le 97 a Monsieur Poirot, Huyssier de Sa-
    le de la Royne
  • Le 98 a Monsieur M. I. Ferrand
  • Le 99 au Seigneur Rolat, Lyonnois
  • Le 100 au Seigneur Tagault, fils du Mede-
    (cin
  • Le 101 a M. Françoys du Cleray
  • Le 102 a la Muse de l’auteur, laquelle il a-
    uoit euoyée [sic pour enuoyée] messagere pour luy
    vers ses amis.

FIN.

[Figure]

[f. M viij v°]

Fac-simile de la page

Le Priuilege.

Il est permis à Guillaume le Noir, libraire
& Relieur iuré de l’vniuersité de Paris d’im
primer ou faire imprimer ce present liure
intitulé Les nouuelles, & Antiq̃s merueilles,
aussi vn petit traicté des douze Cesars, pa-
reillemẽt vne Ode pour Dieu gard à la ville
de Paris. Et deffences faictes a tous autres
libraires & imprimeurs de nõ imprimer ne
faire imprimer, vẽdre ne distribuer lesdicts
traitez, autres q̃ ceux que ledict suppliãt au
ra imprimé ou faict imprimer, iusques a
troys ans, sur peine de confiscatiõ desdictz
liures, & d’amende arbitraire. Faict le
xxviij. iour de Iuillet 1554.

Aubery.